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Le cannabis récréatif attendra encore
Luxembourg 4 min. 29.09.2021
Programme gouvernemental

Le cannabis récréatif attendra encore

En 2020, la police grand-ducale a constaté 4.614 infractions aux stupéfiants, la plupart concernaient de la détention de cannabis.
Programme gouvernemental

Le cannabis récréatif attendra encore

En 2020, la police grand-ducale a constaté 4.614 infractions aux stupéfiants, la plupart concernaient de la détention de cannabis.
Photo : Shutterstock
Luxembourg 4 min. 29.09.2021
Programme gouvernemental

Le cannabis récréatif attendra encore

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Promise, la libéralisation de l'usage du cannabis devrait subir un énième ralentissement. Si la ministre de la Justice annonçait une avancée pour octobre, la ministre de la Santé parle désormais de report...

Légaliser (et donc autoriser) la culture et la vente de cannabis au Luxembourg : la majorité DP-LSAP-Déi Gréng s'y est engagée. C'est inscrit en page 105 de l'accord de coalition. Sauf que depuis 2018, le projet tient lieu de monstre du Loch Ness, tantôt visible, tantôt replongeant dans les limbes. A chaque fois une bonne raison: l'explication covid a déjà servi de joker en début d'année, tout comme le changement à la tête du ministère de la Santé de 2020 ou encore la complexe adaptation de la loi grand-ducale... 


Illustration Cannabis, Legalisation, Hanf, THC, CBD, 420, Joint, Marihuana, Ganja, Weed, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
La légalisation du cannabis en phase d'approche
Attendu depuis le début de la législature mais relégué au second plan en raison de la pandémie, le projet de loi permettant la consommation récréative de chanvre devrait être déposé «en octobre», assure vendredi la ministre de la Justice.

Pour un peu, la procession d'Echternach avancerait même plus vite. Deux pas en avant, un pas en arrière. Quand ce n'est pas un pas de côté comme celui que vient de faire Paulette Lenert (LSAP) au micro de 100,7, mardi. La populaire ministre de la Santé a ainsi surpris son monde en déclarant que de nouvelles alternatives étaient désormais à l'étude.

Autant dire que les travaux initiés depuis trois ans, d'abord par le duo Etienne Schneider (LSAP)-Félix Braz (Déi Gréng), sont bons à mettre au panier. Et cela alors même que cet été encore, la ministre de la Justice avançait avec détermination que le projet de loi devrait être déposé pour octobre 2021...  

Le texte annoncé par Sam Tanson (Déi Gréng) devait ainsi faire la synthèse des travaux conjoints de la Santé de la Justice et des Finances mais aussi tenir compte de l'avis des services du ministère de la Sécurité intérieure. Bref, le fruit de mois (années désormais) de cogitations, notamment lors d'une demi-douzaine de réunions d'un groupe de travail interministériel spécialement créé pour ce dossier. Mais il y a encore quelque chose qui bloque.

Une gêne, un obstacle, une barrière pour justifier ce énième report de cette avancée législative. Ainsi, si le gouvernement ne serait pas opposé à laisser qui veut cultiver pour son usage personnel ses plans de cannabis, légaliser la consommation constitue une étape visiblement plus délicate à franchir. Oh, pas tant en raison des oppositions formulées par l'opposition, CSV et ADR en tête. Non, plutôt parce que l'Europe ne verrait pas forcément d'un bon œil le Luxembourg offrir cette liberté de fumer de la marijuana (voire d'en faire commerce) quand l'usage et la cession en sont prohibés à quelques kilomètres de là. Le tourisme à la pompe frontalier d'accord, mais pas celui de la weed...


Friseur, Schere, Haare (Foto: Shutterstock)
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Pourtant, le gouvernement et les pro-légalisation ont des arguments à faire entendre pour que le pas soit sauté. A commencer par l'échec de quatre décennies de répression. Les magistrats ont beau sanctionner et la police opérer, les fumeurs de joints sont loin de diminuer dans le pays. 

Les derniers échos sur le dossier évoquaient déjà des limites pour le possible futur cadre légal. Déjà la nationalité des usagers : la vente ne serait permise qu'aux seuls résidents luxembourgeois avec des restrictions en termes d'âge mais aussi de quantité. Pas question de faciliter la toxicomanie, et encore moins créer une dépendance chez de jeunes habitants. La question des lieux de vente avait, elle aussi, progressé. Il était question de 'shops' dédiés et fonctionnant donc dans les limites de la loi. 


"Reggae Ron" looks over the marijuana plants growing inside his new greenhouse at his home Ukiah, Calif., Thursday July 26, 2001.  "Ron" received a check for $2,500 from his insurance company for the loss of five plants from his backyard.  With the insurance money he built a new locked greenhouse in his backyard.  Insurance companies have reimbursed about a dozen policyholders whose backyard medical marijuana crops were stolen by thieves or confiscated by police. But just as medical marijuana was beginning to gain acceptance as insurable property, the Supreme Court's recent ruling in an Oakland, Calif., case has cast doubt on the future of such payments.  (AP Photo/Eric Risberg)
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Si elle veut tenir ses engagements de campagne, la majorité en place pourra toujours s'inspirer d'exemples de pays ayant déjà légalisé la consommation. Comme l'Uruguay, le Canada voire même une quinzaine d'Etats américains dont le Colorado ou la Californie. 

Autant de territoires qui, en offrant une légalisation réglementée, ont vu baisser la consommation parmi les mineurs et surtout la réduction drastique du marché noir de ce qui, hier encore, était considéré comme un stupéfiant illégal.

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