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Le Luxembourg veut réinventer les cités ouvrières
Luxembourg 5 min. 04.11.2019 Cet article est archivé

Le Luxembourg veut réinventer les cités ouvrières

Les entreprises luxembourgeoises pourraient bientôt construire des appartements pour leurs employés.

Le Luxembourg veut réinventer les cités ouvrières

Les entreprises luxembourgeoises pourraient bientôt construire des appartements pour leurs employés.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 04.11.2019 Cet article est archivé

Le Luxembourg veut réinventer les cités ouvrières

Face a une sévère pénurie de logements et un manque de main-d'œuvre qualifiée, le ministère du Logement et les associations professionnelles envisagent de remettre au goût du jour la recette éprouvée.

(DH avec Mara Bilo) - Vivre au milieu de ses collègues de travail, dans un lieu dédié par et pour son entreprise, cela pourrait devenir une réalité pour de nombreux salariés. C'est en tout cas une piste à l'étude dans les instances concernées pour faire face à la pénurie de logements - et la hausse des prix de l'immobilier -  dont souffre le pays et qui l'empêche d'attirer la main-d'œuvre qualifiée qui lui fait défaut. 

Le ministère du Logement et la Chambre des métiers étudient actuellement la possibilité de remettre au goût du jour une recette qui avait fait ses preuves à la fin du XIXe siècle et au début du siècle suivant: le concept des logements d'entreprise. La construction de cités ouvrières avait alors eu le mérite pour le patronat du secteur industriel, l'Arbed par exemple, d'éviter la «dérobade» et fixer la main-d'œuvre à proximité des lieux de production. 

Avec 30 à 35% des travailleurs qui prendront leur retraite au cours des prochaines années, le secteur de la construction est un des premiers impactés selon la Fédération des entreprises de construction et de génie civil. Elle aussi cherche des solutions étant donné que «le système scolaire luxembourgeois ne forme pas assez de personnel», d'après Marc Gross, le coordinateur des Affaires publiques & Analyses de la Chambre des métiers. 

Une solution aujourd'hui peu répandue

Le bâtiment n'est pas le seul à souffrir de la pénurie de personnel. C'est ainsi que la solution des habitats individuels ou collectifs appartenant à l'employeur est redevenue d'actualité. Les décideurs se sont tournés vers l'étranger pour y puiser quelques idées, notamment en Suisse.

En effet, au sein de la Confédération helvétique, diverses associations professionnelles soutiennent la construction «d'appartements d'entreprise». «Quiconque peut proposer un appartement en plus d'un contrat de travail devient dès lors beaucoup plus attractif en tant qu'employeur», évoque Marc Gross.


La capitale joue le jeu du logement social
La Ville de Luxembourg mettra à disposition de nombreux terrains lui appartenant pour des projets de construction de logements sociaux. D'ici 2026, ce volontariat permettrait la réalisation de 400 à 600 habitations à loyer accessible.

Au Luxembourg, à ce jour, seules quelques entreprises délivrent le ticket gagnant travail-logement. Un premier exemple nous vient de la restauration, le secteur d'activité du Groupe Steffen. Ce dernier dispose de quatre studios à Luxembourg-Ville et de six chambres à Gorcy, en France. «Nous sommes donc en mesure d'aider les employés à faible revenu», indique Tom Steffen qui dirige l'entreprise de 210 personnes avec son père Frank. C'est un premier pas car la direction de l'entreprise familiale a l'intention «de chercher d'autres possibilités de logement». 

Mais cette situation reste confidentielle, le ministère du Logement ne pouvant pas chiffrer cette offre alléchante. L'Association des banques et banquiers du Luxembourg, elle, ne dispose d'aucune information à ce sujet. «Chaque institution financière a sa propre politique interne dans ce domaine», indique-t-elle. La Spuerkeess, par exemple, possède ses propres appartements - dans les immeubles des agences de la banque, mais ceux-ci sont «loués au prix du marché», explique Marco Rasqué, le porte-parole de la BCEE. 

La balle dans le camp du gouvernement

La problématique habitat-emplois qualifiés fait l'objet de nombreuses discussions entre les associations professionnelles et le ministère du Logement, mais le dossier n'avance qu'à petits pas. La faute aux récents remaniements du gouvernement, mais le ministère est toutefois intéressé par une «coopération plus étroite», soulignent Romain Schmit et Patrick Koehnen de la Fédération des artisans. 

«A l'avenir, il sera nécessaire de poursuivre les discussions avec le nouveau ministre du Logement, Henri Kox (Déi Gréng), et, si nécessaire, de définir les conditions cadres de la coopération, notamment en ce qui concerne les subventions publiques, le terrain à bâtir ou la durée des baux», poursuivent-ils. 

La Fédération des artisans a déjà demandé un rendez-vous avec le ministre et la loi de 1979 sera au centre des débats. Sam Tanson (Déi Gréng), en charge du Logement jusqu'au mois dernier, s'était prononcée en faveur d'une nouvelle loi sur les aides d'Etat relatives à la construction de logements sociaux. «Nous voulons nous impliquer dans la réforme de la loi de 1979 sur les aides au logement», indique encore Patrick Koehnen. «Il est particulièrement important de mettre les promoteurs immobiliers privés sur un pied d'égalité avec les promoteurs immobiliers publics lorsqu'il s'agit des aides de l'Etat à la construction de logements locatifs.» 

«Moins de dix euros le mètre carré»

Selon Romain Schmit de la Fédération des artisans, «les entreprises intéressées pourraient se réunir pour construire ensemble des appartements pour leurs employés». Les prix de location de ces appartements d'entreprise seraient également inférieurs aux prix du marché. «Moins de dix euros le mètre carré», estime Roland Kuhn de la Fédération des entreprises de construction et de génie civil. «Il ne s'agit pas de gagner de l'argent, mais de couvrir les coûts.» 

Le logement des salariés peut être un remède à la pénurie de logements, affirme Jean-Paul Olinger, le directeur de l'Union des entreprises luxembourgeoises. «Nous soutenons car elle peut faire partie de la solution. Cependant, nous sommes conscients que cela ne résoudra pas le problème dans son ensemble.»  


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