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«Le budget de Luxeosys dégraissé de 41 millions»
Luxembourg 8 min. 13.07.2020

«Le budget de Luxeosys dégraissé de 41 millions»

François Bausch: «Nous pouvons acquérir une grande renommée internationale grâce au satellite Luxeosys»

«Le budget de Luxeosys dégraissé de 41 millions»

François Bausch: «Nous pouvons acquérir une grande renommée internationale grâce au satellite Luxeosys»
Photo: Lex Kleren
Luxembourg 8 min. 13.07.2020

«Le budget de Luxeosys dégraissé de 41 millions»

Avant son audition ce lundi en commission du Contrôle de l'exécution budgétaire, François Bausch (Déi Gréng), le ministre de la Défense révèle que la facture finale du projet de satellite militaire sera dépassée de 139 millions d'euros, au lieu des 180 millions précédemment annoncés.

(JFC, avec Marc Hoscheid) - Cela fait des mois que la saga dure et n'est pas encore près de se terminer. Le doublement de la facture du satellite luxembourgeois d'observation militaire Luxeosys de 170 à 350 millions d'euros a déjà fait l'objet de nombreuses discussions controversées et la question de la responsabilité politique a été soulevée. Opposé dans ses déclarations à celles de son prédécesseur Étienne Schneider (LSAP), le ministre de la défense François Bausch (Déi Gréng) se montre pourtant réticent à blâmer l'ex-ministre, même si selon lui «des erreurs ont été commises dans la planification». Ce, alors que le dossier revient ce lundi sur la table de la commission du Contrôle de l'exécution budgétaire.

François Bausch, le satellite d'observation Luxeosys défraye la chronique depuis plusieurs mois. Mais de quoi s'agit-il concrètement? 

François Bausch, ministre de la Défense -  «Placé sur une orbite relativement proche de la Terre, Luxeosys est un satellite militaire à la base, destiné à l'observation, qui permet de prendre des photos très précises. Pour donner un exemple d'utilisation possible: si l'ONU venait à soupçonner qu'une installation nucléaire en Iran était convertie à des fins militaires, le satellite pourrait alors être déplacé au-dessus de la zone et prendre des clichés. Je rappelle qu'il s'agit d'un projet purement public, ce qui signifie que nous le mettons à la disposition de partenaires institutionnels, tels que l'OTAN ou l'ONU, voire de certains États à titre individuel. Il n'y a pas d'intérêt commercial.

Mais Luxeosys peut aussi être utilisé dans le secteur civil. Par exemple, pour surveiller la montée des eaux sur la côte italienne ou pour étudier les terres agricoles. J'avoue que plus je passe de temps sur ce projet, et plus je le trouve intéressant, parce que je pense qu'il s'intègre vraiment bien au Luxembourg. Nous pouvons utiliser ce satellite de différentes manières sans la moindre intention belliqueuse. Ce n'est pas comme si des armes pouvaient être contrôlées par son intermédiaire. Bref, je suis à fond derrière ce projet.


La saga Luxeosys se poursuit
Passé de 170 à 350 millions d'euros, le coût du satellite militaire luxembourgeois n'a pas fini de faire parler de lui. Les explications avancées par François Bausch et les responsables de la Défense n'ont guère convaincu les députés, lundi en commission du contrôle de l’exécution budgétaire.

Quelle peut être sa valeur ajoutée pour le Luxembourg?

«S'il existe de modestes possibilités de retombées commerciales, ce n'est pas non plus le but de départ. Celles-ci ont intégré le projet dans sa mise en place finale, lorsqu'on s'est rendu compte qu'il serait serré en termes budgétaires. L'avantage pour le Luxembourg est que nous pouvons apporter une contribution utile au sein de l'OTAN; nous souhaitons nous impliquer au Sahel parce que nous coopérons aussi étroitement avec les pays de cette région dans le cadre de la coopération au développement. Nous voulons contribuer à désamorcer les causes de conflit dans cette région. Ainsi, nous pouvons acquérir une grande renommée internationale grâce à cet outil.

N'existait-il pas d'autres projets dans lesquels le Luxembourg aurait pu investir de l'argent dans le cadre de ses engagements avec l'OTAN? 

«Nous avons en effet d'autres projets. Il est important de rappeler que nos dépenses de défense représentent actuellement 0,6% de notre PIB, et que notre but est d'atteindre 0,72% d'ici 2023. Nous sommes donc encore loin actuellement de l'objectif qui est de 2%. Cela comprend plusieurs projets, tels que la rénovation du dépôt de munitions à Waldhof ou la nouvelle construction du stand de tir du Bleesbruck, deux projets dont bénéficie également la police.


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En participant à l'achat d'un nouvel avion ravitailleur aux côtés de cinq autres pays, le Grand-Duché entend appliquer sa nouvelle stratégie militaire. Si l'appareil ne sera pas stationné au Findel, le pays pourra en bénéficier pour ses missions de soutien logistique.

Ensuite, il y a les hélicoptères qui ont été commandés sous le mandat de mon prédécesseur, Étienne Schneider et qui ont maintenant été livrés, ainsi que l'avion ravitailleur et de transport polyvalent acheté en collaboration avec plusieurs autres Etats. Cet Airbus A330 MRTT peut remplir des tâches très variées. Ainsi, vu que l'OTAN s'est fixé pour objectif de devenir plus active en cas de deuxième vague de la pandémie, cet avion se révèle parfait pour le transport de malades. Nous allons également renouveler partiellement le parc de véhicules militaires. Mais même avec tous ces investissements, nous n'atteindrons que les 0,72% susmentionnés, si bien que si nous ne mettons pas en œuvre le projet de satellite, nous serons gravement en retard.

Votre prédécesseur à la Défense, Étienne Schneider s'est toujours intéressé de très près au secteur spatial. En tant que ministre de l'Économie, il a fait avancer l'exploitation de l'espace. Ce projet Luxeosys n'incarne-t-il pas le danger potentiel lorsqu'un ministre n'établit pas une séparation suffisamment étanche entre ses différents portefeuilles?

«C'est une question que l'on peut effectivement se poser, même si je crois qu'Étienne Schneider a lancé ce projet en toute bonne foi. Le tuyau est venu du monde des affaires et il l'a transmis sans aucune arrière-pensée. Nous devons néanmoins établir des distinctions plus claires, mais cela n'empêche pas deux ministres de travailler main dans la main sur un projet. Le problème principal de ce projet n'est pas l'idée de base, mais réside dans le fait qu'il a été poussé trop vite et que des étapes ont été brûlées. Par exemple, la loi a déjà été présentée en mars 2018, mais le rapport n'a été achevé qu'en mai. On aurait dû prendre un an de plus.


Politik, Etienne Schneider, Budgetkontrollkommission zu Observationssatellit Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
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Lundi, l'ancien ministre de la Défense est venu s'expliquer devant la commission de Contrôle budgétaire face à l'accusation d'avoir menti à l'Assemblée sur le coût du satellite d'observation militaire Luxeosys. A l'arrivée, son audition sème plus de doutes qu'elle n'apporte de réponses.

Justement, eu égard à cette accélération du dossier, d'aucuns soupçonnent M. Schneider d'avoir voulu faire passer le projet à tout prix avant les élections d'octobre 2018. Ce, parce qu'il n'était pas sûr de garder un maroquin et qu'il espérait en tirer des avantages personnels pour son avenir hors de la sphère politique...

«Je n'entends pas spéculer à ce sujet. Je veux seulement appréhender les choses sur la base de faits, et je n'ai rien trouvé qui puisse être en désaccord avec Étienne Schneider. Dès que j'ai remarqué que le projet ne se déroulait pas de la façon souhaitée, il était important pour moi d'établir une transparence totale. Les députés reconnaîtront que je leur ai transmis tous les documents du dossier. C'était aussi une nécessité, car je veux les convaincre du bien-fondé de ce projet. Ce lundi en commission du Contrôle de l'exécution budgétaire, ils recevront  une liste complète et détaillée des coûts ainsi que l'avis d'expert de PWC.

Tout ce que je peux affirmer maintenant, c'est que le dépassement du budget sera dégraissé de 41 millions d'euros. Vu que j'avais présenté une augmentation de budget de l'ordre de 180 millions d'euros (350 millions contre 170 au départ, ndlr), elle sera donc ramenée à 139 millions d'euros. Il existe même encore une marge d'amélioration, mais pour des raisons de transparence, je préfère inscrire un chiffre plus élevé dans le projet. Ce lundi, je voudrais que les députés me disent clairement si nous allons poursuivre le projet. S'ils désirent recevoir plus d'informations ou s'ils ne me croient pas, la Chambre dispose toujours de la Cour des comptes comme outil de contrôle.


11.11. Wi / Min Cooperation / PK Space Law Luxembourg / Space Mining / Etienne Schneider und Jean Louis Schiltz / Etienne Schneider Foto:Guy Jallay
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L'ancien ministre de la Défense a-t-il volontairement caché des informations concernant le coût réel du futur satellite Luxeosys? A l'heure où la facture de l'engin vient de doubler, plusieurs députés réclament l'ouverture d'une commission d'enquête.

Pourquoi cet empressement à obtenir la clarté de la part de l'Assemblée parlementaire dès aujourd'hui?

«Je ne veux pas faire pression sur la Chambre, mais nous devons respecter certains délais. J'ai besoin de la loi de finances complémentaire pour novembre au plus tard. J'ai également calculé ce qu'il nous en coûtera si nous arrêtons le projet maintenant: nous aurions alors dépensé 145 millions d'euros sur les 170 prévus à l'origine et nous n'aurons rien! Nous perdrions également une énorme partie de notre réputation internationale. Si nous injectons maintenant 139 millions d'euros supplémentaires, cet argent ne sera pas perdu, mais c'est le prix à payer.

La constitution d'une commission d'enquête serait-elle alors une option?

«Une commission d'enquête est mise en place lorsqu'un ministre refuse de fournir des informations. Or, j'ai moi-même demandé à la Chambre d'intervenir et j'ai commandé le rapport à PWC. Personne n'a rien fait d'illégal, et je ne vois donc pas de raison pour mettre en place une telle commission. Mais le Parlement est une institution indépendante et décide lui-même de ce qu'il veut faire.»

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