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«Le Conseil d'Etat n'a jamais autant agi»
Luxembourg 6 min. 04.01.2021

«Le Conseil d'Etat n'a jamais autant agi»

Pour Agnès Durdu, présidente du Conseil d'Etat, «il ne faut pas que le Luxembourg s'arrête de vivre».

«Le Conseil d'Etat n'a jamais autant agi»

Pour Agnès Durdu, présidente du Conseil d'Etat, «il ne faut pas que le Luxembourg s'arrête de vivre».
Photo : Anouk Antony/archive
Luxembourg 6 min. 04.01.2021

«Le Conseil d'Etat n'a jamais autant agi»

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Chaque épisode covid impose son lot de changements législatifs, et à chaque fois les «Sages» se doivent de rappeler au gouvernement et aux députés les limites fixées par la Constitution. Un travail bousculé par le rythme de la crise sanitaire.

A 164 ans, le Conseil d'Etat luxembourgeois a terminé 2020 au sprint. Et 2021 devrait redémarrer sur le même rythme. «C'est clair que notre travail d'analyse a pris la forme d'une course contre-la-montre ces derniers mois», sourit Agnès Durdu (DP). Mais pas question pour la présidente de l'institution (depuis avril 2019) de se plaindre de cette cadence imposée par l'indispensable adaptation du pays pour lutter contre les effets de l'épidémie covid. «Il faut juste garder la tête froide même lorsque l'on nous demande des avis au sprint.»

Le travail du Conseil d'Etat d'étudier les propositions de changements législatifs réclame habituellement du temps...

Agnès Durdu : «C'est clair mais si le Conseil d'Etat avait pris son temps, cette 'lenteur' aurait mis dans l'embarras le gouvernement. Pire, cela aurait pu nuire à l'ensemble du Luxembourg, à savoir ses citoyens, ses entreprises, ses administrations. Aussi, dès le début de la crise, les dossiers covid qui arrivaient sur le bureau ont bénéficié d'un traitement non seulement prioritaire mais ultra-rapide. L'idée était de ne pas entraver la bonne marche du pays déjà perturbée par ce virus.


Le Conseil d'Etat allié (inattendu) des discothèques
La vénérable institution ne s'oppose pas à une possible réouverture des boîtes de nuit. Par contre, les établissements devront veiller à ce que personne ne danse lors des soirées.

Les conseillers ont donc toujours réagi et agi au plus vite. Et l'effort a été constant car les hauts et les bas de la crise ont chaque fois été marqués par la mise en oeuvre de nouvelles mesures. Un nombre de textes proposés inédits en ampleur, et sur lesquels, systématiquement, nous avons apporté notre analyse.

Cette pression a-t-elle pu être préjudiciable à l'activité des  «Sages»?

«Il ne faut pas avoir honte de l'admettre, mais nous avons sans doute laissé passer certaines imperfections dans les textes qui nous ont été soumis. Nous ne sommes pas au-dessus d'une possible erreur d'appréciation. Nous en avons conscience, et chacun de nos avis portait d'ailleurs cette introduction : 'Au vu de l'urgence, nous émettons une réserve...' quand il s'est agi de répondre en 24 ou 48 heures par exemple. Les membres ont fait leur travail d'analyse, de rapprochement par rapport aux limites fixées par la Constitution, de comparatif avec ce qui pouvait être proposé dans les Etats voisins pour éclairer au mieux les décideurs politiques.


Agnès Durdu findet es richtig, dass der Ausnahmezustand sofort um drei Monate verlängert wurde und schließt nicht aus, dass nach dessen Ende, falls nötig, ein zweiter Notstand ausgerufen werden könnte.
«Personne ne doit mettre la société en danger»
Les dossiers traitant du covid-19 sont aujourd'hui une priorité absolue du Conseil d'Etat. Agnès Durdu, sa présidente, n'exclut pas l'instauration d'un nouvel état de crise si la situation sanitaire le commande.

Car le plus important dans le travail du Conseil d'Etat ce n'est pas tant ses avis que les motivations qui les accompagnent. Quand nous avions un doute sur une mesure, même dans l'urgence, nous avons fait l'effort de toujours donner des explications ou d'introduire de nouvelles pistes d'action. Et une des satisfactions a été de constater que la Chambre des députés a très souvent suivi nos recommandations.

Cette période législative a été marquée notamment par la mise en oeuvre de l'état de crise pendant trois mois ou l'introduction d'un couvre-feu. Du jamais-vu depuis la Seconde Guerre mondiale.

«Et là encore, le Conseil d'Etat a dû apprécier la justesse de ces choix. N'était-ce pas excessif? Cela n'allait-il pas nuire au fonctionnement démocratique de notre pays? Ce même cas de conscience se posait aux membres du Conseil quand il s'agissait d'analyser un texte touchant aux libertés fondamentales de chacun. Restreindre les mouvements d'une population, lui imposer un nombre d'invités à la maison, interdire le droit de réunion ou imposer l'hospitalisation forcée : si nul ne contrôle ce droit, c'est de la dictature.


"Wir hatten den Andrang in den Supermärkten und den Weihnachtstrubel in der Tat unterschätzt", sagt Gesundheitsministerin Lenert.
Des mesures «drastiques», mais «toujours proportionnées»
Paulette Lenert (LSAP) était en poste depuis moins d'un mois lorsqu'elle a dû gérer la plus grande crise sanitaire que le pays ait connue ces dernières décennies. Retour sur la gestion d'une année extraordinaire.

Parmi les choix difficiles qui ont dû être faits, restreindre la vie culturelle ou sportive a été un crève-cœur mais en notre âme et conscience, compte tenu des textes qui régissent notre Etat et en raison de la nécessité d'agir face à l'épidémie, il a fallu donner notre aval à ce type de mesures. Le tout étant qu'à chaque fois, soient bien introduites dans le texte les modalités d'application de ces restrictions et la possibilité rapide d'en sortir.

En tant que présidente, comment qualifieriez-vous le travail de l'équipe?

«Que ce soit les 21 conseillers ou l'administration, chacun a agi avec une efficacité incroyable. Cela alors que, comme pour le reste de la société, nous étions tous soumis à des nouvelles contraintes organisationnelles. Le Conseil d'Etat a prouvé sa fiabilité, et j'en suis fière. Nos commissions ou les réunions plénières se sont adaptées à la visioconférence. Nos plénières qui se tenaient jusqu'alors à raison d'une réunion deux fois par mois ont vu leur rythme passer à deux fois par semaine pour être certain que les avis soient dictés et transmis à la Chambre dans les meilleurs délais. 

Et jamais le gouvernement ne vous a fait part d'une quelconque irritation ces derniers mois, sachant que l'indispensable passage par le Conseil d'Etat pouvait freiner ou restreindre la mise en place des mesures proposées? 

«Les pouvoirs sont séparés et la pression de cette crise n'y a rien changé. Je crois que nous étions (et sommes encore) tous dans le bon état d'esprit et que le focus était mis sur comment agir au mieux face à cette crise inédite par ses aléas, et par les adaptations qu'elle imposait. Il a fallu réagir vite et en tous domaines, côté santé, économie, social, justice autant que finances. Le Premier ministre et ses ministres ayant leurs points de vue, et le Conseil d'Etat une ligne à faire respecter, mais il n'y a pas eu de conflit. 


Le Conseil d'Etat allié (inattendu) des discothèques
La vénérable institution ne s'oppose pas à une possible réouverture des boîtes de nuit. Par contre, les établissements devront veiller à ce que personne ne danse lors des soirées.

Nous avons même apprécié le souci pédagogique dont a fait preuve le gouvernement à plusieurs reprises à notre égard. Comme quand le gouvernement a invité le bureau du Conseil d'Etat pour l'informer de ses motivations à la veille de placer le pays sous confinement général, ou à l'occasion de deux rencontres avec la ministre de la Santé pour évoquer les lois covid. Chacun est resté à sa place et a tenu son rôle, signe que nos institutions sont fortes.

 Comment voyez-vous les mois à venir?

«Du point de vue du Conseil d'Etat, nous savons que le temps va encore être compté quand on nous sollicitera. A l'exemple de ce qu'il faudra envisager après le 10 janvier, date de fin de certaines restrictions en cours. Mais surtout il ne faut pas que le Luxembourg s'arrête de vivre, que les habitants retrouvent la faculté d'agir à leur guise mais aussi que les changements législatifs qui impactent le pays ne se limitent pas aux seules réactions face au coronavirus. Un pays qui vit est un pays dont les lois bougent pour répondre à tous les défis d'aujourd'hui et de demain dans tous les domaines.»

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