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Le même repos éternel pour tous
Luxembourg 3 4 min. 30.10.2020

Le même repos éternel pour tous

Pour Louis Kohl et Jempi Klein, "créer un cimetière multicultuel à Steinsel, c'est traduire la nouvelle réalité de la communauté luxembourgeoise".

Le même repos éternel pour tous

Pour Louis Kohl et Jempi Klein, "créer un cimetière multicultuel à Steinsel, c'est traduire la nouvelle réalité de la communauté luxembourgeoise".
Photo : Anouk Antony
Luxembourg 3 4 min. 30.10.2020

Le même repos éternel pour tous

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Jusqu'à présent, aucun cimetière luxembourgeois ne rassemblait les sépultures de défunts des diverses religions. Steinsel fera exception d'ici 2023. Une réalité locale qui pourrait vite servir de modèle national.

Des années que l'idée trotte dans la tête de Jean-Pierre Klein. Il n'était pas encore bourgmestre de Steinsel que déjà il suggérait de regrouper l'ensemble des défunts de la commune en un seul et même lieu. «Quelle que soit leur origine (et nous avons 76 nationalités représentées) et surtout qu'importe leur croyance religieuse ou non.» Nous étions en 1973, se rappelle l'élu, et c'est après un peu plus de quatre décennies que le projet va se concrétiser. Tout du moins pour Steinsel.

Car pour le reste du Grand-Duché, le processus est loin d'être enclenché. Pour l'heure, aucun cimetière de la sorte n'existe officiellement. Chaque culte majeur disposant de ses lieux de repos éternel pour ses propres croyants. Ainsi, par exemple, en dehors de la capitale, il existe un cimetière musulman à Esch, Merl, ou Bertzdorf. Une nécropole juive à Ettelbruck, Luxembourg ou Esch. «C'est notre Histoire ancienne qui a voulu ça, maintenant il faut coller à l'air du temps», souligne le bourgmestre de Steinsel.

Aussi, depuis quelque temps, Jempi Klein a-t-il travaillé les esprits pour convaincre du bien-fondé de son idée. Partant du principe que «si les vivants vivent en une communauté, les morts peuvent bien le faire aussi». Une vérité simple à énoncer, un changement de mentalité plus délicat à faire adopter. L'élu a donc expliqué son idée, entendu les avis, revu ses arguments, réfléchi seul mais aussi avec la population. «En mai 2019, la question a même été discutée dans un workshop avec les citoyens qui le voulaient. A ma grande surprise d'ailleurs, ce ne sont pas les plus anciens qui ont soulevé le plus de questions.»

Mais pas question de s'engager dans la démarche sans d'autres avis. Aussi la commune s'est-elle rapprochée de scientifiques portés sur ces questions nécrologiques. A charge donc pour l'historien Thomas Kolnberger, docteur à l'Université de Luxembourg et de l'allemand Florian Hertweck (architecte) d'apporter leurs éclairages sur les obstacles à éviter dans la création d'un «cimetière pour tous».

Car rechercher l'universalité en rassemblant les sépultures des diverses confessions ne devrait surtout pas se traduire par effacer les différences de croyances. «Dans l'extension qui sera faite du cimetière de Heisdorf, l'idée sera bien sûr de procéder par carré. Chaque culte pouvant se regrouper sur une zone, mais le choix restera proposé aux familles de pouvoir faire enterrer leur mort dans des parties regroupant chacun», note Louis Kohl, chef du service technique de la commune.

Il faudra aussi adapter l'ancienne morgue. Pour les juifs et les musulmans, il faut en effet prévoir une étape où les corps sont lavés, avant d'être mis en terre. «Le ministère de la Santé nous a donc aidés pour voir ce qu'il était possible d'imaginer pour respecter les règles d'hygiène et les modalités des cultes.» D'ici peu, le conseil communal devrait également voter la réalisation d'une halle des cérémonies. «Un vaste lieu pouvant accueillir une centaine de personnes, sans signe religieux distinctif», précise le fonctionnaire plan en mains.

Steinsel a dû également se pencher sur les modalités d'attribution des concessions. «Quand les familles luxembourgeoises catholiques réservent des emplacements vastes, les modalités musulmanes réclament des tombes personnelles. Donc il faut revoir nos offres». Sans oublier l'orientation des tombes vers la Mecque à prendre en compte. Et ainsi de suite en fonction des diverses croyances. «Le tout est de ne pas prendre cela comme une contrainte, mais bien de l'accepter comme un signe de respect de tous», insiste Jean-Pierre Klein. 

Ici et ailleurs

Dernièrement, le Premier ministre a invité les bourgmestres de l'ensemble du pays à suivre de près la démarche de Steinsel. Xavier Bettel a transmis le message via le Syvicol (Syndicat représentant les 102 communes du Luxembourg), souhaitant voir les lieux de sépultures devenir ainsi multi-confessionnels dans les meilleurs délais. 

«Mais au vu de l'organisation que cela nécessite, de la réflexion que cela impose, de la force de conviction que cela implique pour convaincre la population, je serais plutôt d'avis de réfléchir à une échelle plus grande. Par regroupement de communes, par territoires, voire circonscription», indique Jean-Pierre Klein. Lui, en tout cas se tient à la disposition de ses homologues pour en discuter. 

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