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Le «oui, mais» syndical à la semaine de 60 heures
Luxembourg 3 min. 30.03.2020 Cet article est archivé

Le «oui, mais» syndical à la semaine de 60 heures

Si le secteur de la santé était demandeur de cette augmentation du temps de travail, la mesure a été élargie aux 14 secteurs essentiels au pays.

Le «oui, mais» syndical à la semaine de 60 heures

Si le secteur de la santé était demandeur de cette augmentation du temps de travail, la mesure a été élargie aux 14 secteurs essentiels au pays.
Photo : AFP
Luxembourg 3 min. 30.03.2020 Cet article est archivé

Le «oui, mais» syndical à la semaine de 60 heures

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
OGBL et LCGB ont été surpris en écoutant le ministre du Travail, vendredi soir. Les syndicats n'avaient pas vraiment discuté de l'augmentation du temps de travail à douze heures par jour (ou 60h/semaine) avec Dan Kersch.

«Le seul accord que nous ayons signé porte sur les modalités du chômage partiel. Pour le reste...» Le silence qui suit en dit long sur le désarroi de Nora Back, la nouvelle présidente de l'OGBL. «Oui, dans la semaine durant les discussions, le ministre du Travail a placé deux mots sur cette possibilité des 60 heures hebdomadaires. Il faudrait que je retrouve mes notes.» Visiblement, du côté de Patrick Dury à la tête du LCGB, là encore entendre Dan Kersch (LSAP) évoquer sans sourciller la possibilité offerte aux 14 secteurs dits essentiels de travailler jusqu'à 12 heures/jour et 60h/semaine relève de la surprise.

Pourtant, crise oblige, les deux syndicats digèrent la nouvelle et l'acceptent. Non sans quelques grincements de dents. Dès le lendemain de l'allocution du ministre socialiste, Nora Back saluait, d'ailleurs, «la volonté des partenaires sociaux de dialoguer constructivement» mais regrettait  d'avoir vu l'annonce tomber du ciel, sans une réelle consultation. «D'autant que si l'OGBL comprend le sens de cette mesure pour certains secteurs primordiaux dans le cadre de l'épidémie (les personnels de santé), elle émet des doutes sur sa légitimité dans l'ensemble des 14 secteurs évoqués par le ministre.»

Pour le premier syndicat du pays, difficile d'admettre notamment que la possibilité de passer pour le personnel de 40 à 60 heures hebdomadaires soit proposée aux stations essence et autres supermarchés. «Qu'ils embauchent d'abord», tonne celle qui a succédé à André Roeltgen voilà trois mois. Voilà la grande divergence avec l'annonce ministérielle : même temporaire, la mesure aurait dû être mieux cadrée.

«Désormais, je compte sur ce gouvernement pour ne donner d'autorisation qu'au cas par cas. Et que si tel ou tel employeur adopte ce nouveau rythme de travail, cela se traduise par une rémunération en lien, et surtout que la mesure ait été présentée et validée par les délégués du personnel, ou les syndicats», préconise Nora Back laissant le dernier recours au ministre du Travail, en cas de refus des deux strates évoquées.

Que la crise sanitaire ne se transforme pas en crise de la sécurité

Côté LCGB, Patrick Dury n'a pas plus bondi de joie en écoutant Dan Kersch se prononcer sur cet allongement du temps de travail. «Il ne faut pas que les sociétés prennent ce recours en priorité. L'engagement de nouveaux salariés, même temporaires, ou l'échange de main-d'oeuvre doivent être les premières alternatives envisagées.» En accord donc avec l'OGBL sur ce point.

Par contre, le syndicaliste ne cache pas sa divergence sur une limitation de la mesure à moins de secteurs que les 14 prévus. «Si l'Etat a estimé qu'ils étaient primordiaux à la bonne marche du pays, je ne vais pas me mettre à travers la route, commente Patrick Dury. Nous sommes dans une situation suffisamment grave pour ne pas rechercher de polémique sur ce point.»

Le repos si précieux

Par contre, le LCGB entend «veiller à ce que la crise sanitaire ne se transforme pas en crise de la sécurité pour ceux qui travaillent encore». Entendez par là que passer de 40 à 60 heures d'exercice pour certains corps de métier va s'accompagner d'une fatigue plus grande. Il ne faudrait pas que cela fasse perdre de leur vigilance aux salariés, aux risques qu'ils commettent des erreurs préjudiciables pour eux-mêmes ou pour les autres.

«L'Union des entreprises du Luxembourg doit donc faire entendre raison à ces membres. Primo, les 60 restent l'exception. Secundo, les patrons doivent soulager les salariés et garantir le repos requis pour leur maintien en bonne santé», revendique Patrick Dury. Tout comme il aimerait que le gouvernement harmonise par voie réglementaire les horaires d’ouverture dans le secteur du commerce, cela afin là encore d'assurer les repos nécessaires aux employés.

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