La «Wanteraktioun» au secours des plus démunis
La «Wanteraktioun» au secours des plus démunis
Les douze coups de midi sonnent. Au centre de la «Wanteraktioun» (WAK) au Findel, les bénévoles s'affairent à préparer les repas tandis que ceux qui ne peuvent se passer de cette aide arrivent au compte-goutte. Très vite, une petite file se forme au guichet improvisé à la fenêtre du bâtiment - covid oblige - pour pouvoir s'inscrire et ainsi bénéficier d'un repas chaud et réserver un lit pour le soir.
Pour autant, il n'y a pas foule. La faute à une décentralisation du centre qui n'a «rien d'idéal», estime André Soares de Andrade, bénévole à la Croix-Rouge. Avec la pandémie, la traditionnelle action d'hiver, organisée depuis 2001 par le ministère de la Famille, a en effet dû s'adapter. Pour limiter les risques de contaminations, l'ancien foyer de jour, jusqu'alors situé à Bonnevoie, a ainsi été transféré pour tout concentrer en un même lieu.
Mais situé en dehors de la ville, à quelques pas de la cité policière, le centre flambant neuf ne permet pas à tous de s'y déplacer en journée. Si environ 135 lits sont occupés la nuit, les bénévoles ne servent ainsi que 80 repas en moyenne le midi. «Certains travaillent et ne peuvent pas venir jusqu'ici, quitte à sauter un repas», souligne Catia Gomes, bénévole Inter-Action.
Pour ceux qui font le déplacement, les consignes s'appliquent dès l'entrée, à commencer par une fouille. Car ici, ni boissons alcoolisées, ni drogues ne sont autorisées. Des règles strictes, complétées, avec le virus, par de nouvelles mesures sanitaires. Désormais, prise de température et désinfection des mains sont donc obligatoires. Un rituel auquel tous se plient sans broncher.
A l'intérieur, peu de monde. Dans le réfectoire, une vingtaine de personnes déjeunent en silence. La plupart d'entre elles profitent de leur repas, tête baissée. Peu semblent ouvertes à la discussion et les mesures en place - pas plus de deux par table - ne facilitent pas la communication.
Au menu, entrée, plat, dessert. Mais surtout, «des plats chauds et équilibrés», souligne un bénévole en tablier. Chaque jour, un choix différent est proposé. Un luxe que tous ne peuvent autrement pas se permettre.
Dans les couloirs, comme dans le réfectoire, le silence règne lui aussi. Et rares sont d'ailleurs ceux qui acceptent de parler. Ali vient toutefois briser le silence. Après avoir quitté le Luxembourg en 2018, cet Espagnol d'une cinquantaine d'années revient quotidiennement à la WAK depuis trois mois. «Je n'ai pas de travail, je n'ai pas le choix», s'exclame-t-il, un brin défaitiste.
Avec la pandémie, de nouveaux visages font en effet leur apparition. «De plus en plus de femmes et de jeunes adultes» viennent ainsi demander de l'aide, note Catia Gomes, précisant qu'il ne s'agit toutefois que de «constatations de terrain». Un constat qui rejoint néanmoins celui d'Alexandra Oxacelay, directrice de l'association Stëmm vun der Strooss, en octobre dernier.
Et la situation ne devrait pas s'améliorer ces prochains mois, puisque Xavier Bettel (DP) a annoncé, vendredi, le maintien des mesures sanitaires. Autrement dit, de l'impossibilité, pour une frange de la population, de bénéficier de revenus liés à leur travail. Un phénomène de travailleurs pauvres qui n'a rien de nouveau, mais qui pourrait donc empirer à l'avenir.
En témoigne le nombre croissant de bénéficiaires de la WAK. S'ils étaient 773 personnes à avoir bénéficié d'un toit grâce aux actions mises en place par la Croix-Rouge, Caritas et Inter-Actions en 2019, ils étaient 784 l'hiver dernier. Durant cette période, les bénévoles de ces associations ont par ailleurs distribué 18.173 repas. Un chiffre qui grimpe même à 27.545, l'action d'hiver ayant été prolongée jusqu'au 30 juin dernier en raison de la pandémie sanitaire.
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