Changer d'édition

«Le Luxembourg se positionne comme un modèle»
Luxembourg 5 min. 28.04.2020 Cet article est archivé

«Le Luxembourg se positionne comme un modèle»

Une soignante au CHL permet à une patiente de parler avec sa famille via une tablette.

«Le Luxembourg se positionne comme un modèle»

Une soignante au CHL permet à une patiente de parler avec sa famille via une tablette.
Photo: CHL
Luxembourg 5 min. 28.04.2020 Cet article est archivé

«Le Luxembourg se positionne comme un modèle»

Maurice FICK
Maurice FICK
Médecin, éditeur et observateur de la santé au Grand-Duché et en Belgique depuis 25 ans, le Dr Eric Mertens évoque des coulisses de la gestion du covid-19, de ses oubliés et d'une potentielle deuxième crise à venir.

Après plus de six semaines de lutte contre la pandémie, les professionnels de la santé accusent-ils le coup ?

Dr Eric Mertens - «J'ai des retours de gens très fatigués, c'est certain. Mais nous sommes dans une situation où la vocation s'exprime pleinement, le contrecoup viendra après. Ce qui va marquer les soignants, ce sont les patients qui sont décédés d'une manière qui n'est pas normale, à savoir sans la présence de leur famille. Sans compter l'engagement émotionnel des soignants qui ont apporté une humanité aux patients. Je ne suis pas sûr que ça se voie mais ça ne peut pas passer sans impact.


Coronavirus - Hôpital Kirchberg - COVID-19 - intensivstation  - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
«Nous avons peur, mais nous sommes là»
La crise du covid-19 amène le personnel hospitalier au bord de l'épuisement. Chaque jour, chaque minute, ces professionnels de santé se battent et rassemblent tout leur courage pour lutter contre le virus et ne pas perdre espoir. Aperçu, en vidéo, de ce combat en première ligne, au cœur des unités covid-19 du CHL.

Il est donc clair que les professionnels de la santé ont travaillé plus et ont, pour certains d'entre eux, - je pense aux frontaliers - parfois été loin de leur famille et n'ont pas compté leurs heures, ni leur cœur. Ce serait normal qu'on se souvienne de tout ce que les soignants ont fait et je pense qu'on s'en souviendra.

Quels premiers enseignements tirez-vous de la bataille du système de santé luxembourgeois contre le covid-19 ?

«Le Luxembourg s'en est remarquablement bien tiré. Aujourd'hui la France et la Belgique - peut-être moins l'Allemagne - peuvent se demander comment les Luxembourgeois ont fait pour mettre sur pied aussi rapidement des centres de soins avancés, créer une réserve sanitaire de 8.000 professionnels et 2.000 volontaires en deux jours, mettre en place une cellule de crise au rez-de-chaussée de la Villa Louvigny, mobiliser l'armée ou distribuer des masques à tous les salariés sur les chantiers et à tous les résidents

Le Dr Eric Mertens est rédacteur en chef du mensuel médical «Semper Luxembourg» et du magazine dédié à la santé «Letz be healthy».
Le Dr Eric Mertens est rédacteur en chef du mensuel médical «Semper Luxembourg» et du magazine dédié à la santé «Letz be healthy».
Photo: collection personnelle

Franchement, mon regard sur le système luxembourgeois se traduit en deux mots: "villmols merci" et "bravo". Merci à la direction de la Santé, aux professionnels de la santé et à la population qui, globalement a bien suivi les consignes. Ce n'est pas pour rien que la télévision belge a fait des reportages au Grand-Duché pour voir comment ça se passe. Aujourd'hui le Luxembourg se positionne véritablement comme un modèle. 

Des doléances particulières existent-elles au sein du milieu médical?

«Je sais que la période a été très difficile pour un secteur qui est resté ouvert et qui est moins sous le feu des médias. Celui des pharmaciens et de ceux qui les alimentent, c'est-à-dire les grossistes et les logisticiens. Il faut savoir que les sociétés qui livrent les pharmacies travaillent avec des magasiniers et des chauffeurs qui eux aussi ont pu se trouver absents pour garde d'enfants ou pour maladie. Ces gens étaient sous pression. Pendant le covid-19, les pharmaciens ont vu leur chiffre d'affaires divisé par trois alors que pendant ce temps leurs charges continuent. 


28.8. Wi / ITv Mme Haufroid , Pharmacie de Steinfort / Online Apotheke Foto:Guy Jallay
Pas de distributeurs pour les produits de parapharmacie
Paulette Lenert (LSAP) a marqué son opposition à l'idée de placer des appareils automatiques à proximité des officines. La ministre de la Santé motive sa décision par le fait que les produits ne nécessitant pas d'ordonnance se retrouvent déjà en vente libre ailleurs.

Pour répondre aux besoins les téléconsultations se sont développées. Est-ce que ça fonctionne vraiment?  

«Cela dépend des médecins. La vidéo-consultation ne remplacera jamais le dialogue singulier qui implique aussi un examen clinique. Mais elle permet de donner un conseil dans tous les cas où l'examen peut être reporté. Elle peut aussi être une solution entre deux consultations normales, pour attendre. Il vaut mieux ça que de ne pas voir le patient.

L'enjeu de la crise du covid-19, c'est la deuxième vague qui sera inévitablement synonyme de complications qui surviendront chez des patients qui n'ont pas osé aller à l'hôpital ou chez leur médecin. Parce qu'ils ont peur d'être contaminés, de contaminer le médecin ou de sortir. Il ne faudrait pas que derrière le confinement, on ait une autre vague sanitaire, peut-être moins spectaculaire. On constate par exemple qu'avec le covid-19 les gens ne font pas les vaccinations essentielles chez leurs enfants. C'est une préoccupation.


IPO.CNS E-Consult. Lancement E-Consult. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Consulter son médecin via internet durant la crise
Pour faciliter l'accès aux soins médicaux et éviter les risques de contamination dans les salles d'attente, la Caisse nationale de Santé a mis en ligne ce jeudi eConsult. Comment fonctionne la nouvelle plateforme et quels sont ses avantages ? Réponses.

Les téléconsultations ont-elle un avenir au-delà du covid-19 ? 

«Pour certaines spécialités certainement. Je pense notamment aux maladies rares. Dans certains pays, ces consultations se font en psychiatrie pour certains patients qui ont besoin d'un suivi chronique. Tous les accompagnements qui ne nécessitent pas de gestes cliniques pourront partiellement s'appuyer sur la téléconsultation. Je pense aussi au médecin nutritionniste qui peut faire du coaching par ce biais».

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

La deuxième vague d'infections attendue de pied ferme
Opérationnels depuis fin mars, les quatre centres de soins avancés enregistrent une fréquentation en baisse ces derniers jours. Si la possibilité d'une activité plus réduite est envisagée, les responsables sanitaires se méfient d'un nouveau pic, lié à la réouverture des chantiers.
Die freiwilligen Helfer bei ihrer Einweisung durch Professionelle.
Forces et faiblesses avouées du système de santé
L'absence de clarté sur le port des masques, le manque de données sur le matériel, un système qui repose en grande partie sur les frontaliers. Propulsée ministre de la Santé juste avant la crise sanitaire, Paulette Lenert, fait le point.
Coronavirus - Hôpital Kirchberg - COVID-19 Stock  - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
En première ligne dans la lutte contre la pandémie
Les centres de soins avancés (CSA) ont été l'une des réponses du gouvernement pour remplacer les maisons médicales face à l'augmentation exponentielle du nombre de patients. Jeudi, le Luxemburger Wort a visité le CSA d'Ettelbruck. Reportage.
La santé et les soins en état préoccupant
Face à l'évolution en nombre et en âge de la population, le Luxembourg peine à recruter ou à former suffisamment de professionnels. Aussi le ministère envisage-t-il une nouvelle politique à mener afin de rendre plus attirantes les professions en manque de personnels.
Aortenaneurysma OP lokale Betäubung, Foto Lex Kleren