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Le problème du Luxembourg avec la traite des êtres humains
Luxembourg 2 5 min. 25.07.2022
Guichet info migrants à Esch

Le problème du Luxembourg avec la traite des êtres humains

Puis-je rester ou dois-je partir ? Jessica Lopes conseille désormais aussi les personnes ayant des questions sur l'immigration à Esch.
Guichet info migrants à Esch

Le problème du Luxembourg avec la traite des êtres humains

Puis-je rester ou dois-je partir ? Jessica Lopes conseille désormais aussi les personnes ayant des questions sur l'immigration à Esch.
Photo: Claude Piscitelli
Luxembourg 2 5 min. 25.07.2022
Guichet info migrants à Esch

Le problème du Luxembourg avec la traite des êtres humains

Franziska JÄGER
Franziska JÄGER
Comme de plus en plus de personnes dont le statut de séjour n'est pas clarifié s'adressent à l'ASTI dans la capitale, une aide est désormais également proposée à Esch.

Quand on vient voir Jessica Lopes, on ne sait généralement plus quoi faire. C'est le cas de cette femme originaire d'Amérique du Sud, qui travaille comme prostituée au Luxembourg et qui a été victime de violences en avril. Lorsqu'elle s'est rendue à la police pour porter plainte, on lui a retiré son passeport parce qu'elle ne pouvait pas présenter de permis de séjour. On lui a dit qu'elle avait 30 jours pour quitter le Luxembourg. Son passeport ne lui serait rendu que si elle pouvait présenter un billet d'avion.


L'esclavage moderne sévit jusqu'au Grand-Duché
Non, la traite d'êtres humains n'est pas un phénomène si loin. Ainsi, au Luxembourg, pas moins d'une trentaine de victimes ont été prises en charge l'an dernier. Sombres histoires.

Ce n'est pas la première fois que Jessica Lopes est confrontée à une telle affaire. En 2021, le Luxemburger Wort a évoqué le cas de Juliane (prénom modifié), une Brésilienne venue au Luxembourg en 2020 pour des vacances. Comme elle ne pouvait plus rentrer à cause de la pandémie, elle a décidé de rester ici provisoirement et a pris un emploi de serveuse dans un café à Rumelange - en tant que travailleuse illégale, elle était payée dix euros de l'heure. Mais comme elle était régulièrement harcelée sexuellement par le patron et ses amis, elle est allée voir la police.

Jessica Lopes, assistante sociale à l'Association de soutien aux travailleurs immigrés (ASTI), a assisté à l'entretien et a servi d'interprète. «J'ai été choquée de voir comment le dépôt de plainte s'est transformé en interrogatoire», se souvient-elle. Les agents ont également confisqué le passeport de Juliane, qui est entrée dans le poste de police en tant que victime et en est ressortie en tant que criminelle.

Le Luxembourg ne peut pas protéger les plus vulnérables de la violence.

Jessica Lopes

La prostituée d'Amérique du Sud qui s'est adressée à Jessica Lopes en avril pour demander de l'aide «ne repartira certainement pas, elle continuera à travailler au Luxembourg, mais maintenant sans papiers», suppose l'assistante sociale. La femme ne travaille pas dans la rue, mais depuis une chambre qu'elle loue et dans laquelle elle prend contact par Internet. «La prochaine fois qu'elle sera agressée, elle n'ira pas voir la police».

«Un point d'ancrage important»

Du fait de sa vulnérabilité, elle pourrait alors tomber entre les mains de proxénètes, ou pire, de trafiquants d'êtres humains. «Le Luxembourg se montre fort à l'extérieur dans la lutte contre la traite des êtres humains, mais ne peut pas protéger les plus vulnérables de la violence», dit Jessica Lopes en s'enfonçant dans le dossier de sa chaise.

La jeune femme de 31 ans doit s'arrêter un instant lorsqu'on lui demande ce qu'elle peut faire pour que les sans-papiers au Luxembourg puissent sortir de l'impasse dans laquelle ils se trouvent. «Nous n'avons que des possibilités limitées parce que la loi est ce qu'elle est», répond-elle finalement. «Mais nous sommes un point d'ancrage important pour ces personnes, car elles peuvent nous parler ouvertement, nous les comprenons». Pourtant, «je ne sais pas ce que ça fait de vivre dans la peur permanente».


«Tous les citoyens devraient être égaux devant la loi»
Après 12 ans passés à la tête de l'ASTI, Laura Zuccoli voit le Luxembourg comme un pays où «les gens ne parviennent pas toujours à aller les uns vers les autres». Que ce soit en raison de la question linguistique, des effets de la croissance mais aussi «du refus de certains de partager le pouvoir».

Le guichet info migrants, qui répond depuis plus de 20 ans dans la capitale aux questions sur la loi sur l'immigration, propose également des permanences à Esch depuis mai. «Nous avons remarqué que beaucoup de gens du sud viennent chez nous, c'est pourquoi la ville d'Esch a ouvert un deuxième bureau d'information en coopération avec l'ASTI et le ministère de la Famille». Un mardi sur deux, Jessica Lopes propose désormais de 8h30 à 11h30, à la maison sociale, au numéro 21 de la rue Louis Pasteur, un soutien pour le regroupement familial des membres de la famille vivant à l'étranger ou pour l'obtention d'un visa touristique pour une visite au Luxembourg.

Il y a par exemple le Luxembourgeois qui se renseigne pour quelqu'un d'autre ou la Portugaise qui se rend au guichet ce matin-là parce qu'elle souhaite épouser son ami marocain.

Brésiliens et Portugais

«En tant que non-ressortissant de l'UE, il faut avoir une raison très concrète pour pouvoir rester durablement au Luxembourg», clarifie Jessica Lopes. «Avoir un travail ne suffit pas, ce serait facile». Pour obtenir un titre de séjour au Luxembourg, la demande doit être faite depuis l'étranger, donc quand on n'est pas encore ici et qu'on travaille peut-être déjà.


Au 1er janvier 2019, le Luxembourg comptait officiellement 613.894 habitants, selon le Statec.
La crise frappe déjà de plein fouet les lusophones
Alors que Jean Asselborn s'est rendu mardi au Portugal pour souligner «l'apport de la communauté au développement économique, social et culturel» du Luxembourg, les organisations de soutien tirent le signal d'alarme sur les conséquences concrètes de la pandémie de cette partie de la population.

«Cela devient problématique avec les personnes dont le visa touristique a expiré ou dont les études sont terminées». Elle a également affaire à des personnes qui ont perdu leur travail prématurément et donc leur permis de séjour, mais qui, par honte, ne veulent pas retourner dans leur pays d'origine.

Un coup d'œil sur les statistiques révèle la nationalité des personnes qui se sont adressées au guichet en 2021 : Brésil en première position, suivi du Portugal, du Sénégal et de la Guinée-Bissau. 31 % n'ont pas de papiers, 47 % sont des femmes.

Beaucoup d'élèves «illégaux» à Esch

Jessica Lopes trouve important que le centre d'accueil soit désormais établi à Esch. Souvent, la misère sociale n'est pas du tout évidente. «Il y a des gens qui ont une maison, un travail et des enfants, mais pas de papiers. Les hommes travaillent alors par exemple dans le bâtiment, les femmes comme femmes de ménage non déclarées. Certains employeurs profitent de cette situation en contournant le salaire minimum ou en exploitant les personnes concernées d'une autre manière», explique-t-elle.

Les enfants de parents sans papiers n'ont pas non plus de papiers malgré leur naissance au Luxembourg. «A Esch, il y a beaucoup - je n'aime pas employer ce mot -, d'élèves clandestins. Ils ne peuvent alors pas participer aux excursions transfrontalières».

Il n'existe pas de statistiques précises sur le nombre d'étrangers vivant au Luxembourg sans permis de séjour. L'ASTI estime toutefois qu'ils sont au moins 600. Cette estimation se base sur les dons de nourriture que l'organisation a distribués depuis avril 2020.  

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