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Le Luxembourg s'attaque à la digitalisation du travail
Luxembourg 5 min. 07.05.2018 Cet article est archivé

Le Luxembourg s'attaque à la digitalisation du travail

Le Luxembourg s'attaque à la digitalisation du travail

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Le Luxembourg s'attaque à la digitalisation du travail

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Quels sont les défis et les opportunités du tout numérique pour le marché du travail? Quels emplois sont en danger face à ce chambardement? Une étude, baptisée "Travailler 4.0" a été réalisée au Luxembourg par deux laboratoires allemands.

Deux ans après la présentation du projet Rifkin, le gouvernement luxembourgeois semble plus que jamais prêt à prendre le virage du numérique. Vendredi dernier, le ministère du Travail, en collaboration avec les Chambres des salariés et de commerce, a présenté les résultats d'une étude portant sur la digitalisation du monde du travail. Une étude qui a pour but de "trouver un terrain d'entente et des mesures concrètes pour aider les salariés et entreprises à appréhender la digitalisation qui s'accélère de jour en jour", rapporte Jean-Claude Reding, président de la Chambre des salariés. 


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Bien que l'étude "n'ait rien révélé de nouveau" selon lui, elle permet toutefois de fournir des bases pour de prochaines discussions concernant notamment la flexibilité du travail. "Quatre, cinq grands thèmes émanent de cette étude: ils sont pertinents pour en débattre à la fois au niveau politique, de l'organisation patronale et salariale, entre les interlocuteurs sociaux et finalement aussi avec les entreprises", précise-t-il.

Quels emplois sont en danger face à la digitalisation?

Le premier point mis en avant par cette étude concerne la transition au sein du monde du travail. Certains secteurs sont plus touchés que d'autres par cette transformation numérique. C'est notamment le cas pour le secteur financier, très présent au Luxembourg, mais aussi pour les métiers mécaniques, comme les machinistes ou les ouvriers présents dans les usines. Les cadres supérieurs sont également une profession plus "à risques" que d'autres.

"Pour ces secteurs, il y a un risque que le travail soit totalement transformé, que certaines tâches disparaissent. On ne parle pas de pertes en général, mais il y aura un changement dans la composition des forces; ce qui veut dire que les postes de travail vont forcément changer et que les personnes qui ne sont pas préparées à ces changements ne pourront pas faire la transition correctement", explique Jean-Claude Reding.

Jusqu'à présent, les Luxembourgeois semblent peu préoccupés par le fait qu'ils perdront leur emploi en raison du progrès technologique. 77% des personnes interrogées dans cette étude ne s'attendent à une telle évolution que dans une très faible mesure. "La plupart des gens utilisent déjà des smartphones et d'autres appareils semblables à des fins privées et ont appris à vivre avec la numérisation. Et comme la plupart des personnes sur le marché du travail luxembourgeois sont hautement qualifiées, la crainte d'un avenir numérisé n'est pas si grande", explique Michel Wurth, Président de la Chambre de Commerce.

La flexibilité du travail au cœur des questions


La flexibilité du temps de travail
Le télétravail est souvent cité mais il existe bien d'autres possibilités pour un employeur de permettre aux salariés de mieux concilier vie professionnelle et vie privée.

Une préparation de cette transition, avec un "effort de formation très ciblée" est envisagée par le gouvernement. "Des questions comme la déconnexion (faut-il être joignable tout le temps ou non?) ou des nouvelles formes de travail (le télétravail, le temps partiel) doivent être abordées", détaille le président de la Chambre des salariés.

Quels sont les droits des entreprises et des employeurs face à ces nouvelles façons de travailler? Ne faut-il pas privilégier les formations continues, pour aider les uns et les autres à aborder plus sereinement ce virage numérique? La réponse est toute trouvée selon Jean-Claude Reding. "L'organisation des carrières est très différente aujourd'hui. Est-ce qu'il n'est pas intéressant de réfléchir à offrir aux gens des périodes où ils utilisent leur temps libre pour se former, pour apprendre? Ne faudrait-il pas investir là-dedans pour gagner en productivité?", se questionne-t-il.

Nicolas Schmit, ministre de l'Emploi, abonde également dans ce sens face aux résultats de cette étude. "Il faut utiliser la révolution technologique de manière à ce qu'elle représente un avantage pour tous", explique-t-il. 

Le Luxembourg dispose de conditions favorables pour cela. L'étude a révélé que le Grand-Duché est un chef de file mondial en matière de numérique. 32% de la population a des compétences numériques de base - par exemple dans la collecte d'informations ou la communication sur Internet - et les connaissances de plus de la moitié de la population luxembourgeoise vont même au-delà.

Pour Michel Wurth, président de la Chambre de commerce, cette étude met surtout en avant un élément central: l'importance du télétravail. "Ce n'est plus une option mais une nécessité", a-t-il martelé. L'arrivée toujours plus importante des frontaliers, les problèmes d'infrastructures qu'engendre tant de monde sur les routes du pays sont autant d'éléments qui justifient l'avantage d'un tel système.

Quels risques pour l'employé face à cette digitalisation?

Si les processus de travail changent, les questions de sécurité au travail évoluent également. "Nous aurons certainement moins de problèmes de danger physique mais il y aura de nouvelles charges, comme l'intensification du travail, le burn-out etc. Il faut donc réfléchir, avec la médecine du travail notamment, sur les questions relatives aux méthodes de management", souligne Jean-Claude Reding.


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Autre risque à prendre en compte: la protection des données, un sujet au cœur des préoccupations ces dernières semaines suite au scandale Cambridge Analytica. Sujet qui se pose forcément lorsque l'on aborde la digitalisation du travail. Est-ce que vos données seront utilisées uniquement pour l'entreprise? "Nous serons face à une situation de travail similaire à la sphère privée", commente le président de la Chambre des salariés.

"Les progrès technologiques sont extrêmement rapides ", a conclu le ministre, Nicolas Schmit. "Et leurs effets sur le monde du travail devront également être traités immédiatement par le gouvernement à venir" en octobre prochain.

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