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Le Luxembourg, clé du mystère de l'affaire Marion Barter?
Luxembourg 8 min. 10.07.2022
Enquête

Le Luxembourg, clé du mystère de l'affaire Marion Barter?

Marion Barter a quitté sa famille en Australie en 1997 et ses proches ne l'ont plus jamais revue depuis.
Enquête

Le Luxembourg, clé du mystère de l'affaire Marion Barter?

Marion Barter a quitté sa famille en Australie en 1997 et ses proches ne l'ont plus jamais revue depuis.
Photo: The Lady Vanishes
Luxembourg 8 min. 10.07.2022
Enquête

Le Luxembourg, clé du mystère de l'affaire Marion Barter?

De nouvelles preuves cruciales dans l'enquête sur la disparition de l'Australienne en 1997 mènent à un homme intimement lié au Grand-Duché.

(Yannick Lambert avec Tom Rüdell) - Un homme de 82 ans aux antécédents judiciaires obscurs, qui a passé une partie de sa vie au Luxembourg, s'est retrouvé au coeur d'une enquête sur une Australienne qui a quitté sa famille il y a 25 ans et qui n'a plus donné signe de vie depuis.


Spur nach Luxemburg: Was geschah mit Marion Barter?
Im Jahr 1997 verschwindet eine australische Lehrerin. Spuren führen nach Luxemburg. Ric Blum alias Fredy David könnte das Rätsel lösen – aber er ist selbst eins.

Une enquête menée par un tribunal de la Nouvelle-Galles du Sud (NSW) a établi des liens multiples entre Marion Barter, disparue le 22 juin 1997, et l'octogénaire, qui dirigeait une entreprise au Grand-Duché. Il utilisait des dizaines de pseudonymes et il a reconnu avoir été arrêté au moins trois fois au cours de sa vie.

Le procureur de l'État de Nouvelle-Galles du Sud a ouvert une enquête en 2020, après que des journalistes de «The Lady Vanishes», l'un des podcasts les plus écoutés d'Australie, ont creusé l'affaire. Les enquêtes précédentes sur le dossier n'avaient donné aucun résultat.

Son nom changé en Remakel

Mme Barter, née en 1945, a quitté son emploi d'enseignante et a changé son nom en Remakel - un nom de famille luxembourgeois courant - un mois seulement avant de disparaître en 1997. Elle l'a fait sans en parler à ses proches. 

Aperçue pour la dernière fois par un voisin, qui l'a conduite à une gare routière de Southport avant de quitter l'Australie via Brisbane, elle pourrait être rentrée en Australie en août de la même année sous le nom de Florabella Remakel, déclarant être mariée et résider au Luxembourg, selon le site Internet de la police NSW.

Documents d'immigration de Florabella Natalia Marion Remakel du 2 août 1997, dans lesquels elle déclare être mariée et résider au Luxembourg.
Documents d'immigration de Florabella Natalia Marion Remakel du 2 août 1997, dans lesquels elle déclare être mariée et résider au Luxembourg.
Photo: Screengrab 7News Australia

Voilà à quoi se résumait l'étendue des connaissances sur la disparition et la mort possible de Marion Barter jusqu'à récemment. 

Puis Ric Blum a commencé à témoigner en février et en avril, racontant un récit dans lequel il était difficile de distinguer le probable, le possible et le manifestement faux.

A commencer d'abord par l'identité de Ric Blum.

Ce dernier a confirmé être né en Belgique en 1939 sous le nom de Willy Wouters.  Il traîne un passé d'arrestations et de condamnations pour fraude et falsification de documents dans plusieurs pays. Dans les années 1970, il avait été arrêté au Luxembourg sous le nom de Roger Lauzoney, né à Casablanca, au Maroc. A cette occasion, la police l'avait aussi trouvé porteur d'un passeport au nom de Frederick de Herdevary. 

Ric Blum devant la salle d'audience de Sidney en 2022.
Ric Blum devant la salle d'audience de Sidney en 2022.
Photo: 7News

Le ministère public luxembourgeois a déclaré qu'il n'avait aucun moyen de vérifier des arrestations qui avaient eu lieu il y a si longtemps. Les Archives nationales luxembourgeoises ont expliqué quant à elle qu'elles ne pouvaient trouver aucune information relative à une arrestation à Wiltz, la ville où, selon les preuves fournies en Australie, Ric Blum aurait été appréhendé.

Épouse de footballeur

Ric Blum, citoyen belge et australien, a raconté avoir eu une liaison avec Marion Barter à deux reprises : une fois dans les années 1960, et la seconde fois juste avant sa disparition. Il a rencontré l'Australienne pour la première fois en 1968, en Suisse, a-t-il déclaré au cours de l'enquête. Il s'y trouvait pour se remettre de blessures subies lors d'un accident d'équitation, alors qu'elle accompagnait son mari Johnny Warren, le plus célèbre joueur de football australien, qui était en stage d'entraînement avec l'équipe nationale. 

La jeune femme avait abordé Ric Blum dans le hall de l'hôtel, lui proposant de faire l'amour après seulement dix minutes, c'est du moins ce qu'a affirmé le Belgo-Australien. Les membres de la famille et les amis de Marion Barter ont confié de leur côté qu'ils ne pouvaient pas croire qu'elle ait pu tromper son mari. L'équipe nationale australienne n'était pas non plus en Suisse à ce moment-là. 

Une photo d'identité judiciaire de Ric Blum du podcast "The Lady Vanishes".
Une photo d'identité judiciaire de Ric Blum du podcast "The Lady Vanishes".
Capture d'écran "The Lady Vanishes"

Cinq jours avant la disparition de Marion Barter en 1997, Ric Blum - qui prétendait avoir eu une seconde liaison avec elle cette année-là - a quitté l'Australie via le Japon, cette fois sous le nom de Richard Lloyd Westbury. Lorsqu'on lui demande pourquoi il a changé de nom autant de fois, Blum répond : «Je ne sais pas... parce que c'est légal de le faire et parce que, probablement, c'était un fantasme. Je ne sais pas, je ne peux pas l'expliquer. Mais je n'ai jamais rien commis comme fait en Australie». 

Après sa disparition, Marion Barter n'a donné que quelques signes de vie - et aucun depuis 1997. D'août à septembre 1997, l'Australienne a retiré quotidiennement cinq mille dollars de son compte bancaire et ce, sur une période de trois semaines et demie, selon le podcast australien «The Lady Vanishes». Le 5 octobre 1997, 80.000 dollars supplémentaires ont été retirés. C'est à cette date-là que Marion Barter a été aperçue pour la dernière fois. 

Un autre footballeur, une autre liaison ?

Un lien possible avec le Grand-Duché a amené une équipe de télévision australienne dirigée par Bryan Seymour - le journaliste responsable du podcast «The Lady Vanishes» - au Luxembourg en 2019, ainsi que la fille de Marion Barter. Leur intérêt avait été déclenché par une petite annonce de 1994 dans un journal francophone australien, «Le Courrier Australien», dans laquelle une personne sous le nom de M. F. Remakel cherchait un partenaire. 

Ric Blum a admis avoir publié cette annonce, selon les preuves produites en Australie. Il n'est pas clair cependant si Marion Barter a répondu à cette annonce, à une autre sous le même nom, ou si Ric Blum a répondu à une annonce qu'elle a peut-être publiée elle-même. On ne sait pas non plus si les deux personnes étaient mariées, ce qui expliquerait le changement de nom.

Document de Lux-Post sur l'ouverture d'un magasin de meubles par "M. David" à Noertzange en 1981, document produit lors de l'enquête en Australie.
Document de Lux-Post sur l'ouverture d'un magasin de meubles par "M. David" à Noertzange en 1981, document produit lors de l'enquête en Australie.
Photo: Screengrab

Alors que Remakel est un nom de famille courant au Luxembourg, les investigations de l'équipe de télévision se sont concentrées sur Fernand Remakel, un ancien joueur de football luxembourgeois. L'ancien athlète ne souhaite pas parler à la presse et a réclamé des excuses à l'équipe de télévision, qui s'était rendue à son domicile lors de leur venue au Luxembourg, pour le confronter aux faits.

Un magasin de meubles à Noertzange

Pourtant, les témoignages recueillis au cours de l'enquête ont révélé que Ric Blum avait adopté le nom de Remakel comme l'un de ses nombreux pseudonymes. Il affirme également avoir eu une relation amoureuse avec l'ex-femme de Remakel, au début des années 1980. Ric Blum, peut-être sous le nom de Fredy David et peut-être avec son frère, a ouvert un magasin de meubles appelé «Européenne du Siège» dans le village de Noertzange en août 1980, à côté d'un magasin d'électronique appelé «Electricité en Gros», selon les preuves fournies lors de l'audience d'enquête.

Capture d'écran d'un dépôt de société au Luxembourg en 1980 lors de l'ouverture du magasin.
Capture d'écran d'un dépôt de société au Luxembourg en 1980 lors de l'ouverture du magasin.
Photo: D. R.

Ric Blum a déclaré avoir rencontré Fernand Remakel et son ex-femme par le biais du magasin de Noertzange au début des années 1980. Le footballeur a déclaré ne pas connaître Ric Blum, niant tout lien entre lui et l'Australie auprès des autorités et dans la presse. Ric Blum a passé trois ans au Luxembourg entre 1980 et 1982 de manière plus ou moins continue, a-t-il déclaré au tribunal. Le magasin, qui s'est déclaré en faillite le 1er décembre 1983, était dirigé depuis la Belgique par son épouse actuelle, Diane de Hedervary, selon les informations du tribunal et du registre du commerce.

Verdict le 30 novembre

Une personne du village a confirmé qu'il y avait un magasin de meubles à côté d'un magasin d'électronique, dirigé par une personne portant le nom de David. Plus tard, il y a eu un autre magasin dans la ville voisine de Schifflange, a encore expliqué ce villageois, ajoutant que la personne qui dirigeait le magasin était connue pour utiliser plus d'un nom. 

Le registre du commerce luxembourgeois répertorie un magasin nommé «L'Européenne du Meuble (Mobigros)» comme premier résultat lorsqu'on recherche «l'Européenne du Siège». Il est indiqué que le magasin a été fondé en 1980, mais les enregistrements ont été supprimés. 


Crimes parfaits à la belge
Au moins 75 morts suspectes passent chaque année sous les radars belges en raison du manque d’autopsies.

D'autres sites web, comme opencoroporates.com, montrent que l'adresse de Mobigros correspond à celle mentionnée dans la pièce à conviction australienne.

Depuis la médiatisation de l'affaire en 2019, l'enquête a été reprise en main par la brigade des homicides non résolus de Sydney et les autorités la traitent désormais comme une enquête active sur un homicide, et non plus comme un cold case.

L'issue de l'enquête australienne sera connue le 30 novembre, ce qui pourrait conduire à des enquêtes supplémentaires ou à des poursuites judiciaires. L'année dernière, la police de Nouvelle-Galles du Sud a annoncé une récompense de 250.000 dollars pour toute information menant à l'arrestation de toute personne responsable de la disparition de Marion Barter. Cette somme a été doublée en avril.

Cet article est paru pour la première fois sur www.luxtimes.lu

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