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Le dossier Fage «reste problématique»
Luxembourg 3 min. 17.08.2020 Cet article est archivé

Le dossier Fage «reste problématique»

Si usine de yaourts Fage il doit y avoir, c'est sur la zone industrielle de Wolser qu'elle s'établira.

Le dossier Fage «reste problématique»

Si usine de yaourts Fage il doit y avoir, c'est sur la zone industrielle de Wolser qu'elle s'établira.
Photo: Lex Kleren
Luxembourg 3 min. 17.08.2020 Cet article est archivé

Le dossier Fage «reste problématique»

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
La ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg (Déi Gréng), ne cache toujours pas ses doutes sur la pertinence de l'installation de l'usine de yaourts grecs à Bettembourg. La partie publique de l'enquête commodo-incommodo vient, elle, de s'achever.

(pj avec Jacques GANSER) Se fera, ne se fera pas? Quatre ans que la question se pose quand revient dans l'actualité la proposition du groupe alimentaire Fage d'ouvrir un site de production au Luxembourg. Après avoir soulevé des tempêtes politiques, le dossier navigue en eaux plus calmes, le plus souvent à vents contraires. En effet, pour produire annuellement quelque 80.000 tonnes de yaourts grecs, l'usine a besoin d'eau. De beaucoup d'eau même, ce qui peut poser soucis. Tout comme le traitement de ces mêmes eaux, une fois le cycle de production achevé.

Ainsi dans un premier temps, est-il question d'un besoin de 2,2 millions de litres d'eau potable par jour. Un volume pouvant encore grimper ensuite pour se rapprocher des besoins d'une  ville de 18 000 habitants... Cet impact sur la ressource naturelle est bien évidemment remonté dans les remarques que le public était invité à noter dans le dossier commodo-incommodo présenté jusqu'au 10 août dernier.


Fage, une consultation au goût de polémique
Quatre ans qu'a été dévoilé le projet du fabricant de yaourts grecs de s'installer à Bettembourg. Le dossier arrive, enfin, à l'étape de la consultation publique. A chacun de se faire un avis sur les gages avancés par cette usine dont l'impact sur l'environnement est redouté.

Au total, seize avis ont été déposés à Bettembourg. Des particuliers comme des organisations environnementales comme le Mouvement écologique ou natur&ëmwelt. De plus le bourgmestre de Bettembourg, Laurent Zeimet (CSV), a lui aussi fait part de son avis sur l'éventuelle implantation de l'usine dans la zone industrielle Wolser. Ont aussi signé un commentaire les échevins Gusty Graas (DP) et Josée Lorsché (Déi Gréng), plus critiques. 

De son côté, le bourgmestre de Dudelange, Dan Biancalana (LSAP) se pose lui en soutien au projet. Et d'évoquer l'impact positif en termes d'emplois. Une centaine de postes pourraient en effet être créés à l'ouverture du site, le double par la suite. A l'heure où l'élu voit l'entreprise Guardian annoncer de sévères restructurations, de possibles embauches ne peuvent pas être repoussées.

Trouver des ressources de secours

La ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg (Déi Gréng) surveille toujours le dossier comme le lait sur le feu. La ministre verte talonne chaque avancée administrative. «Nous avons suivi le projet au sein du ministère de manière très critique», ne cache-t-elle pas avant d'ajouter : «Ce projet est et reste problématique en termes de consommation de ressources». 

Mais, à dire vrai, elle doit avouer que si le groupe Fage respecte la réglementation, rien ne pourra s'opposer à son investissement. Et le permis de construire devra lui être accordé.

Il faut que la politique d'implantation d'usines et les critères associés soient discutés au préalable avec le ministère de l'Economie. Sinon, la politique environnementale ne sera qu'une entreprise de réparation

Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement

En attendant, autour du projet, on s'organise. Notamment au SES, le syndicat des eaux du sud du pays, à qui il a été demandé s'il pouvait répondre aux besoins de Fage. Techniquement oui, mais la structure ne cache pas que lors de certains étés secs il faudra certainement avoir recours à d'autres réserves que les siennes, comme celles du syndicat voisin du Sebes. La construction d'une nouvelle station d'épuration, à Eschdorf, devant permettre le traitement des eaux usées produites par l'usine de yaourts. 

A l'heure actuelle donc, la ministre de l'Environnement l'admet : aucune disposition d'exclusion ne peut être retenue sur ce dossier. «Nous ne pouvons qu'exiger que les technologies les plus modernes soient utilisées et que les normes les plus strictes soient respectées, assure Carole Dieschbourg. Et c'est ce qui se passe.» Et l'écologiste de se retrouver en plein paradoxe : entre un gouvernement qui donnerait son aval à une usine hyper-assoiffée et qui, de l'autre, se voit dans l'obligation de demander à la population de restreindre sa consommation...

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