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Le covid grignote la marge de manœuvre des ONG
Luxembourg 1 8 min. 27.08.2020 Cet article est archivé

Le covid grignote la marge de manœuvre des ONG

Des files d'attente plus longues, des formations plus courtes, le respect des gestes barrières... le covid-19 a lourdement impacté le travail des ONG sur le terrain.

Le covid grignote la marge de manœuvre des ONG

Des files d'attente plus longues, des formations plus courtes, le respect des gestes barrières... le covid-19 a lourdement impacté le travail des ONG sur le terrain.
Photo: Croix -Rouge Luxembourg
Luxembourg 1 8 min. 27.08.2020 Cet article est archivé

Le covid grignote la marge de manœuvre des ONG

Maurice FICK
Maurice FICK
La pandémie a chamboulé leur travail mais les ONG luxembourgeoises poursuivent la plupart de leurs projets à l'étranger. Contraintes de s'adapter pour pérenniser leurs activités, elles sont inquiètes face à la baisse des dons privés.

Le pays compte tous les jours des cas supplémentaires de covid-19 et non loin de ses frontières, ses voisins européens craignent un rebond de la pandémie. Mais depuis leurs bureaux luxembourgeois, les ONG qui œuvrent dans l'aide internationale et le développement sont tournées vers l'Amérique latine, qui est devenue en peu de temps la région la plus touchée de la planète, l'Afrique, qui redoute un «pic» en septembre et l'Asie du Sud-Est qui totalise plus de 4 millions de cas.

Alors que le Luxembourg s'est engagé à soutenir l'aide d'urgence apportée à Beyrouth, ses ONG s'évertuent à mener à bien les projets dans lesquels elles se sont engagées aux quatre coins du monde. Avec la grande difficulté supplémentaire que représente le coronavirus et toutes les précautions sanitaires qu'il impose. «On ne s'est pas arrêté de travailler mais on travaille plus lentement. Car sur le terrain il y a beaucoup d'interactions avec les gens et donc beaucoup de risques potentiels d'attraper le virus», explique Rémi Fabbri, directeur de l'aide internationale de la Croix-Rouge luxembourgeoise.  


Experte pour construire des abris d'urgence, notamment sur le continent africain, la Croix-Rouge luxembourgeoise mobilise aujourd'hui «moins de monde pour accueillir les gens alors que les files sont plus longues», rapporte Rémi Fabbri. Concrètement, «les équipes sont davantage séparées pour monter les tentes» et «les formations ne durent plus qu'une demi-journée au lieu d'une». 

Une nouvelle organisation qui aura pour conséquence de «devoir réduire la voilure. Au Sud-Est du Niger par exemple, où les besoins sont immenses, on ne construira que 1.000 ou 1.500 shelters sur les 3.000 prévus», assure le directeur. Sur la quinzaine d'expatriés que compte son service, «plus des trois quarts ont décidé de rester sur le terrain. D'autres sont partis car dans certains pays, comme au Niger en proie à de fortes violences, le virus était directement lié aux expatriés dans la tête des gens». 

Une faille stratégique qui se paiera

Venant en aide aux victimes de catastrophes naturelles et de conflits dans une vingtaine de pays, Caritas Luxembourg doit gérer une centaine de projets alors que tous ses expatriés - sauf un qui n'a pu quitter le Laos - sont rentrés au Grand-Duché. Outre de lourdes difficultés administratives, comme le rapatriement de documents ou d'audits, «on ne peut pas voyager, c'est «le» grand problème actuellement. Nous avons un plan de voyages pour octobre pour nos personnels, qui vont la moitié du temps sur le terrain depuis le Luxembourg. Mais nous devrons peut-être l'annuler aussi», avoue Michaël Feit.

Rémi Fabbri, directeur de l'aide internationale de la Croix-Rouge luxembourgeoise: «Nous allons devoir réduire la voilure pour certains projets».
Rémi Fabbri, directeur de l'aide internationale de la Croix-Rouge luxembourgeoise: «Nous allons devoir réduire la voilure pour certains projets».
Photo: Croix-Rouge Luxembourg

Le directeur de Caritas coopération internationale explique que les mesures liées au covid-19 représentent «une nouvelle activité». Il cite l'exemple des camps de réfugiés syriens de la région de la région d'Idlib où Caritas fournit nourriture et abris: «Beaucoup sont touchés par le virus, de sorte que la santé est devenue le souci prédominant. Cela n'a pas d'impact sur notre projet mais surgissent d'autres demandes, d'autres défis». Pour le moment «tout va bien», reconnaît-il mais «le travail de soutien stratégique de l'expatrié manque. Une facture que nous paierons probablement dans les six mois à venir».  

L'ONG Frères des Hommes qui mène des projets de développement en agro-biologie au Burkina Faso, au Sénégal et en Amérique latine n'a pas ce souci: «Tous nos projets sont gérés par des associations locales, des communautés villageoises. Et je suis bien contente que nous n'ayons pas d'expatriés sur le terrain. C'est plus efficace et plus pérenne», relève Marie Dussart, responsable des projets en Afrique de l'Ouest. Elle ne cache pas que l'ensemble des projets ont été ralentis ou retardés, de sorte que «nous avons accumulé quelques mois de retard» mais «aucun de nos projets n'est remis en question».

Au camp de réfugiés de Kakuma au Kenya, Aruwa, 6 ans, apprend les bons gestes du lavage des mains avec Stella, la kinésithérapeute de Handicap International qui s’occupe d’elle tout au long de l’année pour sa malformation au genou.
Au camp de réfugiés de Kakuma au Kenya, Aruwa, 6 ans, apprend les bons gestes du lavage des mains avec Stella, la kinésithérapeute de Handicap International qui s’occupe d’elle tout au long de l’année pour sa malformation au genou.
Photo: © Handicap International / Mai 2020

Même son de cloche du côté de Handicap International Luxembourg qui apporte de l'aide humanitaire dans quinze pays et mène des projets de développement dans dix. Après une diminution de près de 60% des activités en mars, l'organisation a réussi à «développer des réponses spécifiques covid. Nous sommes maintenant revenu à un niveau normal, voire supérieur, car nos équipes ont adapté leurs projets sur le terrain», assure Martin Lagneau. Le  directeur de Handicap International se dit préoccupé par la crise mondiale généralisée, l'explosion de la pandémie dans le Sud et «s'inquiète beaucoup» de l'arrêt forcé de toute une série d'activités.

«Un peu peur de donner»  

A commencer par les 1.000 kilomètres d'Hesperange qui ne se sont pas déroulés pour la première fois en juillet. La course caritative permet de collecter près de 5.000 euros chaque année. L'annulation de toutes les courses scolaires au profit de l'ONG créera un trou de 60.000 euros ! Pire «nous avons dû mettre totalement en stand-by toutes nos collectes de rue et nous n'envisageons pas de les réactiver», explique Martin Lagneau. 

Le fait de ne pas aller à la rencontre de nouveaux donateurs potentiels «va générer une absence de dons mensuels à partir de 2021», estime-t-il. Des dons essentiels pour toutes les ONG qui permettent, en moyenne, de financer 20% de leurs projets.

Dans la foulée de la pandémie naissante, «une certaine proportion du public a eu un peu peur de donner», reconnaît Rita Krombach, vice-présidente de la Croix-Rouge. Manne annuelle, le «mois du don» - qui représente 20% des dons privés pour la Croix-Rouge, n'a pu être mené à bien en avril par les bénévoles. Conséquence: au lieu d'un million d'euros collectés d'ordinaire par le porte-à-porte, «nous n'en avons récolté que la moitié par des virements cette année», confesse Rita Krombach.

Un message vidéo pour plus de solidarité

Dans une vidéo publiée fin juillet, treize ONG de développement luxembourgeoises dont Frères des Hommes mais aussi partage.lu, la Fondation Chrëschte Mam Sahel ou Aide à l'Enfance de l'Inde et du Népal ont tenté de visualiser «le besoin de solidarité internationale en ces temps de pandémie mondiale». 

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

La vidéo montre comment ces ONG et leurs partenaires de terrain dans le Sud font face à la pandémie dans les sociétés les plus pauvres et les plus vulnérables. L'objectif est d'inciter les donateurs, fidèles et potentiels, à ne pas oublier les plus vulnérables à l'autre bout du monde. Car «en tant que société mondiale, nous dépendons les uns des autres. Tous et toutes sont interconnectés», dit le message. 

Les ONG appelant à l'action pour «créer un monde dans lequel chacun peut vivre dans la dignité et le respect mutuel, sans laisser personne de côté». Le même message que martèle la ministre Paulette Lenert, depuis le début de la crise au pays.

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