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Le parcours du combattant des parents d'enfants «DYS»
Luxembourg 4 min. 17.10.2019

Le parcours du combattant des parents d'enfants «DYS»

Beaucoup d'enfants atteints de ces troubles finissent en décrochage scolaire, faute d'adaptations cohérentes avec leur handicap.

Le parcours du combattant des parents d'enfants «DYS»

Beaucoup d'enfants atteints de ces troubles finissent en décrochage scolaire, faute d'adaptations cohérentes avec leur handicap.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 4 min. 17.10.2019

Le parcours du combattant des parents d'enfants «DYS»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Deux élèves par classe au Luxembourg sont considérés comme des «élèves à besoins spécifiques». Si un centre pour le développement des apprentissages (CDA) a été créé l'an dernier pour les aider, bien des familles peinent à maintenir leurs enfants dans un milieu scolaire stable.

«Difficulté. Désavantage. Mais beaucoup de progrès». Voici comment Nils, 15 ans, résume avec ses mots son parcours scolaire au Luxembourg. Et pour cause. Dyspraxique et atteint du syndrome d'Asperger, le jeune homme n'a jamais vraiment trouvé sa place à l'école.

Ils sont environ 5% d'élèves luxembourgeois comme lui, touchés par des difficultés d'apprentissage ou de compréhension. Plus communément appelés «enfants à besoins spécifiques», ils doivent souvent faire face à des professeurs dépassés par la situation.

«Nous avons dû le changer d'établissement tous les ans. Il était hyperactif, violent même parfois. C'était l'incompréhension totale. Les enseignants n'arrivaient pas à le gérer», explique ainsi Solveig, la mère du jeune homme.

Harcèlement, exclusion, «beaucoup d'injustice», les parents de Nils ont fait face ces dix dernières années, à une série d'obstacles auxquels ils ne s'attendaient pas. «Beaucoup de professeurs ne voulaient pas de lui. C'était plus simple de le cacher, de lui mettre une étiquette sur le dos», poursuit la maman.

«Effet de mode»

Un parcours scolaire chaotique partagé par Jason, 13 ans, également dyspraxique et dyslexique. Lui qui, à six ans, voulait «mourir» parce que malmené dans sa classe, souhaite désormais sortir le plus rapidement possible du système scolaire.

 Si sa rentrée 2019 à l'école européenne de Differdange s'est bien passée, cela n'a pas toujours été le cas ces dernières années. «Il y avait une remise en cause perpétuelle de son handicap. Une psychologue du lycée d'Esch/Alzette m'a même parlé d'"effet de mode", j'étais choquée», explique Aurélie, la mère de Jason.  

Jason a très mal vécu sa première année à l'école primaire, victime de harcèlement et souvent incompris par son enseignante.
Jason a très mal vécu sa première année à l'école primaire, victime de harcèlement et souvent incompris par son enseignante.
Photo: illustration Shutterstock

Tout comme Solveig, la jeune femme se bat pour offrir à son fils des adaptations spéciales dans son milieu scolaire. Jason doit en effet utiliser un ordinateur, ou une tablette, pour travailler correctement. Une demande qu'elle peine à voir aboutir, année après année, malgré une note du médecin.


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«On punit mon enfant, ce n'est pas normal. Il a un handicap "invisible", c'est dur de se faire entendre», déplore Aurélie. Les deux mamans regrettent surtout un manque criant d'écoute de la part du système scolaire, qui les laisse seul(e)s face aux problèmes.

Un professeur spécialisé par école en 2020

Pourtant, depuis plus d'une année maintenant, un Centre pour le développement des apprentissages (CDA) a été créé afin de prendre en charge des familles comme celles de Solveig et d'Aurélie. Depuis le 28 septembre 2018, 414 dossiers ont été traités par cet établissement, selon un porte-parole du ministère de l'Éducation nationale.

Une «forte demande» qui ne fait que croître et concerne à la fois des familles, en détresse, que des professeurs souhaitant se former à mieux appréhender ce type d'handicap dans leur classe. «L'an prochain, il y aura un enseignant spécialisé (I-EBS) dans chaque école», promet d'ailleurs à ce sujet le CDA, qui va renforcer son équipe et créer des antennes locales dans le pays.

Une nouvelle qui va très certainement soulager les parents, qui vivent un «vrai calvaire» aux côtés de leurs enfants en milieu scolaire. «Il y a énormément de fonds au Luxembourg, qu'ils investissent dans des structures spéciales pour ces enfants-là», réclame le père de Nils, las, mais déterminé à offrir  à son enfant la même chance que les autres.

150 postes créés depuis 2017

Pour rappel, certaines communes disposent déjà d'établissements scolaires où des I-EBS officient. C'est notamment le cas à Luxembourg-Ville pour les quartiers de Belair, Clausen, Kirchberg, Gasperich, la Gare, Bonnevoie-Verger, Eich et Dommeldange. Une répartition volontaire du ministère de l'Éducation nationale, en fonction des projets et besoins des écoles.

En janvier 2017, le ministère de l'Education nationale annonçait la création de 150 postes dans les écoles primaires. Un chiffre bien «insuffisant» aux yeux des premiers concernés.

Plus d'informations sur le site dyspraxie.lu.

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