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«Le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas»
Luxembourg 5 min. 18.03.2022 Cet article est archivé
Journée mondiale du recyclage

«Le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas»

Si Steff Schaeler estime que le Luxembourg est un «bon élève du recyclage», des efforts peuvent encore être faits.
Journée mondiale du recyclage

«Le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas»

Si Steff Schaeler estime que le Luxembourg est un «bon élève du recyclage», des efforts peuvent encore être faits.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 5 min. 18.03.2022 Cet article est archivé
Journée mondiale du recyclage

«Le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas»

Laura BANNIER
Laura BANNIER
S'il se place devant la France et au même niveau que la Belgique en matière de recyclage de ses déchets, le Luxembourg a beaucoup à apprendre de l'Allemagne qui a valorisé 67% de ses détritus en 2020.

Il y a des podiums sur lesquels il n'est pas bon de se trouver. Celui de la production de déchets par habitants est l'un d'entre eux, et le Luxembourg s'y classe second, selon les données publiées en février dernier par Eurostat. Durant l'année 2020, les services communaux ont ainsi ramassé près de 500.000 tonnes de déchets au Grand-Duché, soit 790kg par habitant. Seuls les Danois font pire (845kg), tandis que les Maltais complètent le podium (643kg).


Le gouvernement a les pollueurs dans le viseur
Les personnes qui laissent trainer leurs déchets sur la voie publique pourraient bientôt être plus sévèrement punies. C'est en tout cas l'objectif d'un projet de loi actuellement en préparation.

Pour Steff Schaeler d'Eco-Conseil, une société de conseil en gestion des déchets et en développement durable, de telles statistiques ne sont pas surprenantes. «La production de déchets est toujours en relation avec l'activité économique. Donc si l'on considère que le Luxembourg est l'une des principales régions à forte progression économique, il est normal que dans notre mode de vie, il y ait ces grandes quantités d'ordures», analyse l'expert judiciaire assermenté dans le domaine de la gestion des déchets. Une situation qui n'est pas près d'évoluer, alors que la journée mondiale du recyclage se tient ce vendredi 18 mars.

Et pour cause: la réduction de cette quantité de déchets produits, qui correspondait en 2020 à deux kilogrammes de détritus par jour et par habitant, signifierait un ralentissement de l'activité économique du pays. «Nous ne seront jamais la région qui produit le moins de déchets. Maintenant, ce qui est vrai et là où je garde espoir, c'est que l'on va réduire le ratio qui existe entre l'activité économique et la production des ordures», avance Steff Schaeler.

De déchet à ressource

Pour ce faire, le gouvernement planche actuellement sur la révision de la loi modifiée du 21 mars 2012 concernant la gestion des déchets. Les objectifs poursuivis par cet arsenal législatif sont notamment la protection de l'environnement et de la santé humaine et l'optimisation de la durée du cycle de vie des objets. «Cela passe notamment par l'adaptation des modalités de collecte en installant par exemple des sas à ordures qui permettent de responsabiliser chacun par rapport à sa production de déchets. Cela suit le principe du pollueur-payeur car chacun paye pour jeter ses détritus», étaye l'expert d'Eco-Conseil, dont il est associé-gérant.

Si les statistiques ne sont pas encore reluisantes par rapport à la production de déchets au Luxembourg, Steff Schaeler note une prise de conscience des résidents par rapport à leur impact sur l'environnement, mais également de la part des professionnels. «J'ai débuté ma carrière dans le secteur en 1994, et à l'époque on parlait d'élimination des déchets. Désormais, les ordures sont considérées comme des ressources, en particulier en Europe, qui est un continent pauvre en ressources naturelles.»

Steff Schaeler a débuté sa carrière dans le secteur de la gestion des déchets en 1994.
Steff Schaeler a débuté sa carrière dans le secteur de la gestion des déchets en 1994.
Photo: Laura Bannier

Et de manière à transformer ces ordures en ressources, il est nécessaire de les recycler. Souvenez-vous, les résidents luxembourgeois ont produit 790kg de déchets par tête en 2020. Sur cette quantité, 418 ont été recyclés, soit 53%. «Le Luxembourg est un bon élève du recyclage, mais ce n'est pas le meilleur», estime Steff Schaeler pour qui «la plus grande amélioration serait d'éviter les déchets, car le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas».


Le «blo Tut» part à la conquête du pays
A partir du 1er juillet, le sac poubelle bleu sera employé dans l'ensemble des 102 communes du Luxembourg. De quoi possiblement améliorer le tri sélectif des emballages du quotidien.

Par rapport à ses voisins, le Luxembourg n'est en effet pas le plus mauvais. La France recycle pour sa part 42% de ses déchets, quand la Belgique arrive à en valoriser 54%. L'Allemagne, en revanche, se classe en tête en recyclant 67% de ses déchets municipaux en 2020. «L'élargissement de la palette collectée par le système ValorLux a permis une augmentation considérable des déchets collectés. Des déchets qui ne se trouveront plus dans les ordures résiduelles destinées à être incinérées, et qui seront donc recyclés», appuie le gérant d'Eco-Conseil.

Au-delà d'être liée à l'activité économique du Grand-Duché, la production de déchets est également à mettre en relation avec les mentalités, selon Steff Schaeler. «Le principal axe d'amélioration que chacun peut mettre en place, c'est de réduire sa surconsommation. Mais il s'agit là d'une dimension psychologique, une problématique profondément humaine. Chacun aime bien en avoir assez, beaucoup et même trop, pour être sûr de ne jamais manquer. Mais il faut casser ce réflexe psychologique et se demander si on a besoin d'autant de quantités, en particulier dans le domaine de l'alimentation.»

S'appuyer sur l'éducation

Pour venir à bout de ce travers sociétal, «la clé du succès, c'est la répétition», selon Steff Schaeler. Un effort continu en communication sur le monde du déchet doit être appuyé, et intensifié, «mais il faut aussi faire attention à ne pas trop en faire car les gens auront une perception saturée». 


La seconde main ne séduit pas les résidents
Seulement 26% des résidents affirment acheter des vêtements d'occasion, leur préférant plutôt les habits neufs. Une habitude qui peut s'expliquer par le niveau de vie des habitants, mais également par la peur des préjugés liés à la seconde main.

Parmi les dispositifs qui pourraient être mis en place pour accélérer la prise de conscience des Luxembourgeois, l'expert propose de s'intéresser davantage à l'éducation. «Il y a des éléments à introduire dans les écoles. Ce que j'ai constaté tout au long de ma carrière et qui est très important, c'est de bien montrer aux gens la haute technicité qui est nécessaire pour éliminer et recycler les déchets.» 

Dans cet esprit, davantage de visites scolaires de terrain pourraient être imaginées au cœur du processus industriel des déchets du Grand-Duché. «Cette perception visuelle pourra être celle qui aura le plus d'influence. Car vous pouvez expliquer à longueur de journée des choses, les enfants ne vous écoutent plus. Mais quand ils auront vu une fois dans leur vie une décharge, cela rentrera beaucoup plus facilement dans leur conscience.»

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