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Le pays rattrape son retard sur la qualité de l'eau
Luxembourg 5 min. 14.05.2021

Le pays rattrape son retard sur la qualité de l'eau

Pour Raymond Erpelding il faut s'interroger : "Pourquoi finalement payerait-on moins cher son approvisionnement en une ressource alimentaire aussi essentielle que l'eau que la somme que l'on donne pour son forfait téléphonique?"

Le pays rattrape son retard sur la qualité de l'eau

Pour Raymond Erpelding il faut s'interroger : "Pourquoi finalement payerait-on moins cher son approvisionnement en une ressource alimentaire aussi essentielle que l'eau que la somme que l'on donne pour son forfait téléphonique?"
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 14.05.2021

Le pays rattrape son retard sur la qualité de l'eau

De la protection de la ressource au traitement des eaux usées, Raymond Erpelding estime que le Grand-Duché progresse bien. Entretien avec l'ingénieur luxembourgeois qui vient de prendre la présidence de l'Association européenne de l'eau.

(pj avec Marc Hoscheid) Raymond Erpelding vient d'être élu président de l'Association européenne de l'eau (EWA). Occasion pour interroger cet ingénieur sur la gestion des eaux au Grand-Duché. Administrateur de longue date de la station d'épuration de Pétange et ancien dirigeant de l'Association luxembourgeoise des services d'eau (Aluseau), il baigne dans le sujet depuis longtemps.

Comment jugez-vous le niveau de traitement des eaux usées dans le pays ?

Raymond Erpelding : «De nombreux efforts ont été déployés. Longtemps, nous avons eu des faiblesses parce que nous n'avions pas fait assez d'investissements. D'ailleurs, le Luxembourg a été condamné par la Cour de justice des Communautés européennes pour non-respect de la directive européenne de 1991. A ce titre, le pays a d'ailleurs payé de lourdes amendes. Aujourd'hui, le pays rattrape son retard.


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La facture déborde au barrage d'Esch-sur-Sûre
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Mais nous avons placé la barre très haut en matière de protection de la ressource et de retraitement des eaux. En désignant l'ensemble du pays comme zone sensible, par exemple. Aujourd'hui, la pression de l'État en faveur de la modernisation des installations entraîne aussi une explosion du prix du m3 d'eau que les petites communautés rurales, en particulier, ont du mal à absorber. Jusqu'en 2014, l'État payait 90% du coût des projets d'assainissement et les grandes installations ont été privilégiées tandis que les structures moyennes ou petites n'ont pas obtenu de subventionnements.

On parle aujourd'hui de mettre en place une quatrième «étape de clarification». En quoi cela consiste-t-il? 

«Il s'agit principalement du traitement en station d'épuration des substances pharmaceutiques et chimiques. Par exemple, il peut s'agir d'agents de protection contre les boues ou de biocides du type de ceux employés dans les revêtements de façade empêchant l'infestation par les parasites. Ces substances finissent en fait par retourner dans le cycle de l'eau. Elles sont emportées par la pluie, et comme ces eaux de ruissellement sont de plus en plus séparées du circuit de traitement des eaux usées, elles retournent dans les cours d'eau. Et cela sans être pratiquement filtrées via un bassin de rétention. 


TOPSHOT - A child swims in a pool filled with plastic bottles during an awareness campaign to mark the World Oceans Day in Bangkok on June 8, 2019. (Photo by Romeo GACAD / AFP)
Au menu, 5 grammes de plastique par semaine
Un individu moyen pourrait ingérer jusqu'à 5 grammes de plastique chaque semaine, soit le poids d'une carte de crédit, selon un rapport commandé par le WWF à l'université de Newcastle (Australie), et publié mardi.

Il faudrait aussi tenir compte des microplastiques, comme les résidus de pneus qui filent là encore dans les cours d'eau; la pluie venant rincer la chaussée de ces impuretés. 

Mais les exploitants de stations d'épuration hésitent à se lancer dans cette quatrième étape de traitement. Filtrer ces substances problématiques s’avérant coûteux en énergie. L'idéal serait de commencer et d'interdire les substances  à la source. 

Les risques pour la santé ne justifieraient pas à eux seuls d'investir dans ces systèmes? 

«Personne ne meurt des résidus de pneus, n'est-ce pas? L'abrasion de la gomme de caoutchouc est le moindre des problèmes. Cependant, nous avons de plus en plus de problèmes avec les substances pharmaceutiques (comme le diclofénac commercialisé sous différentes formes, notamment sous le nom de Voltaren). Des études montrent que ces substances, à des concentrations élevées, ont un effet nocif sur les organismes aquatiques, à commencer par les poissons. Nous ne devrions pas tolérer cela. 

Récemment, les besoins en eau de grands projets industriels ont fait l'objet de discussions (Fage à Bettembourg ou le projet de datacenter Google à Bissen). Peut-on parler de surdimensionnements ? 

«De façon générale, la question à se poser est celle de savoir s'il est utile d'employer de l'eau potable pour ce type d'usage industriel alors que nos réserves sont limitées.

Dans le cas de l'usine de yaourts Fage, c'est surtout l'aspect des rejets d'eau qui était problématique. L'Alzette vers qui auraient pu aller ces eaux n'est pas une rivière particulièrement grande et elle longe également un certain nombre d'agglomérations. C'est pourquoi il n'y a pratiquement aucune dilution des eaux usées, surtout en été sec. Cela entraîne une énorme quantité de travail dans les stations d'épuration des eaux usées pour maintenir une telle rivière à des niveaux qualitatifs satisfaisants. 

Depuis plus d'un an, les résidus de covid sont traqués dans les eaux des stations d'épuration. Quelle a été l'influence du virus sur le fonctionnement des sites?

«Au début de la pandémie, tous les acteurs du secteur étaient très inquiets et se demandaient s'il était possible d'être infecté par le virus via des traces résiduelles présentes dans les eaux sales. Mais après quelques semaines seulement, il était clair que ce n'était pas le cas. Et cela contrairement au virus de l'hépatite, par exemple.

Comme les règles d'hygiène sont de toute façon très strictes, le covid n'a pas entraîné de travail supplémentaire particulier. Mais les 13 stations d'épuration luxembourgeoises envoient toujours des échantillons à un laboratoire accrédité deux fois par semaine. Et le virus fait désormais partie des analyses biologiques pratiquées. Pas d'inquiétude de ce côté.» 

Evolution des charges virales covid repérées dans les stations d'épuration luxembourgeoises.
Evolution des charges virales covid repérées dans les stations d'épuration luxembourgeoises.
Source : Etude Coronastep du LIST


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