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«Le Luxembourg ne peut survivre que dans une Europe forte»
Luxembourg 9 min. 05.10.2022
Interview avec Viviane Reding

«Le Luxembourg ne peut survivre que dans une Europe forte»

«Je pouvais faire plus au niveau européen qu'à la Chambre des députés au Luxembourg.»
Interview avec Viviane Reding

«Le Luxembourg ne peut survivre que dans une Europe forte»

«Je pouvais faire plus au niveau européen qu'à la Chambre des députés au Luxembourg.»
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 9 min. 05.10.2022
Interview avec Viviane Reding

«Le Luxembourg ne peut survivre que dans une Europe forte»

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
La députée chrétienne-sociale, tout juste retraitée, passe en revue ses 43 ans de carrière et rappelle l'importance de l'Europe pour le Grand-Duché.

Mi-septembre, Viviane Reding a annoncé son retrait de la vie politique. Elle ne participera donc pas à la rentrée parlementaire la semaine prochaine. La désormais ex-députée passe en revue sa carrière et ses engagements au Luxembourg, mais surtout ses années passées à Bruxelles. Viviane Reding s'exprime aussi sur les chances du CSV de l'emporter en 2023.


18.2. IPO / Uni Berlval / Konf luxemburgische Europaabgeordnete / EVP / Europaparlament / Viviane Reding  Foto:Guy Jallay
La députée Viviane Reding se retire de la vie politique
Après une carrière de 43 ans, la députée chrétienne-sociale fait ses adieux à sa fonction de femme politique. Elle quittera son mandat en octobre.

Depuis le 1er octobre, vous avez officiellement quitté la vie politique active: pourquoi ce choix et pourquoi maintenant ?

Viviane Reding - «J'ai décidé de ne pas me représenter lors des élections en 2023. La question était donc de savoir quand j'allais remettre ma démission. Je pensais qu'il était déontologiquement juste de le faire un an avant le prochain scrutin et de donner ainsi la chance à mon successeur de se faire un nom à la Chambre. Elle fera sa rentrée parlementaire la semaine prochaine. 

C'est donc Elisabeth Margue qui va vous succéder?

«Ça semble être le cas, oui. 

Et vous allez l'accompagner pendant un an?

«Si quelqu'un me demande un conseil, je serai toujours là.


Claude Wiseler / Foto: Elena Arens
Le CSV pose la première pierre pour les législatives
Après le congrès du CSV ce samedi, le président du parti a égrené quelques mesures ce lundi sur 100.7 et fixé une date pour déterminer qui représentera le CSV en 2023.

Votre départ signifie-t-il que vous ne croyez pas aux chances du CSV de revenir au pouvoir ?

«C'est une décision personnelle, parce qu'après 34 ans de politique, je n'ai plus le même ''élan''. Je préfère laisser la place à une jeune génération et me consacrer à des projets où je peux réaliser quelque chose.

De quels projets parlez-vous?

«Je suis notamment dans le conseil européen IQM qui aborde la question des ordinateurs quantiques. Ceux-ci sont 1.000 fois plus rapide que les ordinateurs actuels. Après le passage de l'imprimerie à Internet, ce sera la prochaine révolution et nous devons y être préparés. L'Europe ne doit pas manquer ce tournant, car ça marquera un grand changement dans notre société et notre industrie. 

Je suis aussi vice-présidente de l'organisation mondiale des juristes et je m'occupe de l'état des droits aux côtés de juges et avocats pour que nous puissions avoir une justice équitable à travers le monde.

Même si vous quittez la vie politique, vous n'allez donc pas vous ennuyer.

«Depuis que j'ai annoncé mon retrait, je suis très sollicitée dans le domaine de la géopolitique et des nouvelles technologies, mais je dois refuser certaines demandes. Je n'accepte que celles où je pense pouvoir être efficace dans l'action. C'est ce que j'ai essayé de faire tout au long de ma carrière politique: ne pas faire que de beaux discours, mais aussi agir concrètement de manière à apporter quelque chose à notre société. Je souhaite continuer dans cette démarche.

Dans votre carrière politique, vous étiez longtemps active à l'échelle européenne. Vous préfériez agir depuis Bruxelles ou depuis le Luxembourg?

«Je pouvais faire plus au niveau européen qu'à la Chambre des députés au Luxembourg.

Pourquoi?

«Au sein de l'Union européenne, je pouvais faire des actions qui avaient du sens et pas seulement tenir un discours. J'ai par exemple contribué à la mise en place du programme Erasmus au niveau mondial, mais aussi à introduire le plan d'action «e-learning» à l'école, ainsi que le «life-long learning» pour permettre l'accès à une formation au travail.


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J'ai également légiféré sur le financement des films européens et grâce à cela, nous avons au Luxembourg un fonds pour les films. Dans le domaine de la technologie et des médias, j'ai œuvré à ce que la télécommunication soit ouverte à la concurrence au-delà des frontières et cela a eu pour conséquence la fin du roaming. Sur mon initiative, il y a aussi eu la création du numéro 112.

Un autre dossier est le système judiciaire. J'ai veillé à ce que des documents de mariage, de divorce ou d'héritage soient reconnus au niveau transfrontalier. C'est une série de mesures concrètes qui changent la vie des citoyens. À l'UE, j'ai pu, avec le soutien de professionnels, faire bouger beaucoup de choses qui ont un impact aussi au Luxembourg.

Pourquoi avez-vous l'impression d'avoir moins pu agir depuis le Luxembourg?

«Quand on siège dans l'opposition à la Chambre, on fait des propositions, mais elles finissent au fond d'un tiroir.

En 2018, vous êtes redevenue députée au Grand-Duché. Vous n'avez rien pu faire avancer?

«Non, quoi que propose l'opposition, l'actuelle majorité se contente de voter ou de s'opposer avec ses 31 voix. La Chambre n'est donc pas prise au sérieux par le gouvernement. La coalition DP-LSAP-déi gréng fonctionne ainsi, sans doute parce qu'elle n'a la majorité que d'un siège et craint de la perdre avec des débats sérieux.

Un de vos slogans est 'un Luxembourg fort dans une Europe forte'. Pouvez-vous expliquer ?

«Tout à fait, le Luxembourg ne peut que fonctionner, survivre et exercer sa souveraineté dans une Europe forte où elle peut participer aux décisions. C'est ainsi que le Luxembourg peut être fort.

Comment voyez-vous l'évolution de la place du Luxembourg au sein de l'Europe?

«La force du Luxembourg dépend des fonctionnaires qu'on envoie à Bruxelles. S'ils font du bon travail, c'est bien pour le Grand-Duché, mais si c'est le contraire, on est écrasé. Cela vaut aussi pour les ministres. S'ils arrivent à se faire entendre lors de réunions, on parvient à faire part de notre point de vue. Il faut envoyer les personnes les plus compétentes à Bruxelles, car il s'agit de l'avenir du Luxembourg.

C'est le cas actuellement?

«Je l'espère.

J'ai dit au président Sarkozy ''ça suffit'', lorsqu'il a traité de manière illégale les Roms.

Viviane Reding

En 2010, vous avez qualifié une circulaire française concernant les Roms de «honte». Comment voyez vous cette période avec le recul?

«C'était au moment où je venais de prendre en charge le poste de commissaire européen de la Justice. Avec cette fonction, je devais veiller au bon respect des droits humains inscrits dans la charte du Traité de Lisbonne. J'ai joué mon rôle, notamment en poursuivant Viktor Orbán plusieurs fois devant les tribunaux après qu'il eut vidé l'indépendance de la justice de sa substance en Hongrie.

Et j'ai dit au président Sarkozy ''ça suffit'', lorsqu'il a traité de manière illégale les Roms. La France n'avait alors pas respecté les directives européennes, ça avait fait beaucoup de bruit à l'époque, mais finalement la France a respecté ses engagements et a ainsi agi de manière juste et non arbitraire.

Suite à cette affaire Nicolas Sarkozy a bloqué votre candidature en tant que vice-présidente du groupe EVP...

«Pas seulement Monsieur Sarkozy, mais aussi Monsieur Orbán, parce que je l'ai empêché de détruire l'appareil judiciaire en Hongrie.

Vous regrettez cette politique politicienne?

«La politique est comme elle est, on ne peut pas la changer, c'est un combat. Je ne regrette pas ce que j'ai fait. Si je n'avais pas agi ainsi, la Commission ne serait jamais parvenue à faire appliquer aujourd'hui la charte des droits fondamentaux. Il fallait que quelqu'un commence, j'étais le premier commissaire de la Justice et c'est devenu une voie à suivre pour mes successeurs.

Après toutes ces années passées à Bruxelles, quel souvenir en gardez-vous?

«J'en ai plusieurs comme j'y ai passé 30 ans, 15 ans au Parlement européen et l'autre moitié en Commission. La possibilité de pouvoir travailler avec plusieurs tendances politiques, sans influence d'un parti, c'est ce que j'ai le mieux aimé pour construire l'avenir de l'Europe. C'était beau et cela m'a encouragé à réaliser des choses qu'on disait impossibles.


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Quel regard portez-vous sur la montée de l'extrême droite en Europe, au vu des dernières élections en Suède et en Italie?

«Ça ne me plaît pas, mais il faut faire attention aux particularités de chaque pays. En Italie, il y a toujours le même problème. Les Italiens votent pour un homme ou une femme fort(e), mais après quelques années, ils se rendent compte que la personne élue ne l'est pas assez. Je crois que l'Italie n'a pas encore tout à fait trouvé sa voie.

Le CSV a ses chances en 2023 et je l'espère. Il n'est pas normal que le plus grand parti du pays soit dans l'opposition

Viviane Reding

Revenons à votre parti, le CSV. Est-ce que vous allez l'aider pour qu'il revienne au pouvoir en 2023?

«J'ai proposé au CSV de donner un coup de main à l'échelle communale et nationale. Si le parti a besoin d'aide, je suis là.


IPO,CSV-Parlamentarische Bilanz,Claude Wiseler,Martine Hansen,Gilles Roth,Leon Gloden.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
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Le CSV a récemment changé son logo, vous pensez que le parti est dans une bonne dynamique pour revenir aux affaires?

Je pense que la dynamique est là et que le parti a ses chances en 2023. Je l'espère en tout cas, parce qu'il n'est pas normal que le plus grand parti du pays soit dans l'opposition et que le gouvernement ignore les propositions du CSV .

Vous êtes assez critique envers le gouvernement...

Je suis critique par rapport au fonctionnement actuel de notre démocratie à la Chambre, ce n'est pas digne du Luxembourg. La Chambre est élue pour contrôler le gouvernement et faire des propositions. Cette fonction inscrite dans la Constitution est mise à mal par le manque de considération du pouvoir envers la Chambre.»

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