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Le couvre-feu cible de bien des critiques
Luxembourg 3 min. 11.05.2021

Le couvre-feu cible de bien des critiques

La semaine passée, la police grand-ducale a encore verbalisé 170 personnes ne respectant pas les horaires du couvre-feu.

Le couvre-feu cible de bien des critiques

La semaine passée, la police grand-ducale a encore verbalisé 170 personnes ne respectant pas les horaires du couvre-feu.
Photo : dpa
Luxembourg 3 min. 11.05.2021

Le couvre-feu cible de bien des critiques

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Instaurée voilà plus de six mois au Luxembourg, l'interdiction de sortie nocturne a-t-elle encore un sens ? Le gouvernement affirme que oui, le CSV et la Commission des droits de l'homme s'opposent à sa reconduite.

C'était le 23 octobre 2020; le Luxembourg était alors en pleine remontée des infections. Une deuxième vague galopant au rythme de 400 nouveaux cas covid+ dépistés chaque jour. Mi-mai 2021 approche, et le couvre-feu reste toujours d'actualité. Ce qui était une première depuis la Seconde Guerre mondiale, est devenu une sorte de routine. D'ailleurs, le gouvernement n'entend pas s'en passer pour les semaines à venir. Tout juste avance-t-il dans son nouveau projet de loi un changement d'horaires. A compter du 16 mai, le couvre-feu ne débuterait plus qu'à minuit (contre 23h actuellement) pour s'achever à 6h du matin.


Encore trop de monde dans les allées de la Kinnekswiss
Vendredi en début de soirée, la police est à nouveau intervenue dans le parc de la capitale pour disperser des groupes de jeunes réunis là. Une habitude loin de plaire aux autorités.

Mais la mesure passe de moins en moins. Les envies de sorties nocturnes semblant prendre le pas sur la discipline sanitaire qui s'est imposée depuis six mois. Les jours allongeant, bars et restaurants se rouvrant partiellement, l'été approchant : le pays piaffe de retrouver une vie en soirée en dehors de chez soi. Pour les contrevenants, la police veille encore en agitant le risque des 135 euros d'amende, mais la lassitude est perceptible jusque dans les rangs politiques. Quand ce ne sont pas les Pirates qui dénoncent le dispositif lors de leur dernier congrès, ce sont les dirigeants du CSV qui en demandent l'abrogation.

Lundi, c'est aussi la Commission consultative des droits de l'homme (CCDH) qui a fait part de ses doutes. En commentant le projet de loi (qui passera à la Chambre vendredi), les auteurs de l'avis ont à nouveau adressé un coup de griffe à cette «restriction sévère». Et de réclamer la levée pure et simple de l'interdiction d'aller et venir à toute heure. «La nécessité de conserver le couvre-feu ne peut pas être justifiée», écrit même la CCDH.

Dernièrement pourtant, Xavier Bettel défendait encore la mesure. Le Premier ministre insistant même bien : «Le couvre-feu est plus efficace pour limiter la propagation du virus que la fermeture des écoles». Des preuves, réclame la Commission des droits de l'homme. Le gouvernement a bien fourni dans son argumentaire une étude européenne de mars 2021 pour justifier sa position mais la CCDH n'y trouve aucune conclusion aussi tranchée. Au mieux, on y parle d'«effets modérés».

Allant même dans le sens de la fin du couvre-feu, un passage de l'étude en question est relevé. Celui où il est dit que télétravail et respect des gestes barrières sont bien plus efficaces pour freiner l'épidémie que le retour à la maison imposé en début de soirée. Et toc! Aussi, estime la Commission, vu «la difficulté à prouver avec certitude l'efficacité d'une telle mesure et en l'absence de consensus scientifique», il serait préférable de ne plus imposer à la population d'interdiction de sorties nocturnes. 

Mais pas certain que le gouvernement de Xavier Bettel accepte d'entendre ces arguments. Le report d'une heure n'avait été justifié par le Premier ministre et la ministre de la Santé que pour deux buts : permettre l'organisation d'événements culturels tests et assurer un semblant de normalité au fonctionnement des cafés-restaurants devant reprendre une partie de leur activité à compter du 16 mai prochain.

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