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Le CEO de l'Horesca revient sur les deux ans de pandémie
Luxembourg 8 min. 15.03.2022
Pandémie au Luxembourg

Le CEO de l'Horesca revient sur les deux ans de pandémie

«La levée du Covidcheck est un soulagement pour les restaurateurs», selon François Koepp.
Pandémie au Luxembourg

Le CEO de l'Horesca revient sur les deux ans de pandémie

«La levée du Covidcheck est un soulagement pour les restaurateurs», selon François Koepp.
Photo d'archives: Luc Deflorenne
Luxembourg 8 min. 15.03.2022
Pandémie au Luxembourg

Le CEO de l'Horesca revient sur les deux ans de pandémie

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
Fermeture des restaurants, télétravail, aides de l'Etat,... François Koepp, secrétaire général de l'Horesca passe en revue les deux ans de pandémie de covid-19 et leur impact sur la restauration.

Depuis vendredi soir, il n'est plus obligatoire de présenter son Covidcheck et de porter son masque dans les restaurants. François Koepp, secrétaire général de l'Horesca revient sur la levée de ces restrictions et sur l'impact de la pandémie sur la restauration.


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Le 15 mars 2020, Xavier Bettel annonçait la fermeture des restaurants pour deux semaines au départ. Vous vous attendiez à une fermeture aussi longue ?

François Koepp: «Franchement, je m'y attendais parce que dès la fin du mois de janvier, on avait déjà des entrevues avec le gouvernement. Je m'y attendais aussi en voyant ce qui se passait en Chine et j'étais sûr qu'on allait vivre le même calvaire. C'est pour ça que nous avons dit dès le début qu'il fallait nous aider. Que si jamais nous ne pouvions plus travailler en raison d'une fermeture administrative, il faudrait qu'on ait une solution pour notre personnel. Dès le début, le chômage partiel fonctionnait.

Nous avons travaillé sur les aides actuelles, c'est-à-dire de relance, c'est une idée 100% Horesca, et l'aide des coûts non couverts. Nous nous sommes mis d'accord sur le fait que tout le monde travaille de son côté sur une aide similaire qui pallierait les coûts non payés des entreprises ou à prendre en charge une bonne partie de ces coûts non payés.

Je m'y attendais aussi en voyant ce qui se passait en Chine et j'étais sûr qu'on allait vivre le même calvaire.

François Koepp

Il fallait d'abord avoir l'idée de trouver des solutions pour mettre en place des aides et quelles seraient les démarches étatiques. Je dirais que les démarches au niveau du gouvernement étaient assez bien accueillies. Le ministère des Classes moyennes a tout fait pour comprendre et évaluer notre situation et défendre notre position auprès du gouvernement. Et d'un autre côté, il faut dire que nous avions quand même été les architectes de ces aides-là et c'est ce qui a finalement été mis en place dès la deuxième fermeture.

La première fermeture a été très dure pour les entreprises, mais elles ont continué à perdre leurs frais. L'avance avec les salaires, c'est déjà très bien pour le chômage partiel. C'était déjà assez bien fait au début pour qu'il y ait une avance avant d'attendre un décompte et de recevoir de l'argent pour être solvable. Pour payer les salaires, c'était quand même important, mais ça c'était le début et le début était très, très difficile. Mais comme tout départ, si vous devez construire quelque chose à partir de zéro, vous savez que ce ne sera pas simple.

Mais au fur et à mesure, vous trouvez que les restaurateurs ont réussi à s'adapter à ces différentes restrictions? 

«Les uns se sont adaptés avec de la livraison, les autres ont baissé leurs coûts énormément ou licencié une partie de leur personnel. Les restaurateurs ont dû chercher des solutions. Les aides ne sont jamais suffisantes, mais on a tiré notre épingle du jeu et on a su optimiser nos demandes. Naturellement, on aurait pu toujours demander plus, mais il y a une fin à toute chose.

Vous avez parlé de licenciement, c'était le cas pour beaucoup de restaurateurs?

«Il y en a qui ont licencié et d'autres qui ne l'ont pas fait, mais où le personnel est parti pour aller travailler dans d'autres domaines. Malheureusement, je dois constater que nous avons perdu une bonne partie de bons professionnels. La majorité ne travaille plus dans le secteur et ne veut plus y revenir. Sur les 2.000 personnes qui sont parties, il y a eu peut-être 10% de licenciements et le reste, c'était des départs volontaires.

Les bars et restaurants ont-ils du mal à recruter en ce moment?

«Depuis des années déjà, je me tue à dire que nous devons former notre main-d'œuvre. Nous devons prendre plus d'apprentis et ouvrir la voie à l'apprentissage, donc nous avons aussi une coresponsabilité pour garantir un nombre croissant de salariés bien formés. Et c'est aussi un peu notre vocation de devoir former des jeunes pour pouvoir recourir à une main-d'œuvre qualifiée dans le futur.

Sur les 2.000 personnes qui sont parties, il y a eu peut-être 10% de licenciements et le reste c'était vraiment des départs volontaires.

François Koepp

Actuellement oui, il y a des entreprises qui sont en train de recruter, mais d'autres non parce que les affaires ne marchent pas encore, parce qu'ils ont peut-être la malchance d'avoir une clientèle en télétravail et il manque à ces restaurateurs un certain niveau de revenu. Ce n'est pas partout pareil, certains ont réussi à retrouver leur niveau de 2019, alors qu'il y en a encore qui sont à près de 40% en dessous de ce qu'ils faisaient avant la pandémie. L'hôtellerie ne marche pas encore très bien, il faut le dire, nous sommes seulement à 36% d'occupation, ça ne suffit pas. C'est un secteur qui a vraiment souffert depuis le début de la pandémie.


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Quel est l'impact du télétravail sur le secteur de la restauration dont vous parliez et qui continue encore aujourd'hui?

«Ça fait longtemps que je dis que le télétravail cause beaucoup de tort au secteur Horeca. C'est quelque chose qui est tout à fait compréhensible, si vous avez 120.000 personnes en télétravail, ça fait autant de clients en moins quand c'est ouvert. La question, c'est surtout d'en connaître les conséquences. Le consommateur va changer ses habitudes, j'ai bien peur et je suis sûr que le télétravail restera en place. Il ne va pas disparaître si vite. Il va être de l'ordre de grandeur de 1,5 jour par salarié concerné. Je suis sûr qu'on ira sur ce modèle-là. Donc, cela veut dire qu'on aura environ 300.000 consommateurs en moins par semaine.

Comment est-ce que les restaurateurs doivent s'adapter à ces nouvelles habitudes? 

«Les personnes à la maison n'ont pas toutes envie de cuisiner. Nous devons commencer à suggérer, à proposer des plats qu'on peut emporter et facilement chauffer où la qualité reste acquise. Un peu comme dans les supermarchés, vous trouverez des plats cuisinés. Je crois que la restauration aura une deuxième carte dans le futur. Ça pourrait être une solution; on le voit déjà depuis longtemps dans la gastronomie asiatique ou italienne. Les plats à emporter avaient déjà pris un essor avant la pandémie.


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En ce qui concerne l'actualité récente, le CovidCheck et le port du masque ne sont plus obligatoires dans le secteur Horeca. C'est une bonne nouvelle?

«La levée du CovidCheck est un soulagement pour les restaurateurs, bien sûr! Mais il y a des habitudes des consommateurs qui ne vont pas se perdre aussi vite comme le télétravail et certains clients gardent aussi leur masque à l'intérieur quand ils arrivent. Donc le consommateur n'a pas encore retrouvé la confiance qu'il faut.

Et les restaurateurs ont retrouvé cette confiance ou ils craignent une nouvelle fermeture en voyant le rebond de l'épidémie dans plusieurs pays européens?

«Pour l'instant, ils ne craignent pas de nouvelle fermeture. Malgré toutes les nouvelles dispositions qu'on connaît maintenant, on dit veuillez garder quand même vos mesures de sécurité, désinfectez vos mains, gardez éventuellement votre masque s'il y a beaucoup de personnes dans le restaurant, peut être pour le personnel. C'est à chaque entreprise de voir ce qu'elle peut faire de mieux pour se protéger et se prémunir, elle, pour éviter que son personnel tombe malade. J'espère qu'il n'y aura pas de nouvelle vague. Il faut continuer à faire attention. Quand je suis allé récemment faire des courses, j'ai gardé mon masque, alors que ce n'est plus obligatoire. A chaque personne d'y mettre du sien pour que cette épidémie ne revienne pas.

Le report des recouvrements pour le mois de mai ou juin fait-il toujours partie de vos revendications?

«Oui, ça fait toujours partie de nos revendications. Pour l'instant, tous ceux qui payent leurs cotisations courantes et ne devront pas payer les cotisations arriérées, mais auront un plan d'apurement sur la dette sur 12 à 36 mois à partir du mois de juillet 2022, et ceci, sans intérêts moratoires. Donc ça, au moins c'est acquis. Mais ça ne sera plus reporté par après. Ça pourra marcher pour les entreprises qui ont retrouvé pleinement leur vitesse de croisière, mais pour les autres, ce sera un véritable challenge. Les aides vont baisser de manière graduelle en mars et en mai et ça ne nous a pas du tout ravis, parce qu'on est d'avis que celui qui a besoin d'une aide en a besoin de manière sérieuse et celui qui n'en a plus besoin ne va plus en demander.»

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