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Langue luxembourgeoise dans les hôpitaux: "Aujourd'hui, on n'est plus embauché si on n'a pas un niveau de langue suffisant"
Luxembourg 5 min. 17.11.2016

Langue luxembourgeoise dans les hôpitaux: "Aujourd'hui, on n'est plus embauché si on n'a pas un niveau de langue suffisant"

Langue luxembourgeoise dans les hôpitaux: "Aujourd'hui, on n'est plus embauché si on n'a pas un niveau de langue suffisant"

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Luxembourg 5 min. 17.11.2016

Langue luxembourgeoise dans les hôpitaux: "Aujourd'hui, on n'est plus embauché si on n'a pas un niveau de langue suffisant"

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Les soignants des hôpitaux luxembourgeois parlent-ils tous le luxembourgeois? Et selon quels critères de la connaissance de la langue sont-ils embauchés? Une infirmière des hôpitaux Robert Schuman nous raconte son parcours professionnel.

Par Virginie Orlandi

Les soignants des hôpitaux luxembourgeois parlent-ils tous le luxembourgeois? Et selon quels critères de la connaissance de la langue sont-ils embauchés? Une infirmière des hôpitaux Robert Schuman nous raconte son parcours professionnel.

Marine est infirmière depuis sept ans au sein des hôpitaux Robert Schuman. Cette Belge d'une vingtaine d'années a fait toute sa carrière au Luxembourg. Elle ne parle pas le luxembourgeois couramment mais prend des cours en dehors de ses heures de travail à raison de deux heures par semaine.

Elle n'a pas eu besoin de prendre un congé linguistique car le groupe Schuman offre à ses employés la possibilité d'apprendre le luxembourgeois dans les locaux de l'hôpital à l'image de nombreux établissements du pays.

Former les soignants à la langue du pays est devenu un passage obligé pour les groupes hospitaliers du Luxembourg. D'après le ministère de la Santé, "sur un échantillon de trois établissements, 130 diplômes de luxembourgeois ont été délivrés en 2015".

Chaque jour, Marine, comme de nombreux salariés de ce domaine, côtoie des patients de tous les âges. Elle travaille en traumatologie, exerce en bloc opératoire, dispense ses soins au sein du service et visite ses patients en chambre.

Elle fait partie de ces nombreux salariés qui ne sont pas de nationalité luxembourgeoise et qui exercent au sein des hôpitaux du Grand-Duché.

Ces soignants sont-ils à même de comprendre le luxembourgeois et de répondre aux besoins des patients qui, eux, s'attendent à ce que l'on parle leur langue?

"J'ai décroché mon contrat avec un niveau débutant"

La jeune Belge travaille à temps complet et avant d'être embauchée en CDI, elle était en CDD. Elle dit avoir eu très vite conscience que la connaissance du luxembourgeois serait un atout pour décrocher un contrat définitif.

"Lorsque j'étais en CDD, je prenais des cours de luxembourgeois en privé dans une école en Belgique. J'ai décroché mon CDI alors que j'avais un niveau de luxembourgeois débutant", confie-t-elle avant d'ajouter: "Mais je vous parle de 2011, depuis les choses ont bien changé. Aujourd'hui, on n'est plus embauché si on n'a pas un niveau de langue suffisant".

Ces dernières années, à Robert Schuman, 407 salariés ont suivi une formation en luxembourgeois et en 2015, ils étaient 64.

Au CHL, ce sont 35 nouveaux salariés qui débutent des cours de luxembourgeois chaque année et au CHEM, depuis 2009, 346 collaborateurs ont obtenu un diplôme en luxembourgeois.

Parmi les soignants embauchés dans ces trois établissements hospitaliers, il y a une majorité d'étrangers résidents ou non résidents luxembourgeois.

Le CHEM emploie 20 nationalités différentes, le CHL compte 1.358 employés étrangers en 2015 et les hôpitaux Robert Schuman ont 60% d'étrangers dans leurs effectifs.

Cette disparité de nationalités ne semble cependant pas gêner les établissements qui poursuivent leur recrutement tout en formant les salariés.

"E Spidol vun de Leit fir d'Leit"

Le directeur général du CHEM, Michel Nathan, parle d'ailleurs d'un "hôpital proche du citoyen. Pour nous, l'apprentissage de la langue luxembourgeoise est nécessaire pour comprendre le patient. En même temps, c'est un moyen d'intégration pour nos collaborateurs".

Marine a pour objectif de "parler le luxembourgeois comme le français", elle avoue tout de même en être "très loin" malgré plusieurs années d'apprentissage. Mais son enthousiasme et sa bonne volonté semblent intarissables:

"J'ai pour habitude de m'exprimer en luxembourgeois lorsque je m'adresse à un patient", raconte l'infirmière."Je le fais par respect pour le malade et pour le pays qui m'emploie".

Tous les lundis, elle se rend à son cours de luxembourgeois où on lui apprend le vocabulaire spécifique à son métier afin de mieux pouvoir comprendre les patients et communiquer avec les médecins.

Au sein de son équipe, la langue véhiculaire est le français  mais lorsqu'elle se rend au bloc, la langue de communication est très souvent l'allemand puisque de nombreux médecins des hôpitaux Robert Schuman s'expriment dans cette langue.

"Nous avons un taux de médecins de nationalité luxembourgeoise et/ou comprenant très bien le luxembourgeois de 85%", précisent les ressources humaines des hôpitaux Robert Schuman. 

Si le luxembourgeois est enseigné et est une obligation pour pouvoir travailler en milieu hospitalier au Luxembourg, il n'en reste pas moins qu'il n'est pas la langue véhiculaire au sein des équipes.

"Jongler avec les langues"

Dans le service de Marine, on communique dans de nombreuses langues: les formulaires de renseignements du patient sont rédigés dans la langue maternelle du soignant qui fait l'admission et toute l'équipe est capable de lire et comprendre les informations: "Le nom des pathologies et des traitements se retrouvent d'une langue à une autre et à force, on comprend tous les termes", explique-t-elle." Et si jamais, on a un doute, on demande à une collègue de nous aider".

En sept années de service, Marine n'a jamais assisté à une erreur médicale à cause d'une incompréhension linguistique. Un constat qui se retrouve dans d'autres hôpitaux. Au CHL, par exemple, la langue de documentation est le français.

Du côté des patients, l'infirmière décrit des personnes compréhensives qui, voyant qu'elle fait un effort pour parler luxembourgeois, "ont la politesse de poursuivre la conversation en français pour me faciliter la tâche".

"En presque dix ans de service, je n'ai rencontré qu'un seul cas où un patient a demandé à changer d'infirmière parce qu'elle ne parlait pas bien le luxembourgeois", conclut Marine.

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