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«Le compromis a toujours été la norme au Luxembourg»
Luxembourg 5 min. 03.07.2020

«Le compromis a toujours été la norme au Luxembourg»

La première tripartite au Luxembourg date de 1977 au moment de la crise de la sidérurgie.

«Le compromis a toujours été la norme au Luxembourg»

La première tripartite au Luxembourg date de 1977 au moment de la crise de la sidérurgie.
Source: Jean Weyrich/Photothèque de la ville de Luxembourg
Luxembourg 5 min. 03.07.2020

«Le compromis a toujours été la norme au Luxembourg»

Eddy RENAULD
Eddy RENAULD
Ce vendredi, gouvernement, patronat et syndicats sont amenés à se réunir pour évoquer l'après covid-19 lors d'une tripartite. Une première pour les partenaires sociaux depuis la décennie 2010. L'occasion d'aborder le dialogue social au pays en compagnie de Franz Clément, chercheur au Liser.

Après une mise entre parenthèses de plusieurs années, une nouvelle tripartite se tient ce vendredi. Quel est l'objectif de ce dispositif qui illustre le dialogue social à la luxembourgeoise? 

Franz Clément: «Les premières réunions du comité de coordination tripartite ont été mises en œuvre en 1977 suite à la grave crise sidérurgique qui risquait d'ébranler la société luxembourgeoise. Je constate qu'en cas de coups durs, les gens ont tendance à se serrer les coudes. Depuis les années 2010, la tripartite était cliniquement morte même si la crise financière de 2008 est passée par là. Au point qu'il y a eu très peu de réunions entre les différents partenaires sociaux au cours des dix dernières années.  

Franz Clément est chercheur en sciences sociales au Luxembourg Institute of Socio Economic Research.
Franz Clément est chercheur en sciences sociales au Luxembourg Institute of Socio Economic Research.
Crédit: Liser

Durant cette crise sanitaire, les syndicats ont fait le forcing pour renouer avec le dialogue. C'est peut-être un aspect positif de cette pandémie. A la décharge des autorités, il faut reconnaître que l'impact de la crise sanitaire était imprévisible et les pouvoirs publics ont dû prendre des mesures dans l'urgence

Pourquoi, au cours de la décennie écoulée, les accords sociaux ont-ils été difficiles à trouver? 

«Il y a eu des problèmes au sein du Conseil économique et social (l'instance consultative permanente du gouvernement en matière d'orientation économique et sociale du pays, ndlr). Notamment en raison de la mise en place, par le patronat, d'une politique de la chaise vide. Ce qui a abouti au fait qu'il n'y a pas eu d'avis communs depuis bien longtemps. 


Für Nicolas Buck und die UEL muss die Arbeitsmarktpolitik ganz oben auf die Agenda der Tripartite.
«La crise actuelle va bien au-delà de la pandémie»
Nicolas Buck, le président de l'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL), livre ses sentiments avant la tripartite de vendredi. Le «patron des patrons» insiste sur «le monde du travail de demain», des compétences à acquérir et dénonce à nouveau «les lourdeurs administratives».

Comment expliquez-vous cette attitude patronale?

«Il y avait de trop grandes divergences de points de vue avec les syndicats. C'était une manière inhabituelle de procéder car le compromis a toujours été la norme en vigueur au Luxembourg. Je pense aussi que la crise financière a aiguisé les points de vue de chacun. La grosse manifestation organisée conjointement par l'OGBL, la LCGB et la CGFP en novembre dernier a poussé le patronat à revenir à la table des négociations. Fort heureusement, les choses rentrent à présent dans l'ordre.

Quelles étaient les principales raisons des divergences entre partenaires sociaux?

«J'en vois deux pour expliquer l'absence d'accords. La première concerne la santé financière du pays. Économiquement, le Luxembourg ne se porte pas trop mal, les revendications ne sont donc pas très nombreuses. La seconde tient dans l'arrivée d'entreprises non luxembourgeoises dans le pays. Ces nouvelles sociétés ne possèdent pas cette culture sociale dans leurs gènes, comme l'indique le fait que certains salariés ont dû signer dans leur contrat de travail une clause indiquant que tout litige serait traité non par la justice luxembourgeoise, mais par la justice américaine.  


Politik, CGFP, LCGB, OGBL Protestkundgebung, Boycott Patronal du Dialogue Social, Wolff Romain, Patrick Dury et André Roeltgen   Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Démonstration de force réussie
OGBL, LCGB et CGFP ont réussi à unir leurs forces, mardi soir. Plus de 1.500 personnes se sont rassemblées pour marquer leur opposition au souhait patronal d'abandonner le Comité permanent du travail et de l'emploi, et plus largement remettre en cause le dialogue social.

Pensez-vous que la tripartite va à nouveau être plus utilisée après la crise liée au covid-19?

«Avec le recul, la tripartite a démontré que le dialogue social fonctionne en temps de crise. Nous n'avons pas encore une idée exacte des conséquences économiques et sociales de la pandémie mais j'ai le sentiment que cet échange entre les différents partenaires va se renforcer au fil des mois.

Dans votre ouvrage, vous consacrez une partie de votre analyse aux frontaliers et leur implication dans les institutions syndicales du pays. Quel constat dressez-vous?

«Lors des dernières élections à la Chambre des salariés (CSL), le taux de participation général était en diminution. Paradoxalement, le nombre d'élus frontaliers a lui augmenté. La courbe s'est donc inversée. Sur les 60 élus, on retrouve 17 non-résidents dont neuf Belges, cinq Français et trois Allemands. Certes, ce chiffre reste peu élevé et ne représente pas proportionnellement le nombre de frontaliers salariés au niveau du pays, à savoir un peu moins de 50% des salariés du Grand-Duché.  


Lokales,  Illustration, Covid 19, Corona- Krise, Lycée technique arts et métiers, Schulanfang mit Regeln,  Lockerung der Ausgangsbeschränkung, Einschränkung, Kontaktbeschränkung, Ateliers Schweisser und electro Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
La Chambre des salariés redessine la reprise
En proposant 17 mesures, l'instance entend ouvrir des pistes au gouvernement pour de futures réformes. Des gestes permettant non seulement la relance économique du pays mais aussi un renforcement du pouvoir d'achat des ménages.

Avez-vous une explication à ce paradoxe? 

«Le système de vote. Les salariés reçoivent leur bulletin par courrier à leur domicile. Ils ne connaissent pas le rôle exact que joue la CSL. Il faut savoir que cette dernière est une institution qui permet d'émettre des avis sur les projets de loi discutés à la Chambre des députés. La CSL a donc un certain poids sur le système législatif. Autre inconvénient, l'élection se fait à la proportionnelle. Un système qui ne ressemble pas à celui qui est en vigueur en Belgique alors qu'en France, c'est un système majoritaire qui est de mise. Enfin les listes qui sont soumises au vote sont composées par les syndicats. Si le vote est ouvert à tout le monde, que l'on soit affilié ou pas, il s'assimile parfois à un jeu de hasard. On retrouve sur ces listes aussi bien un Dudelangeois qu'un citoyen du nord. Les gens sont amenés à voter pour des personnes qu'ils ne connaissent pas.»  

Le Dialogue social au Luxembourg. Acteurs, institutions et procédures, Franz Clément, Editions Larcier 2020, 188 pages.

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