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Le LCGB rêve d'un nouveau droit de grève
Luxembourg 3 min. 14.01.2020

Le LCGB rêve d'un nouveau droit de grève

Le syndicat présidé par Patrick Dury a encore augmenté ses effectifs pour atteindre un niveau jamais vu.

Le LCGB rêve d'un nouveau droit de grève

Le syndicat présidé par Patrick Dury a encore augmenté ses effectifs pour atteindre un niveau jamais vu.
Photo : Anouk Antony
Luxembourg 3 min. 14.01.2020

Le LCGB rêve d'un nouveau droit de grève

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Le syndicat, fort de ses 43.000 adhérents, veut que le Luxembourg facilite les arrêts de travail des salariés en cas de conflit social. Son président, Patrick Dury, se montre aussi critique sur les taxes devant financer les mesures environnementales du gouvernement.

2019 aura été une bonne année pour le LCGB. Le syndicat a progressé lors des élections sociales; il a su tenir tête à l'UEL (avec l'OGBL et la CGFP) à l'heure où le patronat semblait vouloir quitter la table du Comité permanent du travail et de l'emploi, et mieux encore il a progressé en nombre de militants. Ce mardi, c'est donc un Patrick Dury souriant qui pouvait affirmer: «En termes d'adhésions, nous avons connu un record pour la troisième année consécutive. Près de 2.000 inscrits nous ayant rejoints».

Fort de ce poids inédit, le LCGB gonfle donc les muscles. Et les revendications. Et le président de partir tête baissée vers une demande d'un droit de grève facilité. «Si le consensus doit rester le modèle des discussions sociales, en cas de conflit, l'actuel système n'est plus à la hauteur.» Constater que l'entente n'est pas possible, le signaler à l'office national de conciliation, se réunir à nouveau avec le patronat et, en cas d'absence d'accord, alors la grève peut être déclenchée. Trop lourd, trop lent.


Politik, CGFP, LCGB, OGBL Protestkundgebung, Boycott Patronal du Dialogue Social, Wolff Romain, Patrick Dury et André Roeltgen   Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Démonstration de force réussie
OGBL, LCGB et CGFP ont réussi à unir leurs forces, mardi soir. Plus de 1.500 personnes se sont rassemblées pour marquer leur opposition au souhait patronal d'abandonner le Comité permanent du travail et de l'emploi, et plus largement remettre en cause le dialogue social.

«D'abord, notre syndicat plaide pour un droit de grève préventive», avance Patrick Dury. Dans ce cas, seul le dépôt à l'employeur ou au ministère du Travail d'un préavis de 48 heures lui semblerait indispensable.

Le LCGB pense aussi à un second dispositif où saisir l'office national de conciliation serait suffisant pour que les organisations syndicales puissent bloquer le travail. L'avenir dira si cette double proposition intégrera le code du travail luxembourgeois.

La manifestation du 19 novembre dernier, avec OGBL et CGFP, aura constitué un temps fort de l'année du LCGB.
La manifestation du 19 novembre dernier, avec OGBL et CGFP, aura constitué un temps fort de l'année du LCGB.
Photo: Anouk Anthony

Dans ses vœux, le syndicat plaide aussi pour une marche arrière du gouvernement concernant les mesures annoncées dans le cadre du Plan Generatioun Klima. «L'augmentation des accises sur essence et diesel, comme l'introduction de la taxe carbone (en 2021) va frapper au portefeuille de beaucoup de personnes. Et pas forcément les citoyens les plus favorisés.» 

Pire, le syndicat craint que cette pression sur les prix à la pompe ne prive l'Etat d'une de ses principales sources d'argent. A l'heure où le Luxembourg affiche un budget record à 20 milliards d'euros, gare à maintenir les équilibres. «Si la consommation de produits pétroliers chute, il y aura moins de rentrées fiscales. Et je ne vois pas ce que le ministre des Finances a prévu pour compenser cette perte. Va-t-il augmenter un autre impôt, assurer moins de prestations sociales?» Dans les deux cas, je ne vois pas d'avantage pour la population.» En clair : les problèmes écologiques ne doivent pas créer des problèmes sociaux.

Quelques flèches

De ces questions, le syndicat discutera lors de son congrès national, le 14 mars prochain. Mais le rendez-vous donnera surtout l'occasion à Patrick Dury de rappeler combien la formation a pesé, ces derniers mois, dans la signature de plusieurs conventions collectives: dans le gardiennage, des chauffeurs de bus privés, dans le secteur du nettoyage des bâtiments chez Goodyear, Luxair ou Cargolux.

Concernant le patronat, le LCGB lui réserve aussi quelques flèches. Pas question en effet pour l'organisation syndicale de se retrouver dans certaines pratiques qui se font jour. La flexibilité au détriment des conditions de travail et de vie des salariés ou le dogme du coût salarial trop élevé dans le pays sont des axes contre lesquels la lutte se poursuit. Et Patrick Dury de souligner: «Dire que la compétitivité du Luxembourg vis-à-vis des pays voisins est pénalisée par la part salariale dans les prix de revient est un mensonge».


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Wirtschaft,CdP Fedil,Nicolas Buck,Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort