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Le Luxembourg, véritable aimant pour les infirmiers
Luxembourg 4 min. 09.08.2019

Le Luxembourg, véritable aimant pour les infirmiers

Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de la Santé, la part de personnel infirmier étranger est plus importante que celle des Luxembourgeois.

Le Luxembourg, véritable aimant pour les infirmiers

Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de la Santé, la part de personnel infirmier étranger est plus importante que celle des Luxembourgeois.
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 4 min. 09.08.2019

Le Luxembourg, véritable aimant pour les infirmiers

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Si les besoins en matière de soins ne cessent de croître dans le pays, cette demande touche directement les pays voisins, puisque plus de la moitié du personnel soignant n'est pas luxembourgeois. Ce qui n'est pas sans conséquence pour les hôpitaux de l'autre côté des frontières.

«Le bonheur des uns fait le malheur des autres». Voilà un adage qui peut facilement s'appliquer au secteur médical de la Grande Région. Avec une population qui a augmenté de 25% en dix ans, le Luxembourg apparaît comme un véritable moteur qui attire les talents. Des pays frontaliers notamment, principalement de Belgique et de France

Ainsi, selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de la Santé, la part de personnel infirmier étranger est plus importante que celle des Luxembourgeois. En 2018, le lycée infirmier de Luxembourg faisait même état de «66% d'étrangers au sein du personnel infirmier».

Un revers de la médaille difficile à encaisser du côté belge et français, où de nombreux infirmiers quittent leur poste après cinq ou dix années de travail, alors qu'«ils sont à la pointe» et ont été formés dans leur pays, pour ensuite se rendre au Luxembourg. 

Un sujet tabou, que les hôpitaux français de Metz et de Thionville ont du mal à aborder. Si un porte-parole du CHR indique que «le phénomène n'est pas nouveau» et «ne dispose pas de statistiques», l'hôpital d'Arlon s'est montré plus transparent.

Accélération du phénomène

Depuis quelques années, l'établissement situé dans la capitale de la province de Luxembourg affronte ainsi une fuite des talents vers le Grand-Duché. Un phénomène qui s'est intensifié ces deux dernières années. «Cette année, nous avons 30 personnes qui nous ont quittés», table ainsi d'emblée Bénédicte Leroy, directrice des soins infirmiers de l'hôpital belge.

Ce chiffre est deux fois plus élevé que l'an passé, où 17 départs vers le Grand-Duché ont été comptabilisés pour l'année entière. Ajoutez à cela la pénurie d'infirmiers dans tous les hôpitaux du Royaume et vous obtiendrez un cocktail explosif.

Si les hôpitaux français et belges assurent «ne pas subir» la situation, la directrice belge admet toutefois «ne pas pouvoir concurrencer le Grand-Duché». La province de Luxembourg doit en effet faire face à un Etat voisin en pleine expansion. Un véritable combat à la «David et Goliath».

Dans le top 10 de l'OCDE

Pour le CHR Metz-Thionville et l'hôpital d'Arlon toutefois, c'est avant tout l'aspect financier qui incite leurs employés à sauter le pas. «Il y a des tas d'avantages à franchir la frontière chaque jour», comprend ainsi Bénédicte Leroy, faisant notamment référence aux particularités du système luxembourgeois (allocations avantageuses, chèque-services, crèches etc.)

Là encore, le combat semble bien inégal. Conséquence directe: le Luxembourg enregistre l'un des meilleurs taux de l'OCDE avec 11,7 infirmiers pour 1.000 habitants, selon une récente étude de l'Insee. Un écart plutôt mince avec ses voisins belges et français. Seule l'Allemagne fait mieux.

Face à ce déséquilibre des forces, les hôpitaux proches de la frontière luxembourgeoise redoublent d'efforts pour conserver leurs talents dans leurs murs. Equipements de pointe, formations en interne ou encore place accordée à la recherche clinique, le CHR Metz-Thionville ne lésine pas sur les moyens et assure «conserver une réelle attractivité auprès des professionnels de santé».

Du côté d'Arlon, «nous offrons d'autres choses que le salaire, comme des formations internes ou la proximité travail-domicile, qui joue également beaucoup», souligne Bénédicte Leroy. Mais là encore, la lutte sera difficile.

Asphyxie du Grand-Duché

Le Luxembourg souhaite en effet «répondre aux plus hauts standards internationaux», selon les dires de l'ancienne ministre de la Santé, Lydia Mutsch (LSAP). Un développement économique qui s'inscrit dans une stratégie de développement du pays dans ce secteur.

Seule éclaircie dans le ciel quelque peu morose des hôpitaux de Thionville et d'Arlon, les difficultés du Luxembourg face à sa croissance. Le pays n'arrive plus à suivre la cadence: les infrastructures commencent à tirer la langue et petit à petit, les frontaliers font marche arrière.

Garder les frontaliers

Ainsi, en 2018, moins d'une dizaine d'infirmiers sont revenus à l'hôpital d'Arlon après un bref passage au Grand-Duché, «las d'être constamment dans les bouchons, mais aussi déçus par les conditions et l'ambiance au travail», souligne la directrice des soins infirmiers d'Arlon.


Frontaliers, ils ont décidé de quitter le Luxembourg
Ils sont chaque année plus nombreux à franchir les frontières pour travailler au Luxembourg. Si le pays continue d'attirer du monde, il existe aussi des personnes qui décident de tout arrêter et le quittent définitivement. C'est à ces anciens frontaliers que nous avons décidé de donner la parole. Pourquoi sont-elles venues au Luxembourg? A quoi ressemblait leur quotidien? Pourquoi sont-elles parties?

Une problématique dont le gouvernement Bettel a bien conscience: l'accord de coalition émis pour la période 2018-2023 entend ainsi trouver l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle par exemple, ou privilégier le télétravail ou la création d'espaces de coworking... 

Ces deux dernières idées ne pourront, malheureusement, pas aider les milliers d’infirmiers du Luxembourg ; le mouvement de balancier entre les trois pays frontaliers pourrait donc encore se poursuivre quelque temps.

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