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La vision du nouveau cardinal Jean-Claude Hollerich
Luxembourg 4 min. 07.10.2019

La vision du nouveau cardinal Jean-Claude Hollerich

La vision du nouveau cardinal Jean-Claude Hollerich

Photo: Lex Kleren
Luxembourg 4 min. 07.10.2019

La vision du nouveau cardinal Jean-Claude Hollerich

Michael MERTEN
Michael MERTEN
Ordonné ce samedi par le pape, l'archevêque de Luxembourg se confie sur l'engagement de l'Église sur la protection de la forêt tropicale et des populations indigènes d'Amazonie. Mais le religieux luxembourgeois affirme aussi vouloir aussi renforcer le rôle des femmes dans l'Église.

Comment avez-vous vécu les semaines qui ont suivi votre nomination comme cardinal ?

«Ça bouge depuis des semaines! Au début, j'avais une semaine de congés au Portugal. Mais il y a eu beaucoup d'entrevues téléphoniques pendant ces vacances. Et puis, j'ai été complètement concentré sur la consécration épiscopale de Léon Wagener avant de pouvoir me préparer à devenir cardinal.


Als Präsident der  Kommission der Bischofskonferenzen der Europäischen Union, Comece, bezieht  Erzbischof Jean-Claude Hollerich klar Position zu den Problemen in der Europäischen Union.
«Je suis heureux pour toute l'Église luxembourgeoise»
Mgr Jean-Claude Hollerich, 61 ans, archevêque de Luxembourg, sera proclamé cardinal le 5 octobre, a annoncé dimanche après-midi le pape François.

Vous n'avez pas été prévenu par le pape de cette nomination?

«Non, pas du tout, mais c'est le style du pape. Il ne prévient pas. Même la nonciature ne le sait pas. Quand j'étais au Portugal, j'ai remarqué que j'ai eu beaucoup de messages sur mon téléphone portable. Y compris ma mère qui avait appelé trois fois. J'étais surpris car mon anniversaire est début août, pas en septembre. Et alors je vois un message de mon amie Cecilia. Et elle me dit «Éminence» - donc le titre des cardinaux.  Même en regardant la page des Nouvelles du Vatican, il n'y avait rien sur cette nomination. Alors je me suis dit : «C'est une fausse nouvelle. Mais à un moment donné, j'ai su que ce n'était pas une fausse nouvelle.»

Présent à Rome, son altesse royale le Grand-Duc n'a pas manqué de féliciter amicalement Jean-Claude Hollerich.
Présent à Rome, son altesse royale le Grand-Duc n'a pas manqué de féliciter amicalement Jean-Claude Hollerich.

Comment votre mère a-t-elle réagi à cette annonce ?

«Elle n'en était pas sûre. Elle regarde toujours la prière de l'Angélus à la télévision italienne. Et c'est à cette occasion qu'elle a entendu le pape dire mon nom. Elle a cru entendre parler du Consistoire du cardinal. Elle était très excitée et voulait savoir exactement pourquoi le pape avait prononcé mon nom.»

Vous avez pu parler avec le pape de cette nomination?  

«A la vérité, j'ai reçu de sa part une lettre qu'il a également signée lui-même alors, qu'en général, une lettre du pape est signée par le secrétaire d'État. Dans ce courrier, il était dit: Vous allez maintenant appartenir au clergé de la ville de Rome.»

Sur un plan personnel, vous partagez avec le pape François une préférence pour le Japon…

«On peut dire ça. Mais plus généralement, je m'entends très bien avec lui. Vendredi, j'ai eu la surprise dans les jardins du Vatican qu'il vienne s'asseoir à côté de moi. C'était un hasard, juste parce que j'avais le dernier siège dans la lignée des cardinaux. Mais c'était bien sûr sympa, j'ai pu échanger quelques mots personnels avec lui.»

Le pape François a remis à l'archevêque la mitre de son nouveau statut religieux.
Le pape François a remis à l'archevêque la mitre de son nouveau statut religieux.

A Luxembourg, les magasins de mode pour cardinaux sont probablement assez rares. Alors comment fait-on pour s'habiller quand on devient cardinal?

«J'ai dû acheter toutes ces nouvelles robes. Les robes et tout le reste. Mais j'ai un tailleur ici, à Rome, qui peut faire ce travail à la juste taille. J'ai essayé ma tenue le troisième jour où j'étais à Rome et tout m'allait!»

Quels changements concrets avez-vous déjà constatés?

«Je reçois déjà plus d'invitations de l'étranger. Par exemple, je suis convié en Bavière pour le pèlerinage de Notre-Dame à Altötting, le 1er mai. Le 6 janvier, je serai à Cologne pour la fête des Rois Mages. C'est toute une série d'obligations internationales qui m'arrivent.»

Vous participerez au synode consacré à l'Amazonie dans les jours à venir. Qu'est-ce qu'un archevêque de Luxembourg peut y dire?

«Tout d'abord, écouter et apprendre. Je suis certes allé au Brésil à quelques reprises, mais là je veux écouter attentivement mes frères de la région amazonienne. Et il faudra aussi se concentrer sur l'impact de l'Europe et ses industries y compris financières qui cofinancent de nombreux crimes climatiques.»

En quoi ce synode est-il intéressant pour nous, Européens ?

«Parce qu'il traite tout d'abord du thème intégral de l'écologie qui nous concerne tous. Il y a des gens qui jouent avec le feu en Amazonie, littéralement. Il s'agit d'un crime contre l'humanité. Les peuples autochtones qui vivent dans la région amazonienne sont parfois déplacés de force, leur vie est en danger. Nous devons défendre les droits de ces peuples. Là-bas, une extermination sans égal se produit, et le monde reste silencieux. L'Église catholique, elle, ne peut pas se taire.»

Premier moment d'émotions pour les tout nouveaux cardinaux.
Premier moment d'émotions pour les tout nouveaux cardinaux.

Plusieurs religieux ont déjà exprimé leur sympathie pour «Fridays for Future». Personnellement, vous écoutez aussi Greta Thunberg. Qu'en pensez-vous?

«Elle a raison. Bien sûr, je ne suis pas d'accord avec elle quand elle dit «Je ne te pardonnerai jamais». Nous, les chrétiens, devons pardonner et pardonner encore et encore. Mais j'admire cette jeune femme. Le courage qu'elle a tout comme l'énergie de toute la jeune génération qui prend de nouvelles responsabilités.»

En votre qualité de Président de la Commission épiscopale de l'UE, vous défendez la répartition solidaire des réfugiés en Europe. Toutes les Eglises nationales ne suivent pas cette idée.

«Il faut aussi comprendre ces Eglises. Leur fondement historique est très différent du nôtre. Vous ne devez pas les forcer, car si vous les forcez à faire le bien, cela tournera souvent à l'opposé. Je pense que nous devrions simplement donner le bon exemple. Peut-être les pays de l'Est remarqueront-ils alors qu'il n'est pas impossible d'agir en faveur d'un accueil des réfugiés.»


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