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Le bien-être des travailleurs se dégrade
Luxembourg 6 min. 21.01.2022 Cet article est archivé
Quality of Work Index

Le bien-être des travailleurs se dégrade

La Chambre des salariés plaide pour une réduction du temps de travail hebdomadaire.
Quality of Work Index

Le bien-être des travailleurs se dégrade

La Chambre des salariés plaide pour une réduction du temps de travail hebdomadaire.
Photo: Chambre des salariés
Luxembourg 6 min. 21.01.2022 Cet article est archivé
Quality of Work Index

Le bien-être des travailleurs se dégrade

Mélodie MOUZON
Mélodie MOUZON
La pandémie qui perdure affecte la santé mentale des travailleurs, selon le «Quality of Work Index 2021». L'étude montre aussi que le home office a peu d'influence sur la qualité du travail.

Ils oscillent entre la résignation et l'envie de changement. Telle est la conclusion dressée par la Chambre des Salariés lors de la présentation ce jeudi du «Quality of Work Index 2021» auquel ont participé 2.594 travailleurs. Cet index lancé en 2012 avec la collaboration de l'Université de Luxembourg mesure la qualité de vie au travail et le bien-être des salariés résidents et frontaliers et son évolution dans le temps.


ILLUSTRATION - Zum Themendienst-Bericht vom 12. November 2020: Alles gleichgültig: Haben Mitarbeiter innerlich gekündigt, braucht es oft ein klärendes Gespräch mit der Führungskraft, um den Ursachen auf die Spur zu kommen. Foto: Klaus-Dietmar Gabbert/dpa-tmn - Honorarfrei nur für Bezieher des dpa-Themendienstes +++ dpa-Themendienst +++
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Pour 2021, les conclusions de l'étude font état d'un léger redressement de l'index depuis l'année dernière, sans toutefois atteindre les valeurs d'avant la pandémie. La valeur reste donc la deuxième plus basse depuis le début des mesures en 2014.

De manière plus globale, les résultats de l'étude révèlent que le niveau de bien-être général des salariés est en déclin. Au niveau européen, le Luxembourg figure dans les élèves moyens à ce niveau. Avec la crise sanitaire qui perdure, le moral des travailleurs continue à se dégrader et leur santé mentale est fortement affectée. Ce qui contribue à augmenter considérablement le risque de dépression. En 2020, 11% des personnes interrogées présentaient un risque élevé de dépression. Ce taux est passé à 15% en 2021. Pour certains travailleurs, ce mal-être va plus loin que les simples idées noires. Les pensées suicidaires n'ont jamais été aussi fréquentes qu'en 2021. 6,1% des salariés ont pensé à mettre fin à leurs jours l'an dernier.

L'intensification du travail a encore augmenté

La crise sanitaire n'a fait également que renforcer certaines tendances déjà observées par le passé. L'intensification du travail, mesurée dans cette étude par la charge mentale et la pression temporelle, continue d'augmenter alors que l'aspect social et participatif du travail reste à son niveau le plus bas. Il faut dire que l'accélération du recours au home office n'aide pas à renforcer la collaboration avec les collègues ni la participation aux décisions ou le feed-back sur le travail effectué.  

La pandémie, avec toutes les contraintes qui lui sont liées, rend aussi plus visible et plus pesant le déséquilibre croissant entre vie professionnelle et vie privée et, au passage, confirme et aggrave les inégalités, comme celles en défaveur des femmes et des salariés qui sont parents.

40% de salariés en télétravail

Depuis le début de la crise, la généralisation du télétravail, qui s'est encore accentuée l'an dernier est également venue bousculer les habitudes des salariés.  L'étude consacre d'ailleurs un chapitre important au home office. Le recours au télétravail s'est encore accentué l'an dernier, avec 40% des salariés (résidents et frontaliers) qui travaillaient régulièrement de chez eux durant la période d'enquête de juin à octobre.

Comme dans la précédente enquête, les données confirment l'émergence de deux profils de travailleur. D'un côté, il y a les télétravailleurs et les professions aux tâches plus intellectuelles, qui peuvent être effectuées à domicile à l'aide d'outils numériques et s'exposent à un risque moindre d'infection. Cette catégorie de salariés ne subit pas de perte de salaire mais travaille à temps plein, au prix d'une intensité de travail plus élevée et d'une disponibilité qui dépasse parfois régulièrement les horaires habituels.  De l'autre côté, il y a des salariés qui, en raison des protocoles de santé, travaillent sur place dans des conditions de travail plus pénibles que d'habitude, en étant exposés à des risques pour leur santé et, pour certains, en subissant des pertes de salaire.

Le «Quality of Work Index 2021» révèle également que de plus en plus de frontaliers ont eu recours au télétravail l'an dernier, alors que c'était majoritairement les résidents qui faisaient du home office en 2020. Les Luxembourgeois sont ainsi 42% à travailler de chez eux, pour 38% de frontaliers français (+15%), 37% de frontaliers belges (+10%) et 33% pour les Allemands (+5%). Le télétravail a surtout fait un bond dans l'industrie (34%), dans les « activités spécialisées, scientifiques et techniques et activités de services administratifs et de soutien » (48%) et augmente même de 13 % dans les « activités financières et d'assurance ». Dans le secteur « information et communication », où les salariés sont plus à l'aise généralement avec les outils numériques, le home office a décollé en 2021 pour atteindre 75%.

Envie de changement

Dans ses conclusions, l'étude relève par ailleurs que la pandémie a contribué, pour un nombre croissant de personnes, à remettre en question leur relation au travail. «Avec la crise, notre attention a plus été reportée sur nos familles et notre vie privée. Certains se sont rendus compte à ce moment-là qu'ils avaient peut-être consacré trop de temps à leur travail auparavant», a ainsi fait remarquer Nora Back, la présidente de la Chambre des salariés. L'occasion pour beaucoup de repenser leur carrière et leurs conditions de travail. 

Pour la chambre professionnelle, les questions d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée resteront  «au premier plan des réflexions individuelles sur le travail et joueront également un rôle plus important dans les débats politiques». La Chambre des salariés suggère différentes pistes d'action, comme le vote du projet de loi sur le droit à la déconnexion, pour rééquilibrer la balance et éviter une vague de démissions à l'avenir. Car les travailleurs luxembourgeois n'ont jamais eu autant envie de changer d'emploi dans un avenir proche. Ils sont 24% à y avoir pensé en 2021 (19% en 2020). Soit près d'un salarié sur quatre.

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