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«Le plafonnement des prix n'est pas socialement juste»
Luxembourg 6 min. 21.09.2022
Accord issu de la tripartite

«Le plafonnement des prix n'est pas socialement juste»

Les représentants des syndicats sont partis unis dans les négociations et sont satisfaits du résultat: le président du LCGB Patrick Dury, la présidente de l'OGBL Nora Back et le président de la CGFP Romain Wolff (de g. à dr.).
Accord issu de la tripartite

«Le plafonnement des prix n'est pas socialement juste»

Les représentants des syndicats sont partis unis dans les négociations et sont satisfaits du résultat: le président du LCGB Patrick Dury, la présidente de l'OGBL Nora Back et le président de la CGFP Romain Wolff (de g. à dr.).
Photo: Anouk Antony
Luxembourg 6 min. 21.09.2022
Accord issu de la tripartite

«Le plafonnement des prix n'est pas socialement juste»

Les partis d'opposition évaluent différemment l'accord tripartite visant à alléger la charge des ménages et des entreprises. Les syndicats se disent satisfaits.

(tb avec Michèle Gantenbein) Après trois jours d'intenses négociations, le format tripartite réunissant gouvernement, syndicats et patronat a finalement débouché sur un accord de principe mardi soir. Cet accord prévoit notamment de maintenir les prochaines tranches indiciaires et de plafonner les prix d'énergie. Le prix du gaz sera ainsi limiter à «+15% par rapport à leur niveau actuel». 


An Tag 3 diskutierten die Sozialpartner unter anderem über die von der Regierung vorgeschlagene Energiepreisbremse. Gegen Mittag wurden die Verhandlungen unterbrochen und kurz vor 19 Uhr wieder aufgenommen.
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Les discussions entre les partenaires sociaux et le gouvernement ont terminé tard ce mardi soir, au troisième jour de la tripartite. Elles ont accouché d'un paquet de mesures destinées à lutter contre l'inflation, mais sans report d'index.

Les partis d'opposition jugent différemment le paquet. Sans connaître tous les détails, le CSV estime que le paquet «va dans la bonne direction», a déclaré mercredi le co-chef du groupe Gilles Roth, interrogé par le Luxemburger Wort. Avec ce paquet, «on s'attaque aux causes et pas seulement aux symptômes». Le principal parti d'opposition se voit confirmé dans ses revendications antérieures. «Nous avions déjà demandé il y a quelques mois un plafonnement des prix et une baisse de la TVA sur les produits énergétiques», a déclaré Gilles Roth. Le CSV est également satisfait que le mécanisme d'indexation ne soit pas touché.

L'un des points faibles serait la non-adaptation du barème fiscal à l'inflation. «Le gouvernement aurait dû procéder à cette adaptation en période de conjoncture favorable. Cette occasion a été manquée». Pour les revenus faibles et moyens, il ne reste au final que la moitié, le reste revenant à l'État sous forme d'impôts. Notons qu'une récente pétition qui a été ouverte depuis samedi dernier demande l'adaptation du tableau fiscal à l'inflation. Le CSV avait également demandé cet été d'élargir le cercle des bénéficiaires de la prime énergie.


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Le paquet de mesures ne résout cependant pas tous les soucis. Roth a rappelé la hausse des taux d'intérêt sur les crédits bancaires qui attend de nombreux ménages et qui pèsera parfois lourdement sur leur budget. L'augmentation des taux d'intérêt ne peut pas être compensée par l'indice. S'il devait y avoir des cas de rigueur dans les entreprises, le CSV se prononce en faveur d'un soutien de ces entreprises par des aides publiques supplémentaires et en accord avec les règles européennes. 

Le CSV réitère également sa demande de convoquer rapidement une commission tripartite afin que les parlementaires puissent se pencher sur les détails du paquet de mesures et participer à l'élaboration des projets de loi.

L'ADR alerte sur la dette publique

Contrairement à ce qui s'est passé au printemps, lorsque l'OGBL n'a pas voulu soutenir l'accord, le paquet de mesures actuel est soutenu par tous les partenaires sociaux. L'ADR juge cela positif. «Nous sommes toutefois préoccupés par les coûts élevés pour le budget de l'État», a déclaré Fernand Kartheiser. «Nous nous trouvons là sur une voie dangereuse et nous insistons pour que la dette publique ne dépasse pas 30% du PIB».

En ce qui concerne les entreprises, le député ADR estime qu'il y a un grand besoin de réformes (numérisation, énergies renouvelables, manque de personnel qualifié), afin qu'elles restent compétitives dans le contexte international. L'ADR ne trouve pas que le paquet de mesures s'attaque aux causes de la crise. La crise serait principalement due à la politique de sanctions contre la Russie, «qui ne sert finalement à rien». L'ADR demande en outre d'autres allègements, par exemple le rabais à la pompe, la suppression de la taxe CO2, l'adaptation du barème fiscal à l'inflation ou encore l'exonération fiscale pour les personnes percevant un salaire minimum ou des pensions modestes. 

Le manque de sélectivité pointé du doigt

«L'accord est ok», considère pour sa part Sven Clement, sans aller jusqu'à dire qu'il est «bon». Le député Pirate reconnaît que «des compromis sont des compromis», mais il dit regretter avant tout le manque de sélectivité concernant les mesures. Selon lui, les solutions présentées ne sont pas justes socialement et qu'«il n'y ait aucune incitation pour épargner». «Le risque est que ceux qui ont de grandes maisons et consomment beaucoup soit davantage subventionné», déplore Sven Clement. Ce dernier a d'ailleurs tweeté que «les propriétaires de piscine et de sauna ont de quoi se réjouir».

Sven Clement considère également qu'il n'est pas approprié de parler d'un «renforcement du pouvoir d'achat» comme le déclare le LSAP, car les mesures annoncées ne permettent que de limiter les dépenses, mais pas de gagner en pouvoir d'achat. «Les prix d'énergie auraient dû être plafonné seulement jusqu'à un certain seuil de consommation dans un foyer, et au-delà laisser libre cours au marché pour inciter les ménages à ne pas gaspiller.»


ARCHIV - 23.11.2021, Baden-Württemberg, Karlsruhe: Ein Drehstromzähler, aufgenommen in einem Haushalt. Stromkunden der EnBW müssen ab Oktober im Schnitt fast ein Drittel mehr für Haushaltsstrom bezahlen. (zu dpa: «EnBW hebt Strompreise deutlich an») Foto: Uli Deck/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Le plafonnement des prix de l’énergie pose question
Pour venir en aide aux ménages, le gouvernement planche sur une limitation des prix de l'énergie, une mesure accueillie avec prudence par l'opposition.

La députée Myriam Cecchetti déi Lénk partage également la position de Sven Clement sur le manque de sélectivité des mesures et plaide pour un échelonnement des prix de l'énergie. Plafonner les prix d'énergie comportent aussi des travers, souligne l'élue. Elle fait remarquer qu'au final c'est le contribuable qui doit payer la différence et finance les bénéfices des grandes entreprises. «Il faut faire attention à ne pas être trop optimiste, l'inflation est aussi toujours là avec le coût élevé des produits alimentaires,» met en garde Myriam Cecchetti.

Du côté du LSAP, c'est le soulagement, après les négociations. Le parti socialiste avait eu du mal à accepter que l'OGBL ne signe pas l'accord au printemps. De nombreuses idées et propositions du LSAP ont été reprises, selon le chef du groupe Yves Cruchten: «Il est juste d'agir sur les prix. Cela permet de freiner l'inflation, de protéger le système d'indexation et d'éviter que les gens ne dérivent vers le piège de la pauvreté».

Du côté des employeurs, l'enthousiasme a été limité, «mais ils soutiennent néanmoins l'accord. Pour eux, ce qui est surtout important, c'est qu'ils ne devront pas verser une tranche indiciaire tous les deux mois». 

Sollicité mardi soir, Frédéric Krier, membre exécutif de l'OGBL, s'est dit satisfait des mesures annoncées. «Nous avons obtenu le rétablissement normal de l'index et des mesures qui permettent d'éviter des hausses énormes de la facture énergétique.»

Les syndicats se disent satisfait du résultat

Par communiqué de presse, la CGFP a fait savoir ce mercredi qu'avec «les importantes réductions de charges pour les ménages privés et le maintien du mécanisme d'indexation, les revendications principales du syndicat des fonctionnaires d'Etat ont été largement satisfaites».

Une autre revendication de longue date du syndicat est l'adaptation du barème fiscal à l'inflation. La CGFP demande que cette demande soit abordée au plus tard lors de la prochaine réforme fiscale».

Selon le LCGB, l'objectif des négociations tripartites a été pleinement atteint. «Le pouvoir d'achat des ménages est substantiellement soulagé par ce paquet de mesures», a déclaré mercredi le président Patrick Dury. Pour lui, il est clair que l'accord a été conclu grâce à un engagement fort des trois syndicats, «qui ont travaillé dans ce sens de manière ciblée».

Les syndicats soumettront l'accord à leurs instances la semaine prochaine et demanderont leur approbation. A priori, la signature de l'accord par les différentes parties est attendue mercredi prochain.

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