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Le Film Fund a dû s'expliquer sur ses dysfonctionnements
Luxembourg 7 min. 29.11.2022
Devant la commission du budget et du contrôle

Le Film Fund a dû s'expliquer sur ses dysfonctionnements

Un rapport spécial de la Cour des comptes, qui a confirmé plusieurs dysfonctionnements au sein du Film Fund, faisait l'objet de la réunion de lundi de la commission de contrôle budgétaire et financier.
Devant la commission du budget et du contrôle

Le Film Fund a dû s'expliquer sur ses dysfonctionnements

Un rapport spécial de la Cour des comptes, qui a confirmé plusieurs dysfonctionnements au sein du Film Fund, faisait l'objet de la réunion de lundi de la commission de contrôle budgétaire et financier.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 7 min. 29.11.2022
Devant la commission du budget et du contrôle

Le Film Fund a dû s'expliquer sur ses dysfonctionnements

Florian JAVEL
Florian JAVEL
Le directeur du Film Fund, Guy Daleiden, n'est pas très à l'aise avec les procédures administratives. Telle est la conclusion de Diane Adehm (CSV) après la réunion de la commission de lundi.

Depuis la parution du rapport spécial de la Cour des comptes sur le Film Fund fin octobre, la question du personnel autour du directeur Guy Daleiden divise. Sur RTL la semaine dernière, Diane Adehm (CSV) est allée jusqu'à affirmer que Daleiden «fait ce qu'il veut et le conseil d'administration le laisse faire». Au sein de la commission compétente, Guy Daleiden et la présidente du conseil d'administration du Film Fund, Michèle Bram, ont dû s'expliquer sur les dysfonctionnements révélés par le rapport de la Cour des comptes.


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Des factures de restaurant réglées via le Film Fund, un conseiller externe confronté à un conflit d'intérêts, des millions d'euros non utilisés,... La liste des inexactitudes administratives s'étend sur plus de 40 pages dans le rapport de la Cour des comptes.

Interrogés par le Luxemburger Wort, la présidente de la commission du budget et du contrôle, Diane Adehm, et le représentant de la majorité, André Bauler (DP), ont commenté l'intervention des représentants du Film Fund lundi devant la commission compétente. Ces deux points de vue illustrent à quel point les perceptions de l'opposition et des partis de la majorité divergent sur le sujet.

«Guy Daleiden a toujours une explication pour tout»

«Guy Daleiden a toujours eu une explication pour tout. Pour lui, tout n'était pas si dramatique», résume Diane Adehm, interrogée sur la réunion de la commission qui a duré deux heures et demie. Guy Daleiden n'était pas très à cheval sur les procédures administratives prévues, c'est un fait qui est devenu clair lors de son intervention à la commission, selon Diane Adehm. Mais le directeur du Film Fund n'a pas remis en question les critiques de la Cour des comptes lors de la réunion. «Il nous a simplement expliqué pourquoi des dysfonctionnements avaient été constatés».

Pour la présidente de la commission de contrôle budgétaire et financier, il est clair que la loi de 2014 doit être modifiée.
Pour la présidente de la commission de contrôle budgétaire et financier, il est clair que la loi de 2014 doit être modifiée.
Photo: Guy Jallay

En ce qui concerne les factures de restaurant pour les repas d'affaires internes du «comité de sélection», que Guy Daleiden a réglées via le Film Fund, le directeur a indiqué qu'il ne s'agissait que d'une somme totale de 350 euros. Une déclaration que Diane Adehm ne conteste pas, mais qu'elle considère d'un œil critique : «Si la somme était effectivement si faible, la Cour des comptes n'aurait pas examiné cette partie avec autant de précision que dans le rapport».

Guy Daleiden aurait également tenté de trouver une explication à l'embauche de Paul Thiltges comme conseiller externe pour le Film Fund. Depuis 2013, Thiltges aurait reçu jusqu'à environ 500.000 euros du Film Fund - et ce, sans contrat valable. Selon Guy Daleiden, la tâche de Thiltges était de nouer des contacts à l'étranger et d'assurer la promotion de films nationaux à l'étranger - en partie avec ou sans contrat. «Il a donné beaucoup d'explications à ce sujet, mais n'a jamais dit que ce qui s'était passé n'était pas très heureux. Comme toujours, il y a seulement des explications sur les raisons pour lesquelles cela s'est passé ainsi», critique Diane Adehm.

Guy Daleiden a toujours eu une explication pour tout. Pour lui, tout n'était pas si dramatique.

Diane Adehm, CSV

La loi de 2014 doit être revue

Lorsqu'on lui demande si elle assume les propos qu'elle a tenus sur RTL à propos de Guy Daleiden, la députée CSV se montre convaincue de son opinion. Elle s'y tient : Guy Daleiden fait ce qu'il veut. Selon elle, les exemples ne manquent pas. L'un d'entre eux : sur le site internet du Film Fund, la collaboratrice Karin Schockweiler est indiquée comme «directrice adjointe» du Film Fund. Un poste qui n'est pas inscrit dans la loi de 2014. Selon Guy Daleiden, il s'agit d'un règlement interne en cas d'absence. «Karin Schockweiler n'est pas une fonctionnaire. Elle ne peut pas simplement remplacer un fonctionnaire. Ce poste n'est tout simplement pas prévu par la loi. Le conseil d'administration laisse faire, sans rien dire», critique Diane Adehm.

Mais que va-t-il se passer maintenant avec le Film Fund, après la comparution de ses représentants devant la commission de contrôle budgétaire et financier ? «La loi doit être révisée. Et le Film Fund doit prouver qu'il prend au sérieux les propositions de la Cour des comptes et qu'il s'y tient depuis 2018. Jusqu'à présent, rien de concret n'a été présenté pour étayer cette thèse», déclare Diane Adehm.

«Daleiden est conscient qu'il n'est pas infaillible»

Le député DP André Bauler n'a pas ressenti la discussion avec le directeur du Film Fund de la même manière que Diane Adehm. Selon lui, il s'agissait d'un échange critique et honnête. «Guy Daleiden a exprimé devant la commission que tout ne s'était pas déroulé parfaitement et que l'on tirerait les leçons de différents processus. Il ne s'est pas entêté et il est conscient qu'il n'est pas infaillible», a commenté le député de la majorité à propos de l'intervention de Guy Daleiden lundi.

André Bauler n'admet pas que le directeur soit le seul décideur puissant du Film Fund, comme le prétendent les médias depuis des semaines. Le principe du double contrôle a été introduit et les recommandations de l'audit de 2018 ont été prises au sérieux. Même les factures de restaurant ou les frais de voyage doivent désormais être soumis à une procédure et approuvés à l'avance. «Guy Daleiden ne peut pas faire tout ce qu'il veut d'un point de vue purement légal. Il dispose certes de quelques libertés administratives en tant que directeur, mais il doit se conformer au budget et aux décisions du conseil d'administration», explique-t-il.

Il ne s'est pas entêté. Il est conscient qu'il n'est pas infaillible.

André Bauler (DP) à propos de Guy Daleiden

A la question de savoir si le Film Fund a permis une gestion «laxiste» de ses finances, André Bauler se montre indulgent. Selon lui, certaines choses pourraient être améliorées, mais affirmer que la gestion de ses propres finances a été «laxiste» ne peut pas être dit directement. «On ne peut pas non plus dire qu'il n'y a pas eu d'autocritique ou que l'on n'a pas suivi les recommandations», poursuit Bauler.

Deux associations revendiquent le fonds cinématographique

Outre le monde politique, deux associations de l'industrie cinématographique ont également réagi à l'affaire Film Fund. L'union luxembourgeoise de la production audiovisuelle (ULPA) ainsi que l'association luxembourgeoise des producteurs d'animation et d'expériences immersives (ALPA XR) ont annoncé la couleur dans un communiqué de presse commun deux semaines avant la comparution des représentants de Film Fund devant la commission compétente. Le compte rendu médiatique de l'affaire Film Fund ne repose pas sur des «analyses objectives et factuelles», mais semble «volontairement à charge», déplorent-ils. Pourtant, jamais le secteur cinématographique n'a connu un succès et une reconnaissance internationale comparables à ceux obtenus sous la direction de Guy Daleiden.

Michèle Bram (à gauche) et Guy Daleiden ont dû s'expliquer lundi devant la commission de contrôle budgétaire et financier sur les dysfonctionnements du Film Fund.
Michèle Bram (à gauche) et Guy Daleiden ont dû s'expliquer lundi devant la commission de contrôle budgétaire et financier sur les dysfonctionnements du Film Fund.
Photo: Luc Deflorenne

L'ALPA XR et l'ULPA se seraient certes penchées sur le rapport de la Cour des comptes, mais n'auraient pas constaté de «problèmes de fonctions» qui n'auraient pas été réglés dans les années postérieures à 2018 .

Mais ceux qui n'ont pas voulu s'exprimer publiquement lundi sur le Film Fund et le rapport spécial de la Cour des comptes sont les responsables eux-mêmes. Interrogé par le Luxemburger Wort, le directeur Guy Daleiden a refusé de réagir aux résultats du rapport spécial de la Cour des comptes. Dans un échange d'e-mails avec la rédaction, le directeur a critiqué le fait que celui-ci avait été «cloué au pilori» dans un article du Luxemburger Wort du 4 novembre 2022 et qu'il avait été victime d'«insinuations». Le président de l'association des producteurs de films Paul Thiltges, qui travaille depuis 2013 comme conseiller externe auprès du Film Fund, n'a pas non plus voulu s'exprimer sur les accusations de conflit d'intérêts auprès du Luxemburger Wort.

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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