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Le covid n'aime ni le cuivre, ni la chaleur
Luxembourg 4 min. 26.05.2020

Le covid n'aime ni le cuivre, ni la chaleur

Avec son équipe pluridisciplinaire, le Pr Sengupta a déjà avancé dans la connaissance du virus.

Le covid n'aime ni le cuivre, ni la chaleur

Avec son équipe pluridisciplinaire, le Pr Sengupta a déjà avancé dans la connaissance du virus.
Photo : E. Duriez, Uni Luxembourg
Luxembourg 4 min. 26.05.2020

Le covid n'aime ni le cuivre, ni la chaleur

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Et encore moins les désinfectants classiques... A l'Uni, les équipes dirigées par le Pr Anupam Sengupta ont réussi à percer certains des secrets du virus. A commencer par sa résistance sur divers matériaux et sous certaines conditions.

Au Luxembourg, les travaux du Pr Anupam Sengupta figurent notamment parmi les projets financés par la Fondation Covid-19. Avec son équipe de scientifiques, il étudie le comportement des systèmes vivants aux changements de leur environnement. Et donc forcément, depuis quelques semaines, les interactions entre le virus et les matériaux sont scrutées sous les microscopes des laboratoires de l'Université de Luxembourg.

Le virus Covid-19 ne meurt pas directement au contact de l'air libre, n'est-ce pas?

Dr Anupam Sengupta : «En raccourci, non. Pour être correct, il faudrait reformuler la question car nous associons la mort à quelque chose de vivant, mais les virus sont des systèmes "non vivants". Il s'agit d'entités biochimiques passives. Il convient donc de plutôt s'interroger sur la "stabilité" des particules virales. Et là, cela dépend beaucoup des conditions ambiantes (humidité, température, présence de produits chimiques ou ions) auxquelles les virus peuvent être exposés. 

Photo: ScienceRELATIONS, sciencerelations.de

A l'Uni, nous avons observé que cette viabilité du virus dépendait aussi des surfaces sur lesquelles le virus existait ou qu'il contaminait. Ainsi, le SARS-CoV-2,  virus responsable du covid-19, peut rester stable et viable à l'air libre pendant une période allant de quelques minutes à quelques jours. Des études récentes ont indiqué que ce virus s’affaiblissait en étant exposé à des températures élevées.


Wirtschaft, Handwerksunternehmen gehen kreativ mit Krise um: Schneiderei Eva Ferranti, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
Les dons affluent pour lutter contre le covid-19
A peine lancée, la Fondation covid-19 a déjà bouclé plusieurs projets grâce aux 500.000 euros récoltés au Luxembourg.

Si à 4°C, le virus du SRAS-CoV-2 peut être stable pendant deux semaines, à 70°C il devient inactif en cinq minutes à peine. Cette sensibilité thermique pourrait expliquer la propagation rapide et massive sur le continent européen à la fin de l'hiver et au début du printemps, contrairement à certaines régions plus chaudes du globe.

Au quotidien, quelles sont les surfaces les plus propices au virus?

«D'abord, aucun matériau n'est incompatible avec le virus qui peut donc se poser partout et tout contaminer. Mais oui, des différences existent entre les surfaces. Par exemple, les particules virales du SARS-CoV-2 pouvant contaminer du plastique ou de l'acier inoxydable restent viables jusqu'à 7 jours après une première exposition. Même constat pour la couche extérieure d'un masque chirurgical contaminé. Sur du bois traité (comme celui de nos meubles) ou certains textiles, la stabilité virale a pu être encore constatée après deux jours, voire quatre jours sur du verre ou le papier des billets de banque.

A contrario, sur du cuivre, cette durée est bien plus courte, à peine 4 heures. Sur du carton, aucun SARS-CoV-2 viable n'a pu être mesuré au bout de 24 heures. Un temps réduit à même 3 heures pour les papiers de soie et papiers imprimés. 


A medical worker takes a swab sample from a man to be tested for the COVID-19 novel coronavirus in Wuhan, in China�s central Hubei province on May 14, 2020. - China has largely brought the virus under control, but the emergence of new cases in Wuhan in recent days, after weeks without fresh infections, has prompted a campaign to test all 11 million residents in the city where COVID-19 first emerged late last year. (Photo by Hector RETAMAL / AFP)
Le virus pourrait ne jamais disparaître
Le coronavirus pourrait devenir une maladie avec laquelle l'humanité devra apprendre à vivre, a averti l'Organisation mondiale de la santé, alors que le bilan mondial s'approche ce jeudi des 300.000 morts.

Attention, ces durées n'indiquent ni ne mesurent les chances d'un être humain de contracter le virus lors d'un contact occasionnel avec ces surfaces. En outre, les études ont été menées dans des conditions de laboratoire contrôlées. Dans l'environnement quotidien, les données peuvent considérablement varier.  

Quel point positif ressortir de vos études?

«Le CoV-2 du SRAS est sensible aux désinfectants les plus courants, y compris les méthodes de désinfection à base d'alcool ou de tensioactifs. Aussi, est-il simple de mettre en place des protocoles d'hygiène personnelle ou pour l'ensemble de la société (nettoyage des transports en commun notamment). Ces règles vont s'avérer facilement efficaces pour venir à bout du virus sur des supports potentiellement contaminés.

Donc à ce jour, nous nous appuyons toujours sur les méthodes de désinfection standard pour éliminer les virus des surfaces couramment utilisées, compris la peau.

Le scientifique que vous êtes a-t-il particulièrement peur du covid-19?

«Il faut admettre que le covid-19 est spécial : ce virus a lancé un défi inédit à l'humanité. Mais chaque jour qui passe, nous en apprenons davantage sur ses implications sur la santé. Il est donc de la plus haute importance qu'à l'échelle mondiale les scientifiques échangent leurs conclusions.

Bien que je ne craigne pas la crise covid-19 actuelle, je suis extrêmement prudent quant à ses développements. Ces 8 à 10 dernières semaines ont fondamentalement changé notre façon de vivre et d'interagir avec les gens dans toutes les sphères de la vie. Heureusement, l'arrivée d'un vaccin n'est qu'une question de temps. Et sa diffusion auprès de tous signifiera le retour à l'existence d'avant.


This video grab taken on May 18, 2020 from the website of the World Health Organization shows Chinese President Xi Jinping delivering a speech via video link at the opening of the World Health Assembly virtual meeting from the WHO headquarters in Geneva, amid the COVID-19 pandemic, caused by the novel coronavirus. - The World Health Organization on May 18 kicked off its first ever virtual assembly, but fears abound that US-China tensions could derail the strong action needed to address the COVID-19 crisis. (Photo by - / World Health Organization / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / WORLD HEALTH ORGANIZATION" - NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
Xi Jinping promet un vaccin contre le covid
Accusée par l'administration Trump d'avoir tardé à réagir, la Chine a promis lundi par la voix de son président de partager un éventuel vaccin et d'allouer 2 milliards de dollars au combat mondial contre la maladie.

D'ici là, nous devrions profiter de la situation pour redéfinir nos priorités et réorganiser notre mode de travail. Car le phénomène qui, si j'ose dire, me donne des cauchemars est l'accélération du changement climatique. Sans détermination ferme des Etats, sens de l'urgence et coordination internationale rapide, là il y aura une crise que nous ne parviendrons plus à maîtriser d'ici peu.»


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