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Le pays à la disposition de ses ressortissants en Ukraine
Luxembourg 7 min. 13.02.2022 Cet article est archivé
Conflit Ukraine-Russie

Le pays à la disposition de ses ressortissants en Ukraine

 En Biélorussie, des soldats participent à des exercices conjoints des forces armées de Russie et de Biélorussie.
Conflit Ukraine-Russie

Le pays à la disposition de ses ressortissants en Ukraine

En Biélorussie, des soldats participent à des exercices conjoints des forces armées de Russie et de Biélorussie.
Photo: AFP
Luxembourg 7 min. 13.02.2022 Cet article est archivé
Conflit Ukraine-Russie

Le pays à la disposition de ses ressortissants en Ukraine

Le ministre des Affaires étrangères Asselborn conseille aux Luxembourgeois d'Ukraine de quitter le pays. Mais il place toujours ses espoirs dans la diplomatie.

(tb avec mer) Ce samedi, le ministère des Affaires étrangères luxembourgeois a appelé ses ressortissants à quitter l'Ukraine. Jean Asselborn (LSAP), ministre des Affaires étrangères, livre dans une interview accordée au Luxemburger Wort son regard sur la situation.


Le conflit Ukraine-Russie s'invite à la Chambre
Les députés se sont penchés ce mardi pendant l'heure d'actualité sur les tensions actuelles à la frontière ukrainienne. La majorité des partis a insisté sur l'importance du dialogue.

Jean Asselborn, durant le week-end, les Américains d'abord, puis d'autres Etats, ont mis en garde leurs citoyens : quittez l'Ukraine ! Ce conseil vaut-il aussi pour les Luxembourgeois ? Et sait-on combien de Luxembourgeois se trouvent en Ukraine ?

Jean Asselborn: «Nous n'avons pas d'ambassade en Ukraine, mais sommes représentés par la Belgique pour le consulaire et par les Pays-Bas pour le diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères néerlandais m'avait appelé pour me dire qu'ils allaient également faire une telle mise en garde, c'est pourquoi nous et les Belges nous sommes joints à eux. Samedi, nous avons publié un communiqué appelant à quitter l'Ukraine. Je ne peux pas dire combien de Luxembourgeois sont encore en Ukraine et combien y vivent. Mais ils ne sont pas nombreux. Nous sommes bien sûr à la disposition des citoyens et des entreprises luxembourgeoises qui se trouvent là-bas et qui ont besoin de notre aide.

Après des semaines d'aggravation de la crise, les Etats-Unis ont averti qu'une attaque russe contre l'Ukraine pourrait être imminente, soi-disant dès mercredi. 

«Il n'y a rien de concret. Le monde est confronté à deux déclarations. Il y a d'une part les Américains et les déclarations de leurs services secrets qui mettent en garde contre une guerre imminente. Ils diffusent ces informations à dessein, ce qui est rarement le cas ; il n'y a d'ailleurs aucune raison de ne pas croire les services secrets américains. Et deuxièmement, il y a Moscou, qui explique qu'il s'agit d'une hystérie et qu'ils n'ont aucune intention d'attaquer l'Ukraine. 

Même en tant que ministre des Affaires étrangères ayant participé à toute cette diplomatie, il est difficile d'y voir clair... Vladimir Poutine a lui-même déclaré solennellement lors de sa grande conférence de presse qu'il n'imaginait pas que des soldats russes puissent tirer sur des soldats ukrainiens. L'armée russe est l'une des trois plus puissantes au monde. En cas de guerre, des milliers de personnes perdraient la vie.

Le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn continue de miser sur la diplomatie malgré une aggravation du conflit ukrainien.
Le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn continue de miser sur la diplomatie malgré une aggravation du conflit ukrainien.
Photo: Guy Jallay

Quels sont donc les scénarios réalistes auxquels nous devons nous préparer ?

«Une voie qui pourrait être empruntée par la Russie serait d'occuper les deux régions de Donetsk et de Lougansk dans l'est de l'Ukraine. Et ensuite viendrait le scénario connu, semblable à ce qui s'est passé en Crimée : référendum, puis annexion. Mais cela serait totalement contraire au droit international. Ce serait totalement contraire à l'Acte final d'Helsinki de 1975, que la Russie a cosigné. Il y est clairement stipulé que les frontières sont immuables.

Mais les sanctions ne seraient pas comparables à celles de la Crimée, elles seraient bien plus drastiques. Et je ne pense pas que la Russie s'en sortirait avec des avantages. Poutine n'est pas quelqu'un qui fait ce qu'on attend de lui. C'est pourquoi j'ai encore un peu d'espoir. Les Russes sont de grands joueurs d'échecs, ils savent que si je joue un coup, cela a des conséquences sur le deuxième et le troisième coup.  

Mais les sanctions ne seraient pas comparables à celles de la Crimée, elles seraient bien plus drastiques.

Jean Asselborn

Sous Gorbatchev déjà, les Russes avaient reçu plusieurs promesses selon lesquelles il n'était pas prévu d'étendre l'OTAN en Europe de l'Est. L'un des principaux reproches des Russes est que l'Occident n'a pas tenu ces promesses. A posteriori, était-ce une erreur ? 

«Dans cet Acte final d'Helsinki, que l'Union soviétique a contribué à négocier, il est également stipulé que l'on peut choisir soi-même ses alliés. C'est une certitude : l'OTAN est un pacte défensif ; elle est là pour défendre ses membres en cas d'attaque. Le problème du point de vue russe est surtout l'éventuelle adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie. Il y a eu cette fameuse réunion de l'OTAN en 2008 à Bucarest, à laquelle j'ai moi-même assisté, c'était encore sous la présidence de George Bush. Pour faire sortir la vache de la glace, on a dit : en principe, nous sommes d'accord pour que ces deux pays deviennent un jour membres de l'OTAN. Mais la date n'est pas décidée maintenant. Les choses en sont restées là. Nous n'avons pas eu de grands débats sur l'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN, cela n'a effectivement pas eu lieu.

Depuis plusieurs semaines, les forces armées américaines envoient de plus en plus de fret militaire en Ukraine afin de renforcer les capacités de défense du pays.
Depuis plusieurs semaines, les forces armées américaines envoient de plus en plus de fret militaire en Ukraine afin de renforcer les capacités de défense du pays.
Photo: AFP

 

Comment est-il possible maintenant de faire bouger cette situation bloquée ?

«Le Conseil OTAN-Russie a été créé en 1997 pour favoriser la détente entre l'OTAN et la Russie. Lorsque je suis devenu ministre des Affaires étrangères en 2004, nous avions encore des réunions régulières, où le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov venait également. Les discussions étaient parfois très animées, mais elles avaient tout de même lieu. Même en 2008, lors de la crise en Géorgie, cela a duré quelques mois, mais le Conseil s'est alors à nouveau réuni. Cela a été extrêmement difficile après la crise de Crimée en 2014. Il est extrêmement dommage que nous ayons mené ce Conseil OTAN-Russie uniquement au niveau militaire, et non plus au niveau politique. Il y a énormément de préjugés en jeu.

Comment peut-on surmonter ces préjugés ?

«Il faut s'asseoir ensemble et parler de l'architecture de sécurité en Europe. Sur les missiles, beaucoup trop nombreux, sur le désarmement, sur les mesures de confiance. Cela n'est possible que si l'on peut établir une certaine base de confiance. Malheureusement, beaucoup de choses ont été perdues après 2014 et devraient être reconstruites. Joe Biden a proposé un dialogue à Poutine lors de leur premier entretien. Depuis décembre, nous faisons tous ces efforts diplomatiques. Et dès le début, la ligne était la suivante : nous devons parvenir à une désescalade.

Il faut s'asseoir ensemble et parler de l'architecture de sécurité en Europe.

Jean Asselborn

Y a-t-il encore de l'espoir pour une solution diplomatique ?

«La diplomatie est là pour éviter les guerres. Nous devons faire comprendre à la partie russe que nous voulons discuter sincèrement de ce qu'elle critique et des points sur lesquels nous pouvons nous réunir à nouveau. Mais je pense qu'il est clair pour Moscou qu'il est totalement impossible de demander un retour sur les lignes de 97. A l'époque, l'OTAN avait proposé à la Pologne et à d'autres pays d'Europe de l'Est des négociations d'adhésion. Mais la diplomatie signifie aussi faire preuve de dissuasion, mettre des sanctions sur la table. C'est ce à quoi nous travaillons. Ces sanctions systémiques ne sont bonnes pour personne. C'est un outil de la boîte à outils diplomatique pour éviter le pire, à savoir la guerre.

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