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Le pays paré au pire depuis Senningen
Luxembourg 6 min. 12.10.2021
Sécurité

Le pays paré au pire depuis Senningen

Armée, police, pompiers du CGDIS et autres services de protection du pays ont leur place (et leurs rôles) dans ce centre de crise.
Sécurité

Le pays paré au pire depuis Senningen

Armée, police, pompiers du CGDIS et autres services de protection du pays ont leur place (et leurs rôles) dans ce centre de crise.
Photo: Anouk Antony
Luxembourg 6 min. 12.10.2021
Sécurité

Le pays paré au pire depuis Senningen

Le Luxembourg vient de se doter d'un nouveau centre de gestion des crises. Depuis Senningen, les autorités peuvent ainsi défendre population et infrastructures vitales en toute sécurité quelle que soit la nature de la menace.

(pj avec David THINNES) A première vue, le nouveau centre national de crise de l'Etat luxembourgeois ne se distinguerait presque pas d'un immeuble administratif ordinaire. Certes une clôture grise l'entoure. Mais rien d'autre ne dit que cette construction nouvelle de 2.000 m2 abrite en fait le centre de décision le plus important du pays en cas de difficulté majeure. Le château de Senningen confortant ainsi son rôle central dans la gouvernance du Grand-Duché.

Depuis trois ans, 20,5 millions d'euros ont été investis dans ce nouvel équipement. Et depuis mai 2021 l'infrastructure est opérationnelle. Entretien avec Luc Feller, du Haut-Commissariat à la protection nationale, mandaté pour conforter cette place forte.

Six semaines après son inauguration, le bâtiment a connu sa première gestion de crise, avec les inondations de la mi-juillet. Vous ne vous attendiez sans doute pas à une mise en action aussi rapide? 

Luc Feller : « En fait, nous envisagions d'être pleinement opérationnels pour la mi-novembre... Du coup, l'épisode de fortes pluies et crues de cet été a servi de répétition générale grandeur nature. Et cela a montré que le bâtiment et les personnels à disposition fonctionnaient. Toutefois, il est encore prévu quelques semaines de formation pour que chaque intervenant puisse parfaitement maîtriser les nouvelles technologies mises en oeuvre dans ce centre de gestion des crises. 

Et quel est le premier retour d'expérience? 

«Il n'y a pas eu de problèmes majeurs. J'ai reçu des retours positifs après la crise en termes d'ambiance de travail. La crise gérée depuis Senningen a surtout été l'occasion de coordonner les équipes et déterminer où et comment nous allions utiliser le matériel dont nous avions besoin. La première des priorités était, bien entendu, de savoir si des vies humaines étaient en danger et si des évacuations devaient être organisées

Luc Feller en pleine démonstration des installations impressionnantes du centre de crise.
Luc Feller en pleine démonstration des installations impressionnantes du centre de crise.
Photo: SIP

Au final, cet ''exercice'' n'a pas vraiment permis d'explorer à fond les possibilités techniques offertes par les équipements en place. Mais en théorie nous sommes en mesure d'agir y compris en cas de panne d'électricité à l'échelle européenne ou en cas d'attaque informatique d'ampleur notamment. 

Les cyberattaques font partie des menaces craintes de l'Etat?

«En fait, nous devons nous préparer à tous les risques qui peuvent survenir. Il semble bien que les épisodes météorologiques extrêmes ne manqueront pas de nous occuper encore et encore, et de plus en plus, dans les années à venir.  Depuis que j'ai pris mes fonctions il y a cinq ans, ces phénomènes se sont produits plus fréquemment. Pour la cybercriminalité, c'est un peu pareil. On en parlait moins il y a quelques années, maintenant c'est un danger supplémentaire à prendre en charge.

Je ne suis pas nécessairement inquiet pour les réseaux de ce nouveau bâtiment ou dans les autres bureaux. Mais la menace prend parfois des trajectoires incroyables. Un hacker peut passer par le système de votre lave-vaisselle connecté pour s'attaquer à tout un réseau numérique... Donc il faut checker chacun de nos équipements pour fermer toutes les portes aux pirates informatiques notamment. 

Vous parliez de panne d'électricité d'ampleur, mais il est difficile de simuler une telle situation...

«A la vérité, le problème d'une telle crise serait le facteur humain, au-delà de l'aspect technique. Aussi, avec les équipes du centre de crise nous essayons d'évaluer tous les scénarios, y compris la réaction de la population. Il peut s'agir d'un test en taille réelle d'un événement grave (comme en 2019 avec la simulation d'une attaque terroriste à la Rockhal). Mais nous organisons aussi des exercices en interne pour que chacun acquière les bons réflexes. On organise alors une cellule de crise sur un événement fictif en guise de répétition générale en somme.

Dehors, il y a un gardien d'une société de sécurité privée qui garde l'accès au bâtiment. Pourquoi ne pas avoir fait appel à un effectif de la police grand-ducale ou de l'armée luxembourgeoise

«Les administrations publiques font de plus en plus appel à des sociétés de gardiennage privées. Et nous ne nous attendons pas à ce que le centre de crise constitue la cible d'une attaque armée. Ensuite, il n'est pas si facile d'y pénétrer. Les portes d'entrée du bâtiment, par exemple, n'ont rien à voir avec des portes standard, croyez-moi!

D'autres sites sont-ils envisagés pour accueillir un autre centre de gestion de crise au Luxembourg?

«Pas de ce niveau. Pour établir un tel équipement, il faut cocher bien des critères. Le premier étant de disposer d'un terrain public utilisable pour l'Etat. Ensuite, il faut prendre en compte des considérations de pure sécurité. Le nouveau centre n'est pas trop éloigné du château de Senningen depuis lequel les ministres et les services du gouvernement ont l'habitude de travailler. Là, nous ne sommes vraiment pas loin. En plus l'ensemble du site autour était déjà bien sécurisé ici, ce qui a été un atout supplémentaire pour l'implantation à cet endroit. 

Quelles sont les avancées notables pour ce nouveau bâtiment ?

«Il y a certaines exigences de sécurité, comme la clôture autour de la zone. La salle de crise est équipée des dernières technologies et peut être rendue étanche. Il y a aussi une cage de Faraday, une pièce où l'on peut passer des appels téléphoniques à l'OTAN sans que la communication puisse être captée par des oreilles malveillantes. Nous avons accès à la communication par satellite, ainsi qu'à une connexion par fibre optique - y compris en cas de panne totale du réseau grand public national

Le bâtiment dispose également de ses propres batteries énergétiques. Des générateurs qui peuvent assurer l'alimentation nécessaire au fonctionnement des instruments comme à la vie des 105 hommes et des femmes qui pourraient être amenés à rester longtemps isolés dans un tel lieu.»

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