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Laurent Zeimet: «Chaque nouveau résident ou frontalier représente une richesse»
Luxembourg 10 min. 08.06.2018

Laurent Zeimet: «Chaque nouveau résident ou frontalier représente une richesse»

Laurent Zeimet: «Chaque nouveau résident ou frontalier représente une richesse»

Photo: Lynn Theisen
Luxembourg 10 min. 08.06.2018

Laurent Zeimet: «Chaque nouveau résident ou frontalier représente une richesse»

Maurice FICK
Maurice FICK
La langue française «m'a posé pas mal de problèmes à l'école primaire», reconnaît le Secrétaire général du CSV et député-maire de Bettembourg qui a fait une bonne partie de ses études de droit à Paris. Dans un Luxembourg en pleine évolution démographique, Laurent Zeimet estime que «chaque nouveau résident ou chaque nouveau frontalier qui veut s'investir ici, représente une richesse». A un peu plus de quatre mois des élections législatives, celui qui œuvre au sein d'une coalition communale CSV-Les Verts-DP, «ne croit pas que les coalitions à trois soient recommandables au niveau national».

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d'octobre prochain, nous avons décidé d'interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d'interviews que nous publierons régulièrement jusqu'à l'été.

Quel est votre rapport à la francophonie?

Comme vous savez, j'ai fait une partie de mes études en France, à Paris précisément, ce qui a forcément eu un impact sur mon parcours. J'aime bien la langue française même si elle m'a posé pas mal de problèmes à l'école primaire (à Bettembourg). Et comme pour pas mal de Luxembourgeois, le français, au début, c'est quelque chose de nouveau et de très différent de la syntaxe luxembourgeoise. Elle est plutôt proche de l'allemand. On a toujours plutôt eu une facilité à apprendre l'allemand. Puis en 2e année, à 8 ans, il faut se mettre au français.

A la maison on ne parlait pas le français mais le luxembourgeois. On regardait quand même la télévision française. Rappelons qu'à l'époque on ne disposait pas de tant de chaînes qu'aujourd'hui. Et il fallait se lever pour appuyer sur les boutons de la télé et pour changer de chaînes (rires). On comprenait mieux la télé allemande mais le français était toujours présent. On savait bien que les deux langues étaient parlées au Luxembourg et qu'il nous fallait les apprendre toutes deux. Alors on s'y mettait.

Lorsque j'étais petit, nous faisions souvent des excursions à Arlon. Mon père venait de Rambrouch et ma grand-mère avait des attaches à Martelange.

Utilisez-vous la langue française pour vous exprimer au quotidien?

Oui. Surtout je rédige quotidiennement aussi en français. Tous les courriers, les lois, les règlements sont en français. C'est la langue que j'utilise le plus à l'écrit. Contrairement à mon boulot d'avant (rires) où j'écrivais surtout en allemand.

Laurent Zeimet: «Le dimanche, mes enfants regardent l'émission allemande qui s'appelle "Die Sendung mit der Maus" mais il préfèrent "Sam le pompier" qu'ils regardent en français».
Laurent Zeimet: «Le dimanche, mes enfants regardent l'émission allemande qui s'appelle "Die Sendung mit der Maus" mais il préfèrent "Sam le pompier" qu'ils regardent en français».
Photo: Lynn Theisen

Parlez-nous de vos études...

J'ai étudié le droit à Cologne deux ans, puis deux ans à La Sorbonne à Paris. C'était une maîtrise franco-allemande. Je me rappelle que pour accéder à cette formation, il fallait passer un test soit en allemand, soit en français. Se posait alors la question pour les Luxembourgeois. Finalement nous l'avons passé en français.

Personnellement j'ai toujours préféré Cologne. Paris, c'est grand, c'est cher, c'est stressant et moins agréable à vivre. On ne sortait pas facilement boire un verre, faute de moyens mais aussi de temps.

Mais à Paris j'ai été marqué par le passage au 2e tour de Jean-Marie Le Pen aux présidentielles de 2002. Et j'étais place de la République quand Chirac a fêté sa victoire. On a bien fait la fête!

Quel livre en français gardez-vous en mémoire?

«Le Mythe de Sisyphe» d'Albert Camus. Car comme l'a fait Sisyphe, dans la politique, il faut tous les jours remettre l'ouvrage sur le métier.

Quel film français vous a marqué?

«L'effrontée» de Claude Miller... à cause de Charlotte Gainsbourg.

Transmettez-vous une certaine culture française à vos enfants ou est-ce que vous les laisserez choisir une fois grands?

Ma petite de 8 ans a démarré le français à l'école. Son frère a 4 ans. On leur a lu à tous deux, des livres en français. Pour les préparer à la scolarisation en français. Le dimanche, ils regardent l'émission allemande qui s'appelle «Die Sendung mit der Maus» mais il préfèrent «Sam le pompier» qu'ils regardent en français.

Dans vos réflexions de député, quelle place accordez-vous aux résidents étrangers?

Je ne fais pas de différence entre les résidents luxembourgeois et étrangers. Je ne demande pas de quelle nationalité ils sont. Pour moi, tous les citoyens et citoyennes sont égaux. Bien sûr, nous avons une commission d'intégration et avons un certain nombre de projets, notamment ce que nous appelons le coaching. Souvent dans leur quotidien les gens n'ont pas la possibilité de parler le luxembourgeois parce qu'ils travaillent par exemple dans une banque où tout le monde parle le français ou l'anglais. Des gens de la commune se proposent d'être coach pour rencontrer ceux qui sont en train d'apprendre le luxembourgeois et le pratiquer, en prenant un verre ensemble par exemple. Parfois on leur propose aussi des activités en commun. Dans la commune, nos publications sont aussi en luxembourgeois et en français.

Laurent Zeimet: Le référendum sur le vote des étrangers, «c'était, d'une certaine façon, un vote contre le gouvernement et contre un droit de vote général donné à tout le monde.»
Laurent Zeimet: Le référendum sur le vote des étrangers, «c'était, d'une certaine façon, un vote contre le gouvernement et contre un droit de vote général donné à tout le monde.»
Photo: Lynn Theisen

Le résultat du référendum sur le vote des étrangers a-t-il, selon vous, changé la perception des étrangers au Luxembourg?

Je ne crois pas que c'est le résultat qui a changé la perception, c'est plutôt la question posée. Elle a provoqué chez certains Luxembourgeois une réaction par rapport à une ligne rouge qui serait à ne pas franchir.

A mon avis, la question a été posée prématurément. Les gens n'étaient pas prêts à franchir ce pas. Parce que c'est quand même quelque chose de radical de dire que du jour au lendemain tout le monde va voter au Luxembourg et participer au destin du pays même s'il n'en a pas la nationalité. C'est quand même quelque chose de discutable. D'autant que dans aucun autre pays ça ne se passe pas comme ça.

Mais je ne pense pas que ce soit un vote contre les étrangers. Car beaucoup de personnes ayant la double nationalité ou qui ont des racines étrangères, comme la plupart d'entre nous, ont voté contre.

D'une certaine façon c'était un vote contre le gouvernement et contre un droit de vote général donné à tout le monde.

Ce référendum, finalement c'était une bonne idée ou pas?

Je ne suis pas vraiment un partisan des référendums. Ce n'est pas la meilleure des formes pour trancher des questions. A moins que la question soit vraiment très claire. Sans quoi le débat part dans tous les sens. Mais je crois que là, le débat était prématuré. Non ce n'était pas une bonne idée.

Lors de la prochaine législature, le nombre de résidents étrangers  devrait dépasser le nombre de résidents luxembourgeois. Comment peut-on construire la cohésion sociale dans ce contexte?

Comme député on ne représente pas seulement ses électeurs mais tous ceux qui habitent dans la circonscription. Je me sens aussi le représentant de tous ceux qui n'ont pas le droit de vote. Ils ont leurs soucis, leurs demandes et ils sont à respecter aussi bien que ceux qui ont le droit de vote.

Quand le Luxembourg comptera près d'1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays ?

C'est certainement un défi. Ne serait-ce que pour préparer toutes les infrastructures, pour arriver à gérer une telle croissance de la population mais aussi des frontaliers parce qu'aujourd'hui déjà, on voit bien qu'on a atteint une limite au niveau des infrastructures. D'un autre côté, chaque nouveau résident ou chaque nouveau frontalier qui veut s'investir ici, représente une richesse. Comme nous tous, si on utilise bien nos talents.

Fait est que c'est une évolution. Je suppose que dans les années 1960 on ne s'imaginait pas le Luxembourg tel qu'il est aujourd'hui. Et les projections restent des projections. Il arrive qu'elles se réalisent mais parfois on se trompe. Parce qu'on ne peut pas prévoir l'avenir. Il faut se préparer mais on ne peut pas le prévoir. Mais il ne faut pas avoir peur de l'avenir. Je suis plutôt optimiste. Les meilleurs jours sont à venir.

Bettembourg n'échappe pas à la poussée de croissance démographique. Le conseil communal vient d'ailleurs de lancer la procédure pour adopter un nouveau Plan d'aménagement général: quel est votre but?

Le but est de maintenir et si possible aussi d'améliorer la qualité de vie de tous ceux qui vivent ici. De créer de nouveaux logements. Mais nous voulons une croissance modérée. Sur sept ans, nous projetons une augmentation de 1.000 habitants. Aujourd'hui nous sommes un peu plus de 11.000. C'est la moyenne de croissance que nous avons eue au cours des cinq dernières années. Le potentiel du PAG est évidemment beaucoup plus grand. Il se situe aux alentours de 15.000 habitants. Mais ce n'est pas gérable. Il faut les infrastructures, les écoles, les maisons-relais,... et là nous avons un sacré retard que nous sommes en train de rattraper.

Laurent Zeimet: «Je ne crois pas que les coalitions à trois sont recommandables au niveau national. Je crois que la stabilité appelle quand même une coalition à deux. Ce serait préférable.»
Laurent Zeimet: «Je ne crois pas que les coalitions à trois sont recommandables au niveau national. Je crois que la stabilité appelle quand même une coalition à deux. Ce serait préférable.»
Photo: Lynn Theisen

La coalition CSV-Déi Gréng-DP a été reconduite en octobre 2017 à Bettembourg où il y a trois députés aux manettes. Comment ça marche?

Ça fonctionne bien. On a bien travaillé pendant les six premières années. Et on s'est retrouvé assez vite avec nos programmes après les élections. C'était donc pas très compliqué de poursuivre le travail que nous avions commencé, sachant que beaucoup de projets étaient en cours de lancement et que nous n'avions pas tout terminé.

Nous avons passé beaucoup de temps à acquérir des terrains sur lesquels nous avons établi des projets qui sont maintenant en phase de réalisation. Nous avions la chance de pouvoir continuer mais c'était logique en fait. Sur un plan politique ça fonctionne bien mais aussi sur le plan humain. Ce qui est important en politique. Il faut savoir se faire confiance mais, parfois aussi, savoir se dire les quatre vérités en toute amitié et continuer à travailler.

Cette même coalition est-elle envisageable au niveau national à votre avis?

Rien n'est impossible. Mais à vrai dire je ne crois pas que les coalitions à trois sont recommandables au niveau national. Je crois que la stabilité appelle quand même une coalition à deux. Ce serait préférable. Au niveau communal il n'y a pas de groupes parlementaires à gérer ni à convaincre à chaque étape. On peut rétorquer: "Oui mais la coalition actuelle à trois a quand même bien marché!" Mais il faut savoir qu'à trois il faut que tout le monde fasse des concessions et qu'il faut parfois avaler des pilules un peu plus amères. Personnellement, je préfère des coalitions à deux.

Avec qui?

(Sourires) Avec les Verts, le DP ou le LSAP.

Si le CSV se retrouve en position de leader au lendemain du 14 octobre 2018, est-ce que vous envisageriez de participer directement au futur gouvernement?

Non, parce qu'il appartient au formateur du gouvernement de négocier avec des potentiels partenaires de coalition. Si on devait faire partie du gouvernement, il faudra laisser toute liberté au futur Premier ministre de composer son équipe. Selon ses besoins et les capacités.

Vous ne seriez pas prêt à quitter Bettembourg?

Pas si facilement.

Votre parti effectue actuellement une vaste consultation populaire. Quels devraient, selon vous, être les 3 ou 4 thèmes nécessaires de la campagne électorale?

Il faut absolument parler de croissance et cohésion sociales. Ce qui implique la mobilité, le logement et un développement durable. Il faut certainement aussi discuter de la manière dont nous allons protéger notre environnement et avoir une approche globale de tous ces sujets.

Quand le CSV publiera-t-il son programme électoral?

Le conseil national et les candidats aux élections commenceront les discussions début juin et on va les boucler d'ici mi-juillet. Le programme électoral du CSV sera finalisé d'ici le 15 septembre 2018, au plus tard.




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Josée Lorsché - Dei greng - photo : Pierre Matgé