Changer d'édition

Le Luxembourg va créer son «jumeau numérique»
Luxembourg 4 min. 06.01.2020 Cet article est archivé

Le Luxembourg va créer son «jumeau numérique»

Thomas Kallstenius du LIST a un an pour préparer une présentation du «jumeau numérique» aux décideurs politiques.

Le Luxembourg va créer son «jumeau numérique»

Thomas Kallstenius du LIST a un an pour préparer une présentation du «jumeau numérique» aux décideurs politiques.
Photo : Guy Jallay
Luxembourg 4 min. 06.01.2020 Cet article est archivé

Le Luxembourg va créer son «jumeau numérique»

Thomas KLEIN
Thomas KLEIN
Disposer d'une copie virtuelle du Grand-Duché doit aider à la prise de décisions politiques délicates à l'avenir.

Selon Thomas Kallstenius, directeur de l'Institut luxembourgeois des sciences et technologies (LIST), le Luxembourg comptera bientôt deux faces: «l'une analogique et l'autre numérique». Ainsi, le LIST poursuit l'objectif de créer un «jumeau numérique» du pays. C'est-à-dire une image virtuelle du Grand-Duché. A l'heure où le pays se forge une réputation dans la préservation des données et la lutte contre les cyberattaques, voilà une nouvelle piste de développement.

La méthode du «jumelage numérique» est déjà largement utilisée dans certains secteurs. Parmi les pionniers figurent, évidemment, de grands groupes industriels comme Siemens ou General Electric, qui créent d'abord des modèles informatiques de leurs usines avant de les construire dans le monde réel. Cela permet de simuler les processus de production et d'anticiper les problèmes éventuels.

Des villes ont déjà leur jumelle

«D'une part, cela peut aider à remonter la filière et à éliminer les problèmes. D'autre part, vous pouvez tester virtuellement ce qui se passerait si vous changiez de production», explique Thomas Kallstenius. Ce principe de base peut être transposé dans de nombreuses applications. Par exemple, les fabricants d'avions maintiennent des modèles virtuels avec un catalogue des propriétés matérielles de tous les composants utilisés. Si vous introduisez dans ce modèle l'historique de l'aéronef, vous pouvez prévoir quand un composant atteindra la fin de son cycle de vie et devra être remplacé.

La société d'analyse Gartner prévoit que d'ici 2021, la moitié des grandes entreprises industrielles utiliseront des jumeaux numériques. De même, certaines villes ont repris le concept. Ainsi, Anvers a lancé en 2018 un projet intitulé «City of things», qui combinait les données relatives au trafic avec des informations sur la qualité de l'air et la pollution sonore, notamment. Le modèle informatique est utilisé pour simuler les mesures utiles pour améliorer la situation et les effets qu'elles auraient sur les déplacements dans l'ensemble de la ville.

Le directeur du LIST, lui-même impliqué dans le projet à Anvers, et ses collègues de l'Institut proposent maintenant de créer un modèle numérique similaire mais à l'échelle de tout le Luxembourg. «La simulation d'un pays entier est une idée audacieuse, mais techniquement réalisable. Actuellement, ce n'est pas possible pour des pays plus grands comme la Belgique ou la France ; mais cela fonctionnerait pour le Grand-Duché. Ce serait la première fois que cela serait mis en œuvre pour un État, compris l'interaction entre les régions urbaines et rurales.»

Population et entreprises concernées

Le List entend d'abord utiliser la technologie dans les domaines de l'énergie, de la mobilité et de l'urbanisme. Si le système fonctionne, il pourrait aider à améliorer les décisions politiques et économiques en simulant les impacts. En analysant les flux de trafic, les décideurs pourraient, par exemple, optimiser les services de transport public ou déterminer l'emplacement idéal des points de recharge pour les voitures électriques. 

«Cette approche peut non seulement aider les responsables politiques dans leur prise de décisions, mais aussi améliorer la qualité de vie de la population et aider les entreprises à tester de nouveaux produits et services dans un environnement contrôlé», insiste le responsable du LIST.

Déjà un projet pilote

L'idée du jumeau numérique pourrait même s'ouvrir au grand public. Par exemple, les consommateurs pourraient simuler l'empreinte écologique réelle de leur voiture tout comme les entrepreneurs peuvent simuler la demande probable de leurs produits. 


Lokales,Vorstellung des neuen Atlas Digital Urbain der Stadt Luxemburg.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort.
La Ville s'offre un voyage dans le temps
A l'heure des grands travaux ancrés dans le XIXe siècle, la capitale se tourne vers son passé au travers d’un atlas historique, en version numérique bien entendu. De la ville forteresse étriquée à la métropole internationale, luxatlas.lu nous transporte de 1820 à nos jours.

Aujourd'hui, Thomas Kallstenius se dit conscient que de nombreux citoyens ou firmes pourraient s'inquiéter de la mise en service d'une plate-forme numérique ou l'État collecte et évalue des données de masse sur le comportement des habitants et de leur environnement. La question de la protection des données devrait donc être un préalable avant le développement de la technologie. 

La forme exacte que prendra le jumeau numérique du Luxembourg reste encore à décider. Pour l'instant, seul un projet pilote a vu le jour à Belval. Les chercheurs ont créé une image numérique des bâtiments et peuvent ainsi simuler les effets des changements structurels sur le bilan énergétique, par exemple. Mais d'ici un an, les scientifiques présenteront aux élus nationaux une base de discussion sur le «jumeau» global.


Sur le même sujet

Le gouvernement vient de renouveler pour 20 ans la licence permettant à l'opérateur de satellites d'exploiter des solutions utilisant des fréquences luxembourgeoises. Surtout, l'Etat autorise le lancement d'un fonds spécifique à la firme dédié à l'innovation.
Après une première phase d'approche et une opération séduction menée au mois de novembre, le projet d'implantation d'un data center dans le centre du pays par la multinationale américaine prend forme. Un plan d'aménagement peut désormais être consulté par le public.
Le groupe sidérurgique a annoncé l'ouverture de ce nouveau service en Moselle à l'horizon 2021. Le projet consistera à regrouper sous un même toit des start-up et des spécialistes de la digitalisation pour proposer à l'industriel et ses personnels des solutions et des formations.
Si la transition économique vers le numérique a été érigée en priorité par le gouvernement, les entreprises peinent à recruter les experts dont elles ont besoin pour se développer. Une tendance encore difficile à infléchir.