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Le père du Crémant de Luxembourg revient sur sa boisson culte
Luxembourg 7 min. 28.12.2021 Cet article est archivé
Qui l'a inventé ?

Le père du Crémant de Luxembourg revient sur sa boisson culte

Constant Infalt a dirigé pendant plus de 30 ans la coopérative viticole Domaines Vinsmoselle et est considéré comme le créateur du Crémant de Luxembourg.
Qui l'a inventé ?

Le père du Crémant de Luxembourg revient sur sa boisson culte

Constant Infalt a dirigé pendant plus de 30 ans la coopérative viticole Domaines Vinsmoselle et est considéré comme le créateur du Crémant de Luxembourg.
Photo : Gilles KAYSER
Luxembourg 7 min. 28.12.2021 Cet article est archivé
Qui l'a inventé ?

Le père du Crémant de Luxembourg revient sur sa boisson culte

Ce que l'ouzo est en Grèce ou la bière en Allemagne, le crémant l'est au Luxembourg. Constant Infalt, père du Crémant de Luxembourg, revient sur les débuts de cette boisson faisant désormais partie intégrante de la culture grand-ducale.

(S.MN. avec Marlène Brey) Sa famille cultive la vigne depuis 300 ans. Constant Infalt a dirigé pendant plus de 30 ans la coopérative viticole Domaines Vinsmoselle et est considéré comme le créateur du Crémant de Luxembourg.  Enfant déjà, il aimait les vignobles. Constant Infalt n'est cependant pas vigneron, mais économiste d'entreprise.

La Saint-Sylvestre approche et le crémant figure sur d'innombrables listes de courses. Vous êtes considéré comme le père de cette boisson désormais culte...

Constant Infalt : «Oui, c'est ce qu'on dit. J'ai été l'initiateur d'une idée qui a porté ses fruits. Mais sans le travail des vignerons, rien n'aurait été possible. C'est l'histoire de notre réussite à tous. 

Cette année, nous fêtons le 30e anniversaire du Crémant de Luxembourg. L'histoire du vin luxembourgeois est pourtant bien plus ancienne...


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«Elle date d'environ 2.000 ans. Les soldats romains aimaient beaucoup boire du vin et ont planté les premières vignes dans la vallée de la Moselle. Toutefois, jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, les Luxembourgeois n'exportaient que du moût de raisin, principalement vers l'Allemagne.

Et le crémant ?

«Une petite partie du vin était transformée en vin mousseux. Comme on dit au Luxembourg : ''Viens, on va boire un verre de schampes'', un dérivé du champagne.

Sauf que malheureusement, il n'existe pas de champagne de Luxembourg...

«C'est vrai. En vérité, il existe deux procédés de fabrication du vin mousseux. Pour le crémant, c'est le même procédé que pour le champagne : la fermentation en bouteille - en français, la méthode champenoise. Mais en 1985, on a acté à Bruxelles que le nom de champagne doit uniquement être réservé aux vins de la région Champagne. Les autres régions françaises, qui travaillaient selon une méthode similaire, n'avaient tout à coup plus de nom pour leur vin mousseux. C'est ainsi qu'est né un deuxième nom : crémant. Nous nous sommes alors demandés au Luxembourg : ''Qu'allons-nous faire ?'' C'est là que j'interviens. J'ai alors proposé que nous utilisions nous aussi le nom crémant.

Le crémant est aujourd'hui une sorte de bien culturel national. C'était déjà le cas à l'époque ?

«Autrefois déjà, on buvait volontiers du vin mousseux et on le vendait sous le nom de ''Lëtzebuerger Schampes''. Mais souvent, il n'était pas du tout fabriqué à partir de vin luxembourgeois. Nous voulions être clairs : si le nom Luxembourg est utilisé, les vins doivent provenir à 100% du Luxembourg. S'il s'agit d'une fermentation en bouteille, il peut s'appeler crémant. Cela a été inscrit dans une loi en 1991. Depuis, nous avons un règlement qui décrit précisément la production de crémant. La première bouteille a été mise sur le marché le 15 novembre 1991. Sur l'étiquette, on pouvait lire Poll-Fabaire, du nom du père fondateur de la première coopérative viticole au Luxembourg.

Le crémant est la boisson pour trinquer à la Saint-Sylvestre. Vous souvenez-vous de la réaction des Luxembourgeois en 1991 face à ce nouveau produit ?

«Je m'en souviens très bien. À l'époque, nous avons discuté avec Cactus pour introduire la nouvelle marque dans les rayons des supermarchés. Comme nous avions de bonnes relations, on nous a dit : nous prenons cinq palettes, soit environ 2.500 bouteilles, mais vous devez nous garantir une chose : si le produit n'est pas acheté, nous pouvons le retourner. Au bout d'une semaine, dix palettes ont été réassorties. Du 15 novembre au 31 décembre, nous avions vendu plus de 100.000 bouteilles.

Ce que le champagne est en France ou la bière en Allemagne, le crémant l'est probablement au Luxembourg : comment est-il devenu une enseigne nationale ?

«Ce qui était nouveau, c'est que nous avions pour la première fois un budget publicitaire. Nous avons vendu du vin parce que la demande était là. Mais pour cette nouvelle marque, nous avions systématiquement de la publicité tous les jours sur RTL, dans les quotidiens et à la radio. Mais la success story du crémant luxembourgeois est aussi liée aux femmes.

Que voulez-vous dire ?

«Avant le repas, on prenait régulièrement l'apéro. Il s'agissait souvent d'alcools forts. Tout à coup, les hommes ont constaté avec étonnement que les femmes ne commandaient plus l'apéritif traditionnel, mais avaient leur propre boisson : une coupe de crémant.


C'est parti pour les vendanges du cru 2021
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C'est ainsi que vous avez montré l'exemple dans la publicité ?

«Non, il faut être honnête : on ne pouvait pas le prévoir ainsi. Une véritable vague a vu le jour. Très vite, les hommes ont suivi. Sans cette nouvelle culture de la boisson chez les femmes, j'en suis convaincu, nous n'aurions pas connu un tel succès aussi rapidement. Cette mode perdure encore aujourd'hui. Au Luxembourg, les gens boivent six à huit bouteilles de crémant par an et par personne. 

Comment les ventes ont-elles évolué en conséquence ?

«Avant la crise sanitaire, elles augmentaient chaque année. En 1991, nous avons vendu 100.000 bouteilles de la marque Poll-Fabaire, aujourd'hui nous en sommes à 1,8 million. Au total, trois millions de bouteilles de crémant de Luxembourg sont produites. La quasi-totalité est vendue au Luxembourg. En 1990, nous étions 300.000 habitants, aujourd'hui 600.000. Les nouveaux habitants viennent de l'étranger, trouvent ici un nouveau foyer et adoptent notre mode de consommation. C'est donc parce que le marché ici a toujours été en croissance que nous sommes restés ici jusqu'à présent.

Pourtant, le Luxembourg est tout à fait associé au luxe. Pourquoi ne pas en profiter pour conquérir le monde avec votre crémant, comme les Français avec leur champagne ?

«Je suis convaincu que dans dix ans, nous en serons à quatre ou cinq millions de bouteilles. Mais le vin n'est pas un produit industriel. A partir d'un certain niveau, il faudrait aussi plus de vignobles pour avoir plus de crémant. Nous devrions acheter du vin et le vinifier. Mais quand on parle de crémant de Luxembourg, le vin doit venir à 100% d'ici et cette quantité est justement limitée. 

Pour le vin pétillant, la marge est plus importante que pour le vin tranquille. Pourquoi en est-il ainsi ?

«Le crémant doit reposer au moins neuf mois. Les viticulteurs ont un investissement supplémentaire, cela se voit aussi dans le prix.

Est-ce que c'était aussi un argument pour le crémant à l'époque ?

«Dans les années 1980, les viticulteurs ont dû chercher de nouvelles voies parce que les cépages au Luxembourg changeaient. Jusque dans les années 70, nous n'avions presque que de l'Elbling et du Rivaner. C'étaient des cépages dits de consommation, les quantités étaient très élevées et la qualité médiocre. La réputation des vins luxembourgeois n'était pas très bonne. Puis les vignobles ont été replantés : on pouvait désormais travailler avec des machines dans les vignes et de nouvelles variétés ont été plantées avec des rendements plus faibles. Le problème était qu'au début, il n'y avait pas de demande pour ces nouveaux cépages nobles : auxerrois, pinot gris, chardonnay, pinot noir. Ma réflexion était alors la suivante : nous devrions prendre une toute nouvelle direction. Aujourd'hui encore, je suis convaincu que le Luxembourg devrait se faire un nom, non seulement en tant que région viticole, mais aussi en tant que région productrice de crémant.

Est-ce réaliste ?

«Tous les viticulteurs luxembourgeois vendent aujourd'hui du crémant : les trois millions de bouteilles représentent 30 pour cent du volume de vin du Luxembourg. Mais dans presque toutes les exploitations, le crémant représente 50% du chiffre d'affaires. C'est le produit le plus haut de gamme, le fleuron de la marque.

Quelle est l'importance du Nouvel An pour le commerce du crémant ?

«Un quart de la production est vendu en décembre. Mais les trois quarts restants sont vendus le reste de l'année. La mode du crémant dure toute l'année.

Que buvez-vous pour la Saint-Sylvestre ?

«Du ''Crémant de Luxembourg'' bien sûr !»

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