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Le Luxembourg a besoin de temps pour ses projets spatiaux
Luxembourg 6 min. 22.07.2022
Ressources spatiales

Le Luxembourg a besoin de temps pour ses projets spatiaux

Marc Serres, de l'Agence spatiale luxembourgeoise, appelle à la patience dans le développement du secteur spatial.
Ressources spatiales

Le Luxembourg a besoin de temps pour ses projets spatiaux

Marc Serres, de l'Agence spatiale luxembourgeoise, appelle à la patience dans le développement du secteur spatial.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 6 min. 22.07.2022
Ressources spatiales

Le Luxembourg a besoin de temps pour ses projets spatiaux

Thomas KLEIN
Thomas KLEIN
La loi luxembourgeoise sur les ressources spatiales a cinq ans, mais elle n'a pas encore été utilisée. Il faudra du temps pour que les investissements soient rentabilisés.

Il y a cinq ans, le Luxembourg a été le premier pays européen à se doter d'une loi régissant le cadre juridique de l'exploitation privée des ressources spatiales. L'objectif était d'offrir aux instituts de recherche et aux entreprises une sécurité juridique pour les projets miniers dans l'espace et de les convaincre ainsi de s'installer au Luxembourg.


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Le fait que le petit Luxembourg adopte une loi sur les activités extraterrestres a suscité beaucoup d'attention et parfois d'étonnement au niveau international. Certains experts juridiques ont mis en doute la capacité juridique d'un seul Etat à adopter une loi nationale sur l'appropriation de matières premières dans l'espace. Après tout, l'espace est un bien commun international, avait déclaré à l'époque Stephan Hobe, directeur de l'Institut de droit aérien et spatial de l'Université de Cologne, au Luxemburger Wort.

Depuis lors, les entreprises établies au Grand-Duché peuvent toutefois obtenir une licence pour l'extraction de ressources dans l'espace si elles remplissent certaines conditions (par exemple, pas d'utilisation militaire, pas de pollution de l'espace céleste). La loi n'a pas été appliquée au cours des cinq premières années de son existence. «Jusqu'à présent, nous n'avons reçu aucune demande de mission», déclare Marc Serres, CEO de la Luxembourg Space Agency (LSA). Il espère toutefois que cela changera bientôt. La société japonaise Ispace, qui emploie une vingtaine de personnes au Luxembourg, est considérée comme l'un des premiers candidats.

Mission économique

L'entreprise a été sélectionnée en 2020 pour enlever des matériaux au pôle sud de la Lune avec ses rovers robotisés dans le cadre de la mission Artemis à partir de 2023. «Ils pourraient avoir besoin d'une autorisation prochainement. Des discussions seront menées dans les prochains mois pour travailler avec eux sur le dossier», explique Marc Serres. La décision finale revient au ministère de l'Économie, mais la LSA peut aider à préparer la demande, a-t-il ajouté. «Bien sûr, il faut d'abord comprendre en quoi consiste exactement la mission et quels sont les risques spécifiques. Il se peut que l'on doive demander une évaluation à l'Agence spatiale européenne (ESA) sur certains aspects techniques. Ce sera aussi notre première expérience dans ce domaine».


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Le mandat de la LSA se distingue nettement du domaine d'activité de l'ESA ou de la NASA, où les objectifs scientifiques sont au centre des préoccupations. «Nous dépendons en effet directement du ministère de l'Économie et avons plutôt un objectif économique. Notre mandat consiste aussi à aider le ministère à diversifier l'économie luxembourgeoise», précise le CEO de la LSA. Il s'agit aussi d'aider les entreprises spatiales établies au Grand-Duché dans leurs activités de recherche et de développement.

Mais l'objectif premier de la LSA est de convaincre les entreprises de s'implanter au Luxembourg. Après cinq ans, les chiffres sont tout à fait honorables. Actuellement, selon l'agence spatiale luxembourgeoise, quelque 75 entreprises et unités de recherche sont actives dans le secteur «Space» au Luxembourg - contre 32 en 2018, soit plus du double. Le nombre d'employés dans le secteur est passé de 840 en 2018 à environ 1.150 aujourd'hui.

Haute visibilité

Bien que la loi n'ait pas encore été appliquée à un cas concret, Marc Serres pense que la visibilité que le Luxembourg a acquise grâce à l'initiative Space Resources aide à attirer des entreprises dans le pays. Ainsi, Julien-Alexandre Lamamy, Managing Director d'Ispace Luxembourg, a déclaré l'année dernière: «La Space Resources Initiative est la raison pour laquelle nous sommes venus au Luxembourg». Jusqu'à présent, seules huit entreprises directement actives dans le domaine des ressources spatiales se sont installées au Luxembourg.

L'initiative Space Resources est la raison pour laquelle nous sommes venus au Luxembourg.

Julien-Alexandre Lamamy, Managing Director d'Ispace Luxembourg

D’après Marc Serres, la Luxembourg Space Agency est en contact avec environ 200 entreprises du secteur spatial par an. Au final, seules cinq à huit d'entre elles s'installent réellement dans le pays. A cela s'ajoutent les premières créations d'entreprises issues du secteur de la recherche luxembourgeois, comme Databourg, une spin-off de l'Université du Luxembourg. L'European Space Resources Innovation Centre (Esric), dont le siège est à Belval, a également mis en place depuis l'année dernière un programme de soutien aux jeunes entreprises dans le domaine des ressources spatiales.

Un investissement d'au moins 200 millions d'euros

Le Luxembourg se donne les moyens de diversifier son économie en misant sur l'espace. En 2016, le gouvernement a annoncé vouloir investir 200 millions d'euros dans le développement des Space Ressources. Une étude d'impact est en cours de réalisation, dont les résultats ne seront publiés qu'en septembre ou octobre, précise Marc Serres. Celle-ci doit permettre de savoir s'il y a déjà des dividendes sur les dépenses en termes de recettes fiscales ou d'emplois. Le CEO de la LSA se réfère aux études transnationales de l'ESA, selon lesquelles chaque euro investi dans le secteur spatial se traduit par deux à quatre euros d'activité économique.


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Mais il n'y aura probablement pas de «retour sur investissement» aussi rapide et évident au Luxembourg. La plupart des entreprises qui se sont installées ici sont encore très jeunes, et il y a de fortes chances que certaines d'entre elles échouent. «Dans de nombreux cas, la technologie doit encore être développée, les entreprises doivent trouver leur place sur le marché», détaille Marc Serres, qui rappelle que l'opérateur de satellites luxembourgeois SES a lui aussi mis dix ans avant d'être reconnu sur le marché.

Dans de nombreux cas, il faudra attendre au moins 15 ans avant d'obtenir des résultats tangibles.

Marc Serres, CEO de la Luxembourg Space Agency

«Pour les ressources spatiales, cela peut prendre encore plus de temps, car il n'y a pas encore de marché. Pour l'instant, il s'agit surtout de technologies, nous n'en sommes qu'au début. Dans de nombreux cas, il faudra au moins 15 ans avant d'obtenir des résultats concrets», explique le CEO de la LSA. Les exceptions sont les technologies à double usage, c'est-à-dire les applications qui peuvent être utilisées aussi bien dans l'espace que sur la Terre. Ainsi, l'Esric travaille actuellement avec la société française Air Liquide sur de nouvelles technologies de production et de stockage d'hydrogène.

La participation de la banque d'investissement publique SNCI dans Planetary Resources, qui a entraîné une perte de douze millions d'euros pour l'État luxembourgeois, montre à quel point le pari sur des secteurs économiques qui doivent encore se développer peut être risqué. On est tout à fait conscient du risque, affirme Marc Serres. «Mais si nous ne prenons pas le risque maintenant, nous aurons raté l'occasion. Il est difficile de dire si nous aurons un ou plusieurs autres cas comme Planetary Resources. Si, en revanche, nous avons d'autres entreprises qui réussissent, alors cela en aura valu la peine».

Cet article a été publié pour la première fois sur www.wort.lu/de

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