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Le recours à la prison doit être repensé
Luxembourg 4 min. 04.05.2022
Peines alternatives

Le recours à la prison doit être repensé

La prison de Schrassig compte actuellement 581 détenus, dont 27 femmes. Seuls 290 détenus sont domiciliés au Luxembourg. La majorité des détenus sont des prévenus.
Peines alternatives

Le recours à la prison doit être repensé

La prison de Schrassig compte actuellement 581 détenus, dont 27 femmes. Seuls 290 détenus sont domiciliés au Luxembourg. La majorité des détenus sont des prévenus.
Photo: Pierre Matgé
Luxembourg 4 min. 04.05.2022
Peines alternatives

Le recours à la prison doit être repensé

Michèle GANTENBEIN
Michèle GANTENBEIN
Le Parlement a débattu ce mercredi de l'utilité des peines de prison et des alternatives qui existent mais qui sont peu utilisées.

Une société sans prisons est-elle envisageable ? Peut-être pas, mais le recours à la prison doit être repensé et remplacé par des alternatives. Tous les députés se sont accordés sur ce point mercredi au Parlement. 


Lok, BCEE Agence Place de Metz Uberfall ? , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
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Ces alternatives existent : le sursis avec mise à l'épreuve, la suspension de la peine, le congé pénitentiaire, l'exécution en milieu ouvert, le travail d'intérêt général, le bracelet électronique ou la compensation entre délinquant et victime. 

C'est le député LSAP Dan Biancalana qui a demandé une interpellation sur les formes de peines alternatives. Chiffres à l'appui, il a expliqué que le recours aux mesures alternatives est plutôt en recul, bien qu'elles soient souhaitées par le législateur. Mais en fin de compte, ce sont les juges qui décident des mesures auxquelles ils veulent recourir. «Nous n'avons pas besoin de nouvelles alternatives, mais nous devrions utiliser celles qui existent déjà là où elles peuvent être utilisées», conclut Dan Biancalana.

Plus de la moitié des détenus de Schrassig réside à l'étranger

La ministre de la Justice Sam Tanson (Déi Gréng) a partagé ce point de vue. Elle s'est également prononcée en faveur d'une plus grande utilisation des formes de peines alternatives et a expliqué les obstacles à de telles mesures.

Sur les 581 détenus de Schrassig, un peu plus de la moitié réside à l'étranger. Cela rend difficile l'application de formes alternatives, notamment l'utilisation du bracelet électronique. Actuellement, seules dix personnes sont assignées à résidence sous surveillance électronique, une mesure qui, selon Sam Tanson, sera également utilisée à l'avenir contre la violence domestique. Elle continuera à travailler pour promouvoir le recours à des formes alternatives, notamment le bracelet électronique.


Le bracelet électronique guette les récidivistes
D'ici 2023, l'appareil devrait faire son entrée dans l'arsenal préventif mis en place au Luxembourg. Chaque jour dans le pays, la police intervient à deux ou trois reprises pour cause de violences domestiques.

Dan Biancalana a pour sa part appelé à recourir davantage au bracelet électronique, d'autant plus que 42 % de toutes les peines de prison sont des peines mineures (jusqu'à trois ans) et que le bracelet électronique est particulièrement adapté à ces cas.

Tous les députés étaient d'accord pour dire qu'il fallait changer de paradigme dans l'exécution des peines, car les séjours en prison ne protègent pas contre la récidive - 30 % des détenus de Schrassig sont des récidivistes -, ils font même des dégâts et détruisent des vies, selon le porte-parole des Verts Charles Margue. Il a cité l'ancien directeur de prison allemand Thomas Galli, qui se penche depuis des années sur le sujet et plaide pour des peines plus judicieuses.

L'exemple des Pays-Bas

Les Pays-Bas, entre autres, sont un pays où cette pratique a fait son entrée depuis longtemps. Le pays a radicalement transformé son système pénitentiaire, réduisant de moitié le nombre de détenus en dix ans et fermant une partie des centres de détention, selon Charles Margue. «La recette du succès est simple : ils ont massivement misé sur les peines alternatives, accéléré les procédures et misé sur une interprétation généreuse du principe de l'opportunité des poursuites», explique Charles Margue.

En outre, le pays mise sur des programmes pour les jeunes «qui visent à maintenir les jeunes hors de la prison». L'enfermement ne doit être qu'un dernier recours.


Alle Parteien haben nun 40 Tage Zeit, um gegen das Urteil Einspruch einzulegen.
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Roy Reding (ADR) était tout à fait d'accord. Au vu des délits et des crimes commis, Roy Reding a constaté que «nous n'avons presque jamais besoin de prison. C'est la justice restauratrice et transformatrice qui doit intervenir. Nous avons besoin d'une réduction de la souffrance, d'une orientation vers l'avenir et, à la fin du processus, d'une certaine satisfaction des deux côtés, c'est-à-dire de la victime et du délinquant».

La prison, une solution contre-productive

Le porte-parole du CSV, Léon Gloden, a demandé - à l'instar de Dan Biancalana - au gouvernement de collaborer plus étroitement avec la communauté scientifique, d'évaluer les mesures alternatives et de déterminer dans quels cas quelles mesures peuvent être appliquées. Le CSV a également plaidé en faveur de la détention de sûreté, mais Sam Tanson n'a pas été réceptive à cette idée.

Pour Nathalie Oberweis (Déi Lénk), l'emprisonnement n'est pas non plus une solution appropriée. Pour les délits liés à la drogue, elle estime même que la prison est contre-productive selon les cas. «La prison ne change rien à la consommation et au trafic, mais rend le délinquant encore plus vulnérable et l'incite à la récidive», affirme Nathalie Oberweis.

Si l'on en croit Marc Goergen (Pirate), les prisons doivent devenir des centres de développement citoyen, «pour que les détenus aient une deuxième chance de vivre».

Cet article a d'abord été publié sur wort.lu/de

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