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Le lobbying bientôt couché noir sur blanc
Luxembourg 4 min. 26.05.2021

Le lobbying bientôt couché noir sur blanc

Roy Reding (ADR) ne le cache pas : sans la pression du Gafi, le Luxembourg n'avancerait pas aussi vite sur cette question.

Le lobbying bientôt couché noir sur blanc

Roy Reding (ADR) ne le cache pas : sans la pression du Gafi, le Luxembourg n'avancerait pas aussi vite sur cette question.
Photo archives : Lex Kleren
Luxembourg 4 min. 26.05.2021

Le lobbying bientôt couché noir sur blanc

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
D'ici l'été, la Chambre devrait se prononcer sur l'établissement par chaque député de la liste des contacts qui l'ont approché pour influencer son opinion sur de futures orientations de vote.

«Ce n'est pas simple de savoir qui fait du lobbying, qui se plaint, qui suggère...» Il n'empêche que Roy Reding (ADR) comme l'ensemble des parlementaires vont devoir s'habituer à signaler quel ''influenceur '' ou groupe d'influence ils ont pu être amenés à rencontrer dans le cadre de leur rôle de politiciens. Des années que ce registre des lobbies planait, mais cette fois «à la demande pressante du gouvernement», le projet de règlement imposant ce dispositif aux députés devrait être soumis au vote avant les congés.


Lokales, Kirchberg ist leer, Place de l’Europe, Avenue J-F Kennedy, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
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Pour celui qui préside la commission du règlement à la Chambre, pareille mesure serait «un bienfait». Et cela même si, paradoxalement, le député avoue que «le Luxembourg n'est toujours pas tellement pressé de mettre en place ce type de mesure». Avec cet argument irréfutable -quoique- : «Ici, nous sommes un si petit pays que quand quelqu'un rencontre une autre personne, ça se sait vite». 

N'empêche, la transparence des affaires économiques comme de la vie politique mais aussi l'éthique demandée aux représentants des citoyens, imposent d'autres exigences auxquelles les élus doivent se plier. Des exigences qui pourraient, au passage, calmer le rôle proactif de certains à défendre leurs propres intérêts auprès des représentants de la nation.

En commission, le processus «avance bien» aux dires du député ADR qui dirige les débats. Après un premier texte déposé par les Pirates peu soutenu, la proposition qu'il a avancée concernant ce futur Registre des lobbies aurait même déjà reçu l'aval de principe aussi bien de son parti que de Déi Lénk, Pirate, Déi Gréng ou du LSAP. «CSV et DP traînent encore un peu des pieds mais ce n'est pas de la mauvaise volonté. Juste le souhait d'approfondir encore un peu la question.»

Tapé sur les doigts

Un sujet mis sous le tapis depuis des années. Une contrainte qui vient bousculer les habitudes de l'entre-soi. Mais un dossier pour lequel les instances ne cessent de pointer du doigt le Luxembourg pour son manque d'enthousiasme à l'ouverture de pareil registre pourtant déjà adopté en France, Autriche, Irlande, Lituanie, Pologne, Royaume-Uni ou Slovénie. Même les instances européennes dirigées par Ursula von der Leyen sont désormais soumises à un «registre de transparence». 

En avril dernier, le commissaire européen à la Justice de passage au Grand-Duché s'en était allé à donner un petit coup de règle sur les doigts du mauvais élève luxembourgeois. Didier Reynders rappelant qu'il était plus que temps que le pays agisse «plus visiblement et efficacement» contre le lobbying.

Il serait bon de ne pas limiter la démarche aux seuls 60 députés mais de l'ouvrir aussi à tous les ministres et hauts fonctionnaires

Roy Reding (ADR), président de la commission du Règlement

Une pression qu'avait déjà mise à maintes reprises le Gafi (Groupe d'action financière). Ses inspecteurs invitant, eux aussi, à ce qu'une liste soit tenue des interactions entre milieux d'affaires et hommes politiques en place. «Pour un peu, je dirais qu'on a eu de la chance que leur visite 2021 soit reportée (pour cause de covid), cela nous a laissé un peu plus de temps pour réfléchir à ce que serait notre modèle luxembourgeois de registre», sourit Roy Reding.


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Individu, association, entrepreneurs, syndicats, ONG, quiconque cherchant à convertir à sa cause un député de la Chambre devra, à l'avenir, être mentionné clairement. Exceptions faites des rencontres avec des députés européens ou des représentants de chambres consulaires. Avec dans le meilleur des cas des indications signifiantes comme non seulement l'identité du lobbyiste croisé mais aussi ses objectifs annoncés.

Et Roy Reding de conclure : «Bien sûr que dans l'esprit ce règlement est intéressant, et bien sûr qu'il faudra veiller à sa parfaite application. Mais il serait bon de ne pas limiter la démarche aux seuls 60 députés luxembourgeois mais l'ouvrir aussi à tous les ministres et hauts fonctionnaires. On n'imagine pas le nombre de cabinets qui leur glissent des mots à l'oreille et seraient même prêts à rédiger les textes de loi à leur place!» Qui sait, une prochaine étape vers (encore) plus de transparence.

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