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Le Luxembourg paiera-t-il ou pas?
Luxembourg 2 min. 03.02.2017 Cet article est archivé
Chômage des frontaliers

Le Luxembourg paiera-t-il ou pas?

Le ministre du Travail Nicolas Schmit lors de sa conférence de presse, vendredi.
Chômage des frontaliers

Le Luxembourg paiera-t-il ou pas?

Le ministre du Travail Nicolas Schmit lors de sa conférence de presse, vendredi.
Guy Jallay
Luxembourg 2 min. 03.02.2017 Cet article est archivé
Chômage des frontaliers

Le Luxembourg paiera-t-il ou pas?

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
Qui doit verser les indemnités de chômage à un salarié: le pays où il travaille et qui a perçu des cotisations, ou le pays de résidence? La Commission a déjà opté pour la première proposition. Mais pour le petit Grand-Duché, la situation est problématique.

La Commission européenne envisage d'harmoniser les droits sociaux des travailleurs frontaliers. Ce point avait été annoncé en décembre dernier. L'UE a présenté en décembre une proposition de réforme du régime social. Parmi les points évoqués, les allocations chômage. Un Etat membre serait désormais susceptible de verser les indemnités de chômage à un salarié qui aurait travaillé dans cet Etat durant un an.

Pour la Commission, le calcul est évident: l'Etat membre doit verser ce pour quoi le salarié a cotisé. Mais au Luxembourg, le ministre du Travail Nicolas Schmit n'est pas de cet avis. Les indemnités de chômage sont actuellement versées par le pays de résidence du salarié, pas par le pays où il a travaillé.

Pour Nicolas Schmit, la situation du Luxembourg est bien singulière: près de 180.000 travailleurs passent chaque jour la frontière pour aller y travailler. Énorme pour un si petit pays. Et la situation serait elle aussi ingérable, selon le ministre: «Comment pourrions-nous vérifier si un chômeur, qui vit à l'étranger, fait tout pour retrouver un emploi?» a-t-il questionné lors de la conférence de presse qu'il a donnée vendredi après-midi, suite à un entretien avec Marianne Thyssen, Commissaire européenne à l'Emploi et aux Affaires sociales.

Un coût estimé à 60 millions d'euros par an

Si cette réforme est appliquée, le Luxembourg devrait payer 12 mois de chômage au salarié. Ce qui, selon les estimations de l'UE, représenterait au moins 60 millions d'euros par an. Le ministre Nicolas Schmit avait fait part de ses inquiétudes à ce sujet en décembre dernier.

Marianne Thyssen s'est montrée plutôt conciliante envers le ministre luxembourgeois, disant qu'elle comprend ses préoccupations. «Il doit y avoir des possibilités de contrôle pour mettre en œuvre ces règles», a-t-elle annoncé. Un prochain entretien est prévu à courte échéance.

La Commissaire européenne Thyssen a plusieurs fois évoqué le fait que le système luxembourgeois freine la mobilité des travailleurs frontaliers, a rapporté Nicolas Schmit lors de la conférence de presse. «Ce n'est pas le cas. Aucun salarié ne refuse un emploi dans un autre pays sous prétexte que les indemnités de chômage, au cas où il perdrait son emploi, ne sont pas versées par le pays où il travaille mais par son pays de résidence.»

Nicolas Schmit est entièrement d'accord avec la Commission sur un point: «L'Europe doit devenir plus sociale et nous avons besoin de solutions concrètes.» «Cette absence de composante sociale offre un terreau idéal pour le populisme», a-t-il averti.

Les ministres européens de l'Emploi se réuniront en conseil début mars pour discuter des propositions de la Commission. Les avis et situations de chaque pays membre sont très divers. Les ministres devront décider par un vote à majorité. Le Luxembourg risque de faire partie de la minorité. 

La proposition de la Commission ne sera pas modifiée, a affirmé Marianne Thyssen: «La Commission et les Etats membres doivent s'entendre, c'est ainsi que fonctionne l'Europe».

Le Parlement européen doit encore approuver la proposition de la Commission.

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