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Le regard luxembourgeois sur les leaders européens
Luxembourg 6 min. 03.07.2019 Cet article est archivé

Le regard luxembourgeois sur les leaders européens

Le regard luxembourgeois sur les leaders européens

Photo: LW
Luxembourg 6 min. 03.07.2019 Cet article est archivé

Le regard luxembourgeois sur les leaders européens

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Rentrée chargée pour six eurodéputés luxembourgeois. Les votes se succèdent et les représentants des quatre partis ont peu le temps de souffler. Entre deux réunions, ils ont déjà pu se forger une opinion sur le nouvel organigramme européen.

Leur avis sur David Sassoli

Midi n’avait pas sonné que ce 3 juillet, le président du Parlement européen était connu. David Sassoli, un social-démocrate italien, obtenait la majorité absolue nécessaire. Parmi les 750 eurodéputés présents à Strasbourg, se trouvaient 6 élus luxembourgeois représentant quatre partis. Le plus ravi de cette désignation était, sans conteste, Nicolas Schmit (LSAP). « Oui, je suis heureux de voir un président socialiste pour le Parlement. Logique, non?»

Mais du côté des autres représentants du Grand-Duché, la tonalité était aussi positive. «J’ai même été positivement impressionné par son discours d’ouverture. Il a évoqué des sujets sensibles (comme les Accords de Dublin sur l’accueil des migrants), même si ça ne plaît pas à tout le monde», relatait Christophe Hansen (CSV).

David Sassoli a rapidement été élu président du parlement européen. Quelques heures ont suffi aux élus réunis à Strasbourg ce 3 juillet.
David Sassoli a rapidement été élu président du parlement européen. Quelques heures ont suffi aux élus réunis à Strasbourg ce 3 juillet.
Photo AFP

Côté DP, Monica Semedo reconnaissait également avoir trouvé M. Sassoli «très convaincu». Mais plus intéressant encore à ses yeux et pour son groupe : «L’homme se dit prêt à augmenter la puissance du Parlement mais aussi à renforcer les liens entre l’Union et les citoyens. Ce sont des points sur lesquels je m’étais engagée durant la campagne. J’apprécie qu’il les évoque… et qu’il agisse».

Pour Tilly Metz (Déi Gréng), le crédit accordé est plus limité. «Certes, il a évoqué la pauvreté, les enjeux climatiques mais cela laisse l’impression de manque de renouveau. J’aurais préféré Ska Keller (NDLR : candidate du groupe Verts) qui avait de vraies idées, même si cela était un peu utopique. Il faut attendre d’échanger et voir ce qui est proposé avant d’attaquer.».

Leur vision sur les désignations

Avant que les parlementaires européens ne désignent leur « chef » ce mercredi, mardi les 28 chefs d’État de l’Union avaient réussi à désigner les quatre personnalités clés de l’exécutif. Deux hommes, deux femmes qui méritaient bien quatre avis des politiques luxembourgeois.

  • URSULA VON DER LEYDEN
Photo: Maurizio Gambarini/dpa

Pas tendre, Christophe Hansen sur le choix de la ministre de la Défense à la présidence de la Commission européenne. Certes, l’Allemande a été désigné par les chefs d’État et non les députés, mais l’élu CSV a un avis tranché: «Sans doute que cette proche d’Angela Merkel n’a pas encore la carrure pour le costume de présidente de la Commission, Elle devra faire ses preuves rapidement. Parler d’égal à égal avec un Donald Trump, ça demande de la force».

Guère plus de réconfort à attendre du côté de l’eurodéputée Tilly Metz (Déi Greng) : «J’ai été étonnée dans un premier temps de ce choix. Car nous nous éloignons du concept de tête de liste que nous soutenions. Bon, le plus important est d’arriver à l’objectif principal. À savoir être en capacité de sauver notre planète. Nous attendons de voir ses propositions en matière environnementale notamment avant de lui apporter notre soutien...»

Les propos de Nicolas Schmit plairont plus à Ursula von der Leyden : «Voilà une femme de qualité. Je la connais très bien pour avoir déjà travaillé avec elle lorsqu’elle était ministre du Travail en Allemagne. C’est une européenne convaincue, avec une vraie veine sociale» Mais l’unique représentant du LSAP au Parlement européen de se dire «surpris que sa candidature soit apparue comme ça, d’un coup».

Un avis que partage le Parti libéral par la voix de Mme Semedo. «Son nom n’a été évoqué qu’hier après-midi et le soir la voilà présidente de la Commission. Je veux des explications sur ce choix soudain. Je suis impatiente de connaître ses positions donc, on jugera sur pièces.»

  • CHARLES MICHEL
Photo: AFP

Ouf, la jeune femme du DP retrouve le sourire à l’évocation de Charles Michel. Sa désignation à la tête du Conseil européen lui met du baume au cœur. «En tant que libérale, je suis satisfaite de voir l’un des nôtres accéder à de telles responsabilités. Je sais qu’entre lui et le premier ministre Bettel, ça va bien. Maintenant, je sais que les qualités de négociateur de Charles Michel sont reconnues par les 28 pays de l’Union.»

Pour la représentante de Déi Gréng, le nouveau nommé a «bonne réputation; son nom n’est pas mêlé à des scandales». Cela ne suffit pas toutefois à satisfaire l’élu Tilly Metz qui, comme Christophe Hansen (CSV) a une forte critique à émettre. « Il vient de nulle part sur la scène européenne ; on ne connaît pas sa vision… Il peut dire merci à son copain Macron. Mais je trouve désolant que Charles Michel soit ainsi recasé après son mauvais score électoral en Belgique. Les institutions politiques européennes n’ont pas vocation à être le Pole Emploi de ceux qui échouent dans leur pays.»

Nicolas Schmit qui, là encore, a déjà eu l’occasion de travailler avec le Premier ministre belge est plus sobre dans son commentaire. «Il possède nombre de qualités. Je l’apprécie», indique la voix du LSAP.

  • CHRISTINE LAGARDE
Photo: AP

S’il est une des personnalités désignées à un poste majeur de l’Union qui fait l’unanimité sur ses aptitudes, c’est bien Christine Lagarde. Retrouver la Française à la tête de la Banque centrale européenne relèverait presque de l’évidence. «On a vraiment affaire à la bonne personne à la bonne place», juge Christophe Hansen (CSV).

Même enthousiasme pour Nicolas Schmit (LSAP) : «Les compétences de Mme Lagarde ne sont pas à remettre en cause pour ce poste.» Pour le DP, Monica Semedo note que cette désignation ne relève pas seulement d’une volonté de parité au sein des instances: «Christine Lagarde est un des nombreux exemples démontrant que les femmes sont intelligentes, savent diriger, négocier et se montrer utiles à l’heure de donner un nouvel élan pour l’Europe.»

Le seul bémol vient de Déi Greng. Tilly Metz ne manque pas de rappeler les tracas judiciaires qu’a connus en France, Mme Lagarde (Affaire Tapie, ndlr). «Elle a commis une faute politique qui lui a valu d’être jugée par ses pairs.»

Une phrase qui fait écho quand vient l’heure d’évoquer Josep Borrell. Car si le socialiste espagnol de 72 ans a été promu chef de la diplomatie européenne, il a aussi été jugé dans une affaire de délit d’initié… Là encore, l’eurodéputée verte pointe du doigt ce (mauvais) exemple de nomination.

  • JOSEP BORRELL
Photo: AFP

Nicolas Schmit (LSAP) se veut plus sobre: «L’Espagnol assumera parfaitement son rôle. Pour le coup, ce n’est pas une surprise. Il avait déjà été cité pour cette fonction».

Christophe Hansen (CSV) ne connaît guère le passé de M. Borrell, et préfère s’attarder sur le caractère fermement anti-indépendantiste du Catalan. «Là, c’est une affaire interne à l’Espagne. Il faudra qu’au poste qu’il occupe désormais, le responsable se montre plus neutre sur ce point.»

Même sobriété dans les mots de Monica Semedo (DP) : «Je savais qui il était, j’attends de le rencontrer et de l’entendre pour forger mon opinion».



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