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Laurent Mosar: «Je ferai tout pour que mon parti gagne les élections»
Luxembourg 11 min. 12.03.2018 Cet article est archivé

Laurent Mosar: «Je ferai tout pour que mon parti gagne les élections»

A 60 ans, Laurent Mosar entend ramener le CSV au pouvoir en octobre prochain.

Laurent Mosar: «Je ferai tout pour que mon parti gagne les élections»

A 60 ans, Laurent Mosar entend ramener le CSV au pouvoir en octobre prochain.
Luxembourg 11 min. 12.03.2018 Cet article est archivé

Laurent Mosar: «Je ferai tout pour que mon parti gagne les élections»

Linda CORTEY
Linda CORTEY
Fer de lance de l'opposition CSV, Laurent Mosar est élu depuis 24 ans à la Chambre des députés. Francophile, amoureux de Paris, il analyse l'évolution politique et sociétale du pays depuis plusieurs décennies.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.  

  • Quelle est votre rapport à la langue française ?

J’écris et je lis beaucoup en français. Comme beaucoup de mes amis en politique, j’ai effectué mes études universitaires en France. D’abord à Strasbourg puis à Paris, où j’ai étudié le droit et les sciences politiques. Depuis lors, je garde une relation très étroite avec la francophonie et la langue française. D’ailleurs, je lis presque exclusivement des livres français depuis que je suis étudiant.

Ensuite, je garde beaucoup de liens avec la France qui est un de mes pays favoris. Je suis souvent à Paris qui est pour moi une sorte de deuxième lieu de résidence. Je vais aussi souvent en Provence, une région que j’adore, surtout pour sa gastronomie mais aussi pour les beaux produits qu’on trouve sur ses marchés.

"Autrefois, on ne correspondait presque que dans la langue de Molière, aujourd’hui on ne correspond presque plus qu’en langue anglaise."
"Autrefois, on ne correspondait presque que dans la langue de Molière, aujourd’hui on ne correspond presque plus qu’en langue anglaise."
Caroline Martin
  • Votre livre français préféré ?

J’aime beaucoup la littérature classique française, Proust, Victor Hugo. Mais un auteur me passionne particulièrement, c’est Raymond Aron. Un des livres qui m’a le plus impressionné c’est «L’opium des intellectuels». C’est un livre sur la lutte contre les totalitarismes, qui est toujours d’une grande actualité. 

  • Et votre film français préféré ?

Je suis un fan du cinéma français, j’admire les réalisateurs comme Godard, Chabrol. Il y a aussi deux films que j’ai vus dans ma jeunesse et qui m’ont marqué c’est L’amant et Indochine. J’aime beaucoup l’histoire française dans le contexte de l’Indochine. Et j’adore Jean Reno. Je l’ai vu d’abord dans Le Grand Bleu, un des films qui a fait de Jean Reno ce qu’il est.

  • Vous utilisez aussi le français en tant qu’avocat. Comment a évolué l’usage du français dans votre profession ?

J’ai toujours rédigé mes conclusions en langue française, c’est la langue utilisée devant les juridictions. Aujourd’hui, je dirais que la langue française est en régression. Autrefois, on ne correspondait presque que dans la langue de Molière, aujourd’hui on ne correspond presque plus qu’en langue anglaise. Dans mon domaine, le droit des affaires, l’anglais a supplanté le français dans les discussions et le travail.

  • Cela fait 24 ans que vous êtes député. Vous n’avez jamais voulu être ministre ?

Une carrière d’homme ou de femme politique ne se planifie jamais à l’avance. J’ai eu la chance d’occuper de nombreux postes au sein du parlement. Cerise sur le gâteau, j’ai été président de la Chambre. Du point de vue local, je suis depuis 23 ans au conseil communal de la ville de Luxembourg, je suis actuellement redevenu échevin des Finances. Mes priorités étaient toujours plus axées sur le Parlement et la politique locale, que sur une carrière au sein du gouvernement.

Et puis j’ai toujours eu des réticences à abandonner mon métier. J’aime beaucoup mon cabinet d’avocat, cela ne m’aurait pas rendu totalement heureux de l’abandonner.

Ensuite en 2004 après les élections législatives j’aurais eu la possibilité d’entrer au gouvernement mais je ne l’ai pas fait pour être tête de liste aux communales de 2005. Ces élections sont une des grandes déceptions de ma carrière politique car nous sommes entrés dans l’opposition. C’était une période plutôt difficile pour le parti au niveau local et pour moi-même. Mais la vie politique c’est aussi ça, il y a des hauts et des bas.

  • Le CSV est donné favori pour les élections législatives, en cas de victoire, une des options possibles serait une coalition avec les Verts. Y êtes-vous favorable ?

Je suis très sceptique par rapport aux sondages. Les sondages sont une chose et le résultat c’est une autre. Il y a trois partis avec lesquels je pourrais imaginer une coalition : le parti socialiste, le parti libéral et les Verts. Une coalition avec l’ADR n’est pas envisageable parce qu’il y a un problème au niveau du programme mais également au niveau des personnes. On parle beaucoup d’une coalition CSV-Verts mais il faudrait que les Verts mettent beaucoup d’eau dans leur vin car il y a de nombreux dossiers, au niveau des procédures, au niveau sociétal, sur lesquels je ne vois pas d’énorme chance pour entrer en coalition. Bien entendu il faut étudier les programmes et attendre le verdict des électeurs car si un parti perdait quatre sièges, je nous vois mal former une coalition avec le grand perdant des élections. Personnellement, j’aurai d’autres préférences.

  • Lesquelles ?

On a toujours eu de très bonnes coopérations avec le parti socialiste et avec le parti libéral. Au Knuedler (le conseil municipal de la ville de Luxembourg, ndlr), je ne peux que louer l’excellente collaboration avec le DP. Nous travaillons ensemble sur de nombreux dossiers où il y a très peu de divergences. Mais je n’exclus pas le parti des Verts : nous avons aussi des points communs. Mais dans les dossiers qui me tiennent à cœur, je vois plus d’ouverture et de facilité avec les deux autres partis.

"Quand j’étais jeune député j’allais à la rencontre des gens dans des réunions, des manifestations, les gens qui venaient me voir dans mon bureau. Aujourd’hui ça se passe principalement sur les réseaux sociaux".
"Quand j’étais jeune député j’allais à la rencontre des gens dans des réunions, des manifestations, les gens qui venaient me voir dans mon bureau. Aujourd’hui ça se passe principalement sur les réseaux sociaux".
Caroline Martin
  • Depuis 10 ans, avec l’arrivée des réseaux sociaux, le temps politique s’est accéléré. Qu’est-ce que cela a changé dans le travail de député ?

Ce qui a fondamentalement changé c'est que quand j’étais jeune député j’allais à la rencontre des gens dans des réunions, des manifestations, les gens qui venaient me voir dans mon bureau. Aujourd’hui ça se passe principalement sur les réseaux sociaux. Le monde politique doit réagir plus rapidement. Avant on recevait une lettre, éventuellement un fax, et on avait le temps 2-3 jours pour répondre. Ensuite, on avait parfois un rendez-vous qu’on pouvait préparer. Aujourd’hui, je reçois un SMS dans lequel quelqu’un me demande quelque chose et attend une réponse encore dans l’heure.

Par ailleurs, chaque mot d’un homme ou d’une femme politique est aujourd’hui immédiatement analysé, évalué sur les réseaux sociaux. S’il emploie un mauvais mot il fait l’objet d’un « shit storm ». Donc aujourd’hui la politique - ou plutôt la communication politique - a changé fondamentalement. Il y a une forme de pression beaucoup plus grande. L’homme ou la femme politique n’a plus le temps pour réfléchir. Ce que je regrette. Les sujets deviennent de plus en plus complexes et les réponses ne peuvent pas être simplement oui ou non.

Le conseil que je donnerais à un jeune politicien est de ne pas répondre à un SMS plutôt que de répondre dans l’urgence et de donner des mauvaises informations qui risquent de vous être reprochées pendant toute votre carrière politique.

  • Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?

Je suis quelqu’un qui aime la politique. Pas pour devenir ministre, j’aime la vie politique, le contact avec les gens. Et j’ai des ambitions pour mon pays, mon parti et pour moi-même. J’ai des dossiers qui me tiennent vraiment à cœur, surtout dans le domaine économique, financier et sur la politique étrangère. La situation géopolitique me préoccupe beaucoup. Quand je vois qu’un pays membre de l’OTAN, candidat à l’UE, la Turquie est en train de bombarder la population au nord de la Syrie, ce sont des choses que je ne peux pas accepter. Il y a aussi la guerre dont on ne parle plus, le Yemen. Ce qui me choque c’est que les gens, le monde politique, la communauté internationale sont devenus très froids face aux catastrophes humanitaires.

Concernant l’économie, je reconnais que le gouvernement a pris des initiatives intéressantes, comme le « space mining ». Ce que par contre je déplore fortement c’est qu’on ne s’occupe pas assez des petites et moyennes entreprises. On donne toutes les facilités à Google mais la petite entreprise qui veut trouver un endroit pour s’implanter attend des années avant de trouver quelque chose.

  • Vous ne voulez pas devenir ministre ?

J’ai 60 ans, j’ai une grande partie de ma vie professionnelle et politique dernière moi. Je ne suis pas quelqu’un qui aspire à de nouveaux postes. J’ai été le président de la chambre, on dit que c’est le premier citoyen du pays, ce qui est au moins équivalent à un poste de ministre. J’ai le souhait d’aider mon parti à devenir incontournable. Je ferai tout pour que mon parti gagne les élections et qu’aucun gouvernement ne puisse se former sans lui après le 14 octobre prochain.

  • Comment intégrez-vous les résidents étrangers dans votre travail parlementaire ?

Je trouve qu’à Luxembourg nous avons bien intégré nos amis étrangers. Il y a 170 nationalités différentes dans la ville de Luxembourg et ça se passe très très bien. Il y a certainement des problèmes ponctuels mais, pour le moment, le pays et la ville ont bien réussi leur travail d’intégration. Personnellement, j’évolue dans un milieu international. Dans notre cabinet nous sommes 15 personnes et il n’y a que mon frère, une des secrétaires et moi-même qui sommes luxembourgeois. Nous avons des Belges, des Français, une Chinoise, Une Bosniaque. J’ai l’impression que la plupart des non-Luxembourgeois sont très contents ici. Il faut rester lucide, cela s’explique par le fait que nous avons un niveau de vie élevé. La plupart des gens vivent bien ici, trouvent qu’il y a une excellente qualité de vie. Par contre, il y a beaucoup de non-Luxembourgeois qui vivent de leur côté, avec leur communauté. Je déplore qu’il n’y ait pas assez de contact avec les Luxembourgeois et les non-Luxembourgeois.

"Ce qu’il ne faut surtout pas faire c’est mettre une certaine communauté dans une certaine partie d’une ville, d’une région, etc.."
"Ce qu’il ne faut surtout pas faire c’est mettre une certaine communauté dans une certaine partie d’une ville, d’une région, etc.."
Caroline Martin
  • Est-ce que le référendum sur le droit de vote des étrangers était une bonne chose ?

Si on doit reprocher une chose fondamentale au gouvernement c’est qu’il a divisé le pays. Il l’a fait deux fois, d’abord avec ce malheureux référendum et ensuite avec cette décision malencontreuse de séparation entre les Eglises et l’Etat. Cela a divisé la population. En ce qui concerne le référendum je suis très attaché à faire un lien avec la nationalité pour les élections législatives.

J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de non- Luxembourgeois qui apprécient de vivre au Luxembourg, qui apprécient le pays mais qui n’ont pas envie de s’intéresser à la vie politique. On l'a constaté au niveau des élections communales, avec le faible taux d'inscription des résidents étrangers.

Vous savez, le dernier livre que j’ai lu c’est l’excellent livre de Raphaëlle Bacquet : « La communauté ». C’est un livre qui décrit minutieusement toutes les fautes qui ont été commises par le gouvernement en France au niveau de l’intégration. Nous serions vraiment bien conseillés d’éviter cela. Ce qu’il ne faut surtout pas faire c’est mettre une certaine communauté dans une certaine partie d’une ville, d’une région, etc..

  • Lors de la prochaine législature, le nombre de résidents étrangers devrait dépasser le nombre de résidents luxembourgeois. Comment penser la cohésion sociale dans ce nouveau cadre ?

Je ne pense pas que ça aura une répercussion, aussi longtemps que la croissance économique est celle que nous connaissons. Par contre si demain il y a une grosse crise financière, alors cela peut avoir une conséquence sur le vivre-ensemble.

  • Quand le Luxembourg comptera près d’1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays ?

Sans les frontaliers, le Luxembourg ne fonctionnerait plus. Nous avons besoin des frontaliers et tous ceux qui mettent en cause le nombre de frontaliers, je ne sais pas où ils vivent. Maintenant, les problèmes de mobilité qui en résultent doivent être gérés.  


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