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«Le chanvre, c'est toute ma vie»

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«Le chanvre, c'est toute ma vie»

«Le chanvre, c'est toute ma vie»

«Le chanvre, c'est toute ma vie»


par Sophie WIESSLER/ 27.06.2019

Photo: Lex Kleren

Alors que le gouvernement planche encore sur une législation du cannabis récréatif pour tous les résidents du Luxembourg, un producteur exerce déjà dans le nord du pays depuis près de 20 ans. Rencontre avec Norbert Eilenbecker, accro à cette plante «miracle».

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Norbert, le passionné
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Photo: Lex Kleren

Sur les hauteurs de Kalborn, il est presque difficile de s'en rendre compte; pourtant c'est ici, tout au nord du Luxembourg, que 14 hectares de chanvre s'étendent à perte de vue, dans cette petite section de commune de Clervaux. Depuis 23 ans, Norbert Eilenbecker cultive cette plante, avec amour et surtout passion.

«Je suis fasciné par elle», glisse-t-il dès notre arrivée devant ses champs, d'un vert très vif. Cet ancien producteur laitier a rapidement remplacé les vaches par les fleurs et les plantes; seule trace de ce passé, son étable, qu'il désigne d'un geste las de la main lorsqu'il se rend dans ses prés.

«C'est presque criminel de ne pas se servir du chanvre», explique Norbert Eilenbecker
«C'est presque criminel de ne pas se servir du chanvre», explique Norbert Eilenbecker
Photo: Chris Karaba

Depuis deux décennies, toute sa vie tourne autour du chanvre industriel, qu'il exploite dans sa commune natale. Le déclic se fait en 1996, lorsque la loi luxembourgeoise autorise l'exploitation de cette plante: Norbert cherche alors un projet innovant et décide de se lancer, d'abord avec un seul hectare, puis douze. 

«Nous étions les seuls à nous intéresser au CBD à l'époque», explique-t-il.

Rien d'illégal dans cette démarche: le chanvre industriel exploité ici par l'agriculteur sert avant tout à produire des huiles, du thé ou encore de la moutarde. Et ne dépasse pas la limite européenne de 0,3% fixée pour le taux de tétrahydrocannabinol, dit «ThC», cette molécule à l'origine des effets psychédéliques de la drogue.


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Associé avec André Steinmetz, ils créent la firme «Cannad'Our», qui propose donc toutes sortes de produits à base de chanvre. «On peut faire tant de choses avec cette plante, c'est limite criminel de ne rien en faire», souligne celui qui en consomme lui-même pour calmer son arthrose à l'épaule.

Si l'homme d'un certain âge ne ressemble pas tout à fait à Walter White, les machines qui l'entourent dégagent cette ambiance «Breaking Bad»: des sifflements, de nombreux liquides se mélangeant, des chocs de verre et de pipettes, tout est mis en place pour décortiquer le chanvre et en extraire le meilleur.

La récolte se fait au mois de septembre, mais Norbert conserve des ressources toute l'année, dans des silos, à bonne température, c'est-à-dire ici à 6% d'humidité maximum. Au total, 15 personnes sont nécessaires pour faire la récolte. «Tout ce que nous produisons vient directement de nos champs en magasins. C'est du local à 100%», annonce fièrement Norbert.

Mais tout ce travail en vaut la peine puisque le cultivateur assure que cette plante est «magique». Ainsi, selon lui, plus de «40 maladies peuvent être soulagées à l'aide du cannabis».

Rhumatismes, dépressions ou encore maladie de Parkinson, la prise de «Cbd» soulagerait grandement les patients, comme ce fut notamment le cas pour Line et Coralie, qui témoignaient en février dernier.

Une position sur laquelle le gouvernement luxembourgeois reste muet pour l'instant, même si 250 médecins du pays peuvent prescrire du cannabis à leurs patients depuis le mois de janvier dernier.

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Plus de 3.000 clients
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Photo: Lex Kleren

Actuellement, la réputation de Norbert Eilenbecker et son associé André Steinmetz, n'est plus à faire. Nombreux sont les clients à faire le déplacement depuis l'étranger pour se fournir en cannabis à Kalborn: les Belges et les Allemands sont les plus friands et les agriculteurs assurent même une livraison par la poste.

Avec le projet de légalisation du gouvernement, la zone de chalandise des deux hommes devrait donc fortement s'élargir. Un marché potentiel qui pourrait d'ailleurs attirer de nouveaux producteurs. Une concurrence dont ne se soucie pas à l'heure actuelle l'ancien laitier, qui garde le sourire.

Photo: Lex Kleren

Actuellement, alors que 34 boutiques de «Cbd» ont ouvert leurs portes au Luxembourg, la ferme «Cannad'Our», s'occupe, à elle seule, de près de 3.000 clients. «C'est essentiellement du bouche-à-oreille, nous ne faisons pas de publicité. Beaucoup de familles alentour viennent acheter ici pour se soigner», explique-t-il.

Quelques curieux ont également tenté de s'aventurer dans ses champs. «J'ai déjà eu plusieurs fois des jeunes venus voler des plantes pour se faire des joints. Ça me fait rire, je les laisse faire!»

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En attente du ministère de la Santé
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Alors qu'Etienne Schneider et Félix Braz, se sont rendus en mai dernier, au Canada, afin de se faire une idée du modèle local de consommation de cannabis légalisée, notre producteur historique reste perplexe face à cette législation à venir.

Non pas tant sur le côté politique que sur le concret: «Nous avons travaillé de nombreuses années avec le ministère de la Santé. Nous avons notamment envoyé nos produits dans leurs laboratoires, pour analyses, mais ils n'ont pas fait appel à nous pour fournir le cannabis au niveau local», se désole le producteur de Kalborn.

Un appel du pied au gouvernement alors que ce dernier a importé du cannabis médical depuis l'autre côté de l'océan Atlantique? Une chose est sûre, le cultivateur regrette particulièrement cette décision.

«Nous avons rencontré Etienne Schneider il y a cinq mois, depuis nous sommes en attente de réponses», explique-t-il.

En attendant une nouvelle rencontre, des réponses seront peut-être données les 6 et 7 juillet prochains, au cours de la «Hemp Expo», qui se déroulera au Nei Schmelz, à Dudelange.

Un premier événement luxembourgeois autour du cannabis, qui présentera notamment tous les producteurs locaux et leurs spécialités et permettra au public de se renseigner plus en profondeur sur ce vaste sujet.

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