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Le cannabis, drogue la plus populaire au Luxembourg

Le cannabis, drogue la plus populaire au Luxembourg

Photo: Lex Kleren
Luxembourg 5 min. 07.06.2019

Le cannabis, drogue la plus populaire au Luxembourg

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Une étude de l'Observatoire européen des drogues révèle que le chanvre est la drogue la plus consommée au Grand-Duché tandis que les saisies de cocaïne ont atteint un niveau record en Europe pour l'année 2017.

Avec AFP - Alors que 250 médecins sont habilités à prescrire le chanvre à leurs patients depuis le 20 janvier dernier, l'étude annuelle de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, dévoilée jeudi, relève que cette drogue reste la plus consommée au Grand-Duché.


Un suspect repéré par le chien de détection a été remis au Centre pénitentiaire de Schrassig.
La drogue, principal fléau en 2018
La police grand-ducale a présenté ce mardi son bilan pour l'année 2018. Si la délinquance est globalement en hausse au Luxembourg, ce sont surtout les vols de véhicules et les infractions concernant les stupéfiants qui explosent.

Ainsi, 9,8% des 15-34 ans ont usé de cette substance en 2017. Viennent ensuite la cocaïne, les MDMA et les amphétamines.

Une première place qui n'a rien d'étonnant: le dernier rapport de la police grand-ducale pour l'année 2018 révèle en effet que le seuil des 3.000 infractions liées à la drogue a été dépassé durant cette année: ce sont essentiellement la cocaïne et le cannabis qui sont les drogues les plus subtilisées par les policiers.

Un marché florissant qui inquiète le gouvernement luxembourgeois, qui a annoncé la légalisation du cannabis «à des fins récréatives», afin de mettre fin au marché illégal, réduire les délits liés aux achats, et diminuer les risques pour la santé des consommateurs, en garantissant une «meilleure qualité de la substance».

Saisie record de cocaïne en Europe

Cette dépendance luxembourgeoise au chanvre vient contrebalancer la grande tendance de l'année 2017 sur le continent européen. En effet, plus de 140 tonnes de cocaïne ont été saisies en Europe sur l'année 2017: un record.

Le nombre de saisies - 104.000 - et leurs volumes - 140,4 tonnes - «ont atteint les niveaux les plus élevés jamais enregistrés» dans l'Union européenne, constate l'étude.

Entre 55 et 82 euros le gramme

L'offre de cocaïne, premier stimulant illicite d'Europe avec 3,9 millions de consommateurs annuels, «n'a jamais été aussi importante», estime le rapport, dont les travaux sont fondés sur des données collectées en 2017, année la plus récente disponible.

Plus inquiétant, son degré de pureté, mesuré en 2016 comme le plus élevé depuis dix ans, se maintient au même niveau en 2017, avec un prix de vente au détail stable, compris entre 55 et 82 euros le gramme.

Le port d'Anvers, porte d'entrée de la cocaïne en Europe

Cette poudre blanche, produite à partir des feuilles de coca, principalement en Colombie, en Bolivie et au Pérou, voyage de plus en plus par la mer avec des escales régulières dans les Caraïbes, au Maghreb et en l'Afrique de l'ouest, «zones de transit importantes».

«La croissance du trafic de gros volumes via les grands ports au moyen de conteneurs est frappante», selon l'OEDT. C'est en Belgique - 45 tonnes via le port d'Anvers - et en Espagne - 41 tonnes -, dont les ports constituent les points d'entrée maritime historiques de la cocaïne en Europe, que les saisies ont été les plus importantes en 2017, devant la France - 17,5 tonnes - et les Pays-Bas - 14,6 tonnes -.

Le port d'Anvers figure comme la plaque tournante de cocaïne en Europe.
Le port d'Anvers figure comme la plaque tournante de cocaïne en Europe.
Photo: Shutterstock

Selon l'OEDT, ces chiffres s'inscrivent dans le contexte d'«un marché des drogues concurrentiel» en Europe, où quelque «96 millions» de personnes âgées de 15 à 64 ans «ont déjà expérimenté une drogue illicite au cours de leur vie», en majorité du cannabis avec 24,7 millions de consommateurs au cours de l'année écoulée.

Une fois débarquée et avant d'atterrir chez le client final, la cocaïne suit une chaîne d'approvisionnement qui a vu apparaître de nouveaux acteurs «au niveau intermédiaire et dans la vente au détail», au sein de structures «fragmentées, plus souples et plus horizontales».

«Ubérisation» du commerce de cocaïne

Le trafic de rue est de plus en plus supplanté par les sites de vente du darknet - partie obscure du web non référencée par les moteurs de recherche -, où les transactions se font en cryptomonnaies, des monnaies virtuelles comme le bitcoin. 

Des «centres d'appels spécialisés dans la cocaïne» emploient des coursiers qui livrent la marchandise au domicile des clients, contactés via des services de messagerie instantanée et cryptée, type Whatsapp, où les revendeurs rivalisent d'offres promotionnelles.

Cet «esprit d'entreprise» témoigne d'une «ubérisation potentielle du commerce de la cocaïne», s'inquiète l'OEDT. «Les progrès technologiques, exploités par les vendeurs, rendent plus difficile la lutte contre la disponibilité de la cocaïne», a souligné Dimitris Avramopoulos, commissaire européen aux Affaires intérieures, lors d'une présentation du rapport devant la presse à Bruxelles.

Progression des substances de synthèse

L'usage des outils numériques, s'il n'est pas nouveau, «est plus systématique et plus organisé» que par le passé, a ajouté à son côté le directeur de l'OEDT, Alexis Goosdeel. «La valeur de ce marché, qui reste petite par rapport à l'ensemble du marché de la drogue, double chaque année», a-t-il ajouté.

S'agissant des autres produits illicites, le directeur de l'OEDT pointe également dans le rapport la «progression des substances de synthèse» en Europe, notamment des opioïdes très puissants comme le fentanyl et ses dérivés, à l'origine de nombreux décès par overdose aux Etats-Unis et au Canada.

Le fentanyl est un analgésique puissant comparable à la morphine.
Le fentanyl est un analgésique puissant comparable à la morphine.
Photo: Shutterstock

«Onze nouveaux opioïdes de synthèse, généralement sous forme de poudres, de comprimés ou de liquides, ont été détectés en Europe en 2018», indique l'étude. Enfin, le Vieux Continent semble jouer désormais un «rôle croissant» dans la production de drogues de synthèse comme l'atteste le démantèlement de 21 laboratoires de MDMA (principe actif de l'ecstasy), tous aux Pays-Bas, contre 11 en 2016.

Quelque 6,6 millions d'ecstasy ont été saisis en 2017 dans l'UE, du jamais-vu depuis 2007, tout comme leur teneur en MDMA, qui a atteint un «pic décennal».

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