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Langue luxembourgeoise: Spellchecker: «Je ne veux pas d'argent mais des mots»
Luxembourg 3 min. 11.01.2017 Cet article est archivé

Langue luxembourgeoise: Spellchecker: «Je ne veux pas d'argent mais des mots»

Langue luxembourgeoise: Spellchecker: «Je ne veux pas d'argent mais des mots»

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Langue luxembourgeoise: Spellchecker: «Je ne veux pas d'argent mais des mots»

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Pourquoi un des outils les plus utilisés par les Luxembourgeois pour corriger leur orthographe ne reçoit aucune subvention de l'État? Le Spellchecker fait cavalier seul depuis 2006 et Michel Weimerskirch, son créateur, nous explique pourquoi.

Par Virginie Orlandi

Les initiatives du gouvernement en faveur de la langue luxembourgeoise sont nombreuses et il n'est pas avare en subventions: des projets culturels d'associations ou de personnes privées et des instituts culturels bénéficient régulièrement de son soutien financier.

Pourtant, un des outils linguistiques les plus utilisés par les Luxembourgeois ne reçoit aucune subvention: le Spellchecker fait cavalier seul depuis 2006 comme nous l'a expliqué Michel Weimerskirch, son créateur.

Pourquoi ne reçoit-il aucune aide de la part de l'État alors qu'il est utile tous les jours à des milliers de personnes?

91,6% sont de langue maternelle luxembourgeoise

Le Spellchecker est un correcteur d'orthographe en ligne et ne contient aucune traduction, ni expression de la langue luxembourgeoise.

"Chaque jour 2.900 personnes le consultent", commence Michel Weimerskirch, "une étude statistique a montré que 95,2% de ses utilisateurs sont des Luxembourgeois. Le Spellchecker n'est pas un outil pour les étrangers et toujours d'après cette étude, 91,6% de ses utilisateurs sont de langue maternelle luxembourgeoise".

D'après le ministère de la Culture, "s'il ne reçoit aucun soutien financier, c'est parce que son responsable n'a pas introduit de demande auprès du ministère".

Ce à quoi Michel Weimerskirch répond: "je ne suis pas intéressé par de l'argent mais par la base de données du LOD, le Lëtzebuerger Online Dictionnaire, afin d'améliorer mon outil qui contribue aussi à la promotion de la langue luxembourgeoise".

"La loi n'est pas respectée"

Le créateur du Spellchecker a déjà eu plusieurs entrevues avec le ministère et l'équipe du LOD pour leur faire part de son intérêt pour le dictionnaire en ligne qu'ils développent depuis 2004.

A chaque fois, Michel Weimerskirch se heurte à la même réponse: il pourra accéder à la base de données lorsque le dictionnaire sera finalisé.

"Le soutien financier ne m'intéresse pas, les procédures sont compliquées et il faut ensuite rendre des comptes. Je préfère financer mon projet moi-même", reprend-il, "De plus, depuis la loi OpenData de mars 2007, toutes les informations publiques doivent être lisibles et reprenables par le public. Pour moi, en m'interdisant l'accès à cette base de données, la loi n'est pas respectée".

Mais le ministère ne l'entend pas de cette oreille: "Les données du LOD seront mises à disposition du public sur le portail OpenData du gouvernement lorsqu'elles répondront aux critères de qualité fixés en amont. Les données qui le constituent sont constamment modifiées, corrigées et enrichies, ce qui les disqualifie actuellement pour une ouverture et un partage tels que les prévoit l'OpenData".

"On aurait tout intérêt à collaborer"

Pour Michel Weimerskirch, c'est le serpent qui se mord la queue: "Les deux outils auraient tout intérêt à s'enrichir l'un l'autre car la langue luxembourgeoise est en constante évolution".

Régulièrement, il met à jour son correcteur orthographique car le LOD fait office de référence officielle en matière d'orthographe mais pour lui, c'est le monde à l'envers:.

"Mon outil est en accès libre et contient plus de vocables que le LOD: il contient près de 62.000 mots qui, déclinés, représentent 252.129 vocables. Dans l'intérêt de la langue et des gens qui utilisent ces outils, il serait plus intelligent de collaborer", déplore-t-il.

Depuis septembre 2015, le LOD a enregistré plus de 1.750.000 requêtes, ce qui correspond à plus ou moins 5.000 requêtes et à 4.000 articles dictionnairiques consultés en moyenne par jour.

Et là encore, on se rend compte que l'outil est davantage utilisé par les Luxembourgeois que par les étrangers: 68% des articles consultés sont compulsés grâce au moteur de recherche en langue luxembourgeoise, tandis que 32% des recherches sont réparties sur les moteurs portant sur les index des traductions françaises, allemandes, anglaises et portugaises.

Cependant, son trafic journalier est inférieur à celui du Spellchecker. D'après le ministère de la Culture, il est de 7.500 requêtes par jour.

"Non seulement, mon site est plus consulté mais en plus, il coûte bien moins cher", souligne Michel Weimerskirch, "Depuis 2004, plus de 6 millions ont été dépensés par l'État en faveur du LOD. On ne peut s'empêcher de penser à ce qui aurait été possible de faire avec une coopération de 12 ans".

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