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Le nouveau visage de la Belgique au Luxembourg
Luxembourg 7 min. 25.09.2020

Le nouveau visage de la Belgique au Luxembourg

Thomas Lambert est séduit par la manière dont le Luxembourg a diversifié ses activités au cours des dernières décennies.

Le nouveau visage de la Belgique au Luxembourg

Thomas Lambert est séduit par la manière dont le Luxembourg a diversifié ses activités au cours des dernières décennies.
Photo: Julian Pierrot
Luxembourg 7 min. 25.09.2020

Le nouveau visage de la Belgique au Luxembourg

Eddy RENAULD
Eddy RENAULD
Thomas Lambert a officiellement pris vendredi dernier ses quartiers à la rue des Girondins pour un mandat de quatre ans. Le nouvel ambassadeur de Belgique au Luxembourg compte encore renforcer les liens pourtant très étroits entre les deux pays.

Monsieur l'ambassadeur, pourquoi avoir opté pour le Luxembourg?

Thomas Lambert - «Mon profil professionnel est surtout marqué par les relations multilatérales et comme je cherchais à développer davantage le côté bilatéral, le Luxembourg s'est imposé comme une évidence. S'il y a un pays au monde avec lequel les relations bilatérales sont très intenses à tous les niveaux, c'est bien le Grand-Duché. A mes yeux, c'était un argument puissant. 

Par ailleurs, j'ai beaucoup travaillé sur l'Union européenne ces derniers mois et je souhaitais continuer dans cette direction. De plus, passer par le Luxembourg est aussi une formidable opportunité de bien connaître son pays. Les connexions s'effectuent à tous les niveaux: communes, régions ou encore fédéral.

Le Luxembourg figurait-il en tête de liste de vos préférences?

«Absolument. En travaillant dans le multilatéral, j'ai beaucoup apprécié collaborer avec des collègues luxembourgeois notamment à New York au siège des Nations Unies. Je suis aussi très intéressé par les dossiers économiques et commerciaux et je constate qu'à ce niveau, le Luxembourg dispose d'une belle stratégie de développement économique. 

Les décideurs de ce pays savent où ils veulent aller. Par exemple après la crise de la sidérurgie, le Grand-Duché est parvenu à diversifier ses activités: secteur bancaire, les télécoms ou encore l'initiative spaceresources. Cela m'interpelle beaucoup. J'espère en tirer des leçons et cela pourrait nous aider en Belgique.  


Thomas Lambert a remis ses lettres de créance au palais grand-ducal le vendredi 25 septembre.
Thomas Lambert a remis ses lettres de créance au palais grand-ducal le vendredi 25 septembre.
Photo: Cour grand-ducale/Sophie Margue

Vous évoquez les relations économiques entre les deux pays, 2021 sera notamment marquée par le centenaire de l'Union économique belgo-luxembourgeoise (UEBL). Cela doit représenter quelque chose d'important à vos yeux? 

«C'est en quelque sorte l'ADN de notre coopération. En 1921, cet accord était avant tout monétaire et concernait également le commerce. Cette union existe toujours après cent ans, ce qui montre sa flexibilité. L'UEBL a évolué au fil des ans et dépasse à l'heure actuelle les seuls aspects monétaires. Elle a été prolongée ce qui est une bonne chose, c'est la preuve que cela fonctionne. 

Si l'Union européenne a repris quelques thèmes de ce traité, il existe encore des domaines dans lesquels la collaboration est optimale entre la Belgique et le Luxembourg. Je pense notamment aux institutions internationales, aux actions humanitaires ou encore à la défense (intégration des forces aériennes, formation des militaires, achat de l'A400M,...). Ce n'est peut-être pas spectaculaire mais cela ancre profondément des domaines essentiels pour nos deux pays.  


«La mentalité flamande se rapproche du Luxembourg»
Avec 47.000 salariés qui traversent chaque jour la frontière et près de 20.000 personnes qui résident au Grand-Duché , les liens entre la Belgique et le Luxembourg sont toujours aussi forts. Michèle Detaille et Georges Gondon évoquent leur pays en ce jour de fête nationale.

A un autre degré, Belgique et Luxembourg sont aussi actifs au sein du Benelux. Une institution qui a joué un rôle non négligeable dans la construction de l'Europe...

«Le Benelux est très bien ancré dans mon esprit. Mais il ne faut pas oublier de faire la distinction entre le Benelux en tant qu'organisation internationale et le Benelux politique. Il faut pouvoir convaincre les gens que cela fonctionne toujours même si les trois pays n'ont pas toujours le même profil en fonction des dossiers. Pour certains, c'est un problème mais je ne partage pas cette vision. Au contraire. Malgré des profils parfois différents, la coopération reste possible. C'est un bel exemple de la ténacité du Benelux politique. Les contacts entre nos leaders sont amicaux et très forts.

Revenons aux relations entre Belges et Luxembourgeois, chaque jour, ce ne sont pas moins de 48.000 personnes qui franchissent la frontière?

«La notion de transfrontalier est très importante pour nos deux pays. C'est le paradoxe de la crise du covid-19. Avec les restrictions imposées aux frontières durant le confinement, de nombreux citoyens ont redécouvert l'importance des relations transfrontalières. D'un seul coup, la crise sanitaire est arrivée et chaque pays a dû prendre des mesures dans l'urgence. 

Nous avons ramé à contre-courant du processus européen qui a pourtant été mis en place de longue date. Il y a eu malheureusement des grincements de dents de chaque côté de la frontière. Ce sont dans des conditions pareilles que nous redécouvrons l'importance de l'ouverture des frontières mais c'est aussi le résultat de son succès. Pour les jeunes générations, cela pouvait paraître bizarre de mettre des containers et des barrières pour bloquer les routes. On a redécouvert l'importance de pouvoir passer d'un pays à l'autre.

Cette crise n'a-t-elle pas perturbé les bonnes relations entre la Belgique et le Grand-Duché?

«Il y a eu des frictions mais jamais de détérioration des relations. Sincèrement, elles sont restées excellentes. D'ailleurs à propos de ce flux journalier de frontaliers, des accords ont été trouvés pour étendre le télétravail sans pour autant intervenir sur le plan de la fiscalité. C'était une décision qu'il fallait prendre. Je me rends compte que la réalité transfrontalière est importante au Grand-Duché. A titre de comparaison, si je transfère les flux transfrontaliers du Luxembourg vers la Belgique, cela équivaut à quatre millions de gens qui rejoignent et quittent chaque jour le territoire belge en provenance des pays voisins. Nous n'aurions pas les capacités logistiques pour digérer cela. 


Le Luxembourg tarde à indemniser la Belgique
Conformément à un accord entre les deux pays, le Grand-Duché doit verser une compensation fiscale à son voisin belge qui pourrait s'élever à quelque 91,1 millions d'euros cette année. Mais si le versement est habituellement fait au plus tard à la fin du mois de mars, celui-ci n'a pour l'heure pas encore été effectué.

Outre les frontaliers, il y a aussi de plus en plus de Belges qui décident de venir s'installer sur le territoire du Grand-Duché...

«Chaque année, le nombre de nouvelles inscriptions augmente entre 1.100 et 1.300 personnes par an. Tous les dix ans, ce chiffre double. Mais nous avons constaté que fin 2019, début 2020, il y avait une certaine stagnation dans les chiffres. A ce stade, nous n'avons pas d'explication mais pour 2020, la crise du covid-19 y est pour beaucoup. Depuis le début de cette année particulière, nous avons atteint le chiffre de 700. Au total, un peu plus de 24.000 Belges vivent au Luxembourg.

Quelle politique comptez-vous mener au cours des quatre prochaines années?

«J'ai beaucoup de projets mais j'ai surtout trois grands axes. La diplomatie économique avec les conséquences de la crise sanitaire et les solutions à mettre en place pour réduire l'impact au maximum. La dimension européenne est le second axe. Nos deux pays sont des piliers de l'Europe mais cette approche se fait tous les jours et nous rapproche. Voir comme les deux nations peuvent continuer à coopérer sur des dossiers européens. 

Enfin, il y a la diplomatie publique. Autrement dit, rencontrer nos interlocuteurs luxembourgeois sur la manière dont nous voyons la coopération entre les deux Etats en insistant sur les relations transfrontalières et bilatérales.»

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