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La violence domestique a su se faire discrète
Luxembourg 4 min. 11.05.2020 Cet article est archivé

La violence domestique a su se faire discrète

Les victimes de violence domestique ne doivent pas hésiter à appeler la helpline ou à se rapprocher des asbl spécialisées. La crise ne les a pas mises en sommeil.

La violence domestique a su se faire discrète

Les victimes de violence domestique ne doivent pas hésiter à appeler la helpline ou à se rapprocher des asbl spécialisées. La crise ne les a pas mises en sommeil.
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Luxembourg 4 min. 11.05.2020 Cet article est archivé

La violence domestique a su se faire discrète

Mise en place dès le début du confinement, la helpline dédiée aux violences domestiques n'a pas explosé sous les appels. Mais du côté des professionnels, pas question d'estimer que ce calme relatif signifie que coups, injures et brimades n'ont pas perduré.

Promiscuité 24h/24, tensions liées à l'épidémie, fatigue liée à la prise en charge de ce nouveau mode de vie : dès l'annonce du confinement, une crainte est née. Celle que les violences domestiques ne prennent une ampleur inédite. «Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre mais les acteurs sociaux ont vite redouté que certaines situations ne dégénèrent dans les foyers», témoigne Ralph Kass, conseiller au ministère de l‘Egalité entre les femmes et les hommes (MEGA). C'est ainsi qu'a été mis en place le numéro d'appel 2060 1060

Alors que le site violence.lu se mettait à la page du covid-19, la première ligne d'écoute et d'aide liée aux violences domestiques au Luxembourg s'ouvrait donc. Et depuis la mi-avril, au téléphone chaque jour, une ou deux personnes (femme, homme, enfant) viennent signaler qui des coups, qui des violences verbales, qui une pression mentale intolérable. «Des gestes tout autant inacceptables maintenant qu'hier et demain», vient rappeler le MEGA.

Et si le service a été utile, c'est bien parce qu'en plus d'une oreille et d'un réconfort, les victimes, les témoins ou les professionnels appelant ont bien trouvé réponse à leur problème. «Fort heureusement, depuis un mois et demi, nous ne détectons pas de vague de violence particulière, poursuit Laurent Kaas. Le nombre d'appels en témoigne, tout comme les faits relevés par la police.» Les données sont ainsi restées dans la moyenne des dernières années : de l'ordre de 80 interventions des forces de l'ordre par mois, pour une vingtaine d'expulsions de sujets violents.

Car, fait important, le dispositif d'aide comme les sanctions ne se sont pas endormis alors que le Luxembourg était plongé dans une semi-léthargie. Sur mars-avril, les policiers ont agi sur 166 signalements, et 44 expulsions ont été ordonnées par le Parquet. «Signe que tous les acteurs sont restés vigilants», relève-t-on côté MEGA.

Et si police et justice ont continué d'agir, il en est de même des nombreuses associations habituées à traiter les conséquences des violences domestiques. C'est d'ailleurs à ces asbl ou fondations qu'a été confiée la gestion de la helpline. Ainsi, à tour de rôle, les professionnels de Pro Familia, Maison de la Porte OuverteinfoMannFemmes en détresse ou du Conseil national des Femmes se sont succédé pour décrocher. «Une présence continuelle de 12h à 20h relayée par une messagerie vocale ou un contact mail (info@helpline-violence.lu) si besoin», souligne Sandra Wies, coordinatrice du Centre Ozanam

D'ailleurs, même si nombre de foyers d'accueil pour victimes de violence domestique affichaient complet avant même le début de l'épidémie, des solutions d'hébergement ont toujours pu être proposées aux personnes les plus en difficulté dans leur foyer. Des nuitées en chambre d'hôtel étant possibles. 

Le confinement a peut-être mis un couvercle sur une casserole qui bout

Tout irait donc (presque) pour le mieux dans le meilleur des mondes? A dire vrai, les uns et les autres en doutent. La "paix des ménages" qui semble se dégager des chiffres et des statistiques ne pourrait être qu'illusoire. «Difficile en effet pour une femme battue, un gamin frappé, un mari violenté, un partenaire forcé à des actes sexuels non désirés de pouvoir appeler au secours quand, à longueur de journée, il partage le même espace que son agresseur», pointe Sandra Wies. 

Ajoutez à cela la limitation de sortie instaurée pour éviter la propagation virale, et vous aurez (sans doute) une partie de l'explication du faible nombre d'appels ou de consultations de ces dernières semaines.

Au ministère de l'Egalité entre les hommes et les femmes, Ralph Kass a trouvé la formule qui résume l'état d'esprit général: «Le confinement a peut-être mis un couvercle sur une casserole qui bout». Aussi, les divers soutiens invitent toutes les victimes potentielles de violence à ne pas se murer dans le silence, la discrétion, la soumission. «Trois attitudes qui ne feront qu'encourager leur bourreau», rappelle le conseiller. Un coup de fil sur la helpline, un mail ou un déplacement aux divers centres d'accueil valent bien mieux pour en finir. 

«Et cela vaut aussi pour les témoins de ce genre d'attitudes, les confidents, les voisins ou collègues dans le doute>, conclut Sara Wies. Alors, prêt à composer le 2060 1060?

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