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La vie aussi loin que le vélo le portera
Luxembourg 4 min. 26.02.2020

La vie aussi loin que le vélo le portera

À 34 ans, Thomas Elliot se dit reconnaissant au Luxembourg de lui avoir permis de se poser, alors que le jeune homme n'avait jamais réellement posé longtemps ses valises.

La vie aussi loin que le vélo le portera

À 34 ans, Thomas Elliot se dit reconnaissant au Luxembourg de lui avoir permis de se poser, alors que le jeune homme n'avait jamais réellement posé longtemps ses valises.
Photo: Sibila Lind
Luxembourg 4 min. 26.02.2020

La vie aussi loin que le vélo le portera

Sibila LIND
Sibila LIND
En amont du Festival des migrations, découvrez plusieurs portraits de résidents nés hors des frontières du Grand-Duché. Nouveau parcours avec Thomas, Néo-Zélandais de 34 ans, vegan et défenseur de l'environnement. Installé depuis 2017, il envisage toutefois de ne pas passer sa vie dans le pays.

La vie de Thomas s’est faite très tôt sur des roues. Il avait six mois quand ses parents ont décidé de transformer un bus scolaire en maison. Ils changeaient le véhicule de place et exploraient un nouveau pays, parfois au milieu de nulle part. Dans l’espace environnant, ils plantaient des légumes et les cueillaient. Ils n’avaient pas de salle de bain. Ils avaient une baignoire en dehors du bus. Ils allumaient un feu sous cette baignoire et au bout de deux heures, l’eau était chaude. C’est ainsi qu’ils prenaient leur bain : en pleine nature en regardant les étoiles. 

Ce n’est que plus tard que Thomas a réalisé le privilège qu’il avait eu d’avoir une vie inhabituelle. Jusqu’à 10 ans, il a vécu dans le bus, toujours en déplacement. De ville en ville, de village en village. Les parents – la mère formée en botanique et le père en biologie – enseignaient leur fils dans le bus, quand il n’y avait pas d’école à proximité. En 2000, ils ont décidé de s’installer dans une maison à Whangarei. Thomas était déjà passé par 13 écoles. Le goût du changement est resté, ainsi que celui de la nature. 

Lorsqu’il est entré à l’université d’Auckland, il a décidé de faire des études de mathématiques et de bioscience moléculaire. Mais Whangarei était une ville trop centrée sur la consommation, et Thomas – un an après son arrivée – a décidé de poursuivre ses études à Palmerston North, une très petite ville ayant une vie étudiante agitée. En 2007, diplôme en main, il ne savait pas ce qu’il voulait faire de sa vie. Il est alors parti, avec un sac à dos, à la découverte de l’Europe continentale. Pendant trois mois, il l’a parcourue avec un ami. 

En 2011, il décide de refaire la même chose. Dans une maison occupée à Ljubljana, en Slovénie, il découvre un vélo cassé des années 70, du temps du régime communiste de l’ex-Yougoslavie. Il en est tombé amoureux et a décidé d’apprendre à le réparer. C’est avec lui qu’il a commencé à pédaler à travers plusieurs pays. Son histoire a commencé à faire partie de l’histoire de ce vélo. Et l’idée de pouvoir se déplacer sur lui autant qu’il le voulait, l’enthousiasmait. Il n’avait pas besoin de penser aux horaires, à l’essence ou au parking. Il ne dépendait de rien.

13 mois de voyage jusqu'à Londres

C’est alors qu’en 2015, après avoir terminé sa maîtrise en génie de l’environnement, il a décidé de partir à vélo à Londres, où il allait retrouver son frère aîné. Il a quitté la Nouvelle-Zélande sur un voilier avec des amis. Pendant quatre mois, il a navigué sur l’océan Pacifique Nord. Il a débarqué à Singapour et après cela, il suffisait de pédaler. En chemin, il a découvert de nouvelles villes et cultures et s’est fait de nouveaux amis.

Après 13 mois de voyage, il est arrivé à Londres en août 2016, le Brexit avait déjà fait l’objet d’un référendum. Cet épisode lui a rendu difficile la tâche de chercher du travail dans la région. Pendant cinq mois, il n’a pas eu de chance, mais en une semaine, il a reçu trois propositions : un poste dans une organisation non gouvernementale environnementale à Londres, une bourse de doctorat à Hambourg, en Allemagne, et une bourse de doctorat au Luxembourg.

Le Luxembourg m’a permis d’avoir tout ça  

Finalement, Thomas a choisi d’aller en Allemagne. Mais quand il est arrivé, il a été contacté par l’Institut luxembourgeois des sciences et technologies (LIST), qui a insisté auprès de lui pour qu’il reconsidère la proposition et l’a invité à visiter le pays pendant quelques jours. Thomas a été si bien accueilli et a trouvé la capitale agréable, qu’il a décidé de changer. A Hambourg, il a pris son vélo et s’est rendu à Cologne, où il a pris le train pour le Luxembourg. A Belval, il a commencé son doctorat en services écosystémiques. Il a passé un an à Lisbonne, «l’une des meilleures années de ma vie », grâce à un partenariat entre l’université et l’Instituto Superior Técnico.

Etre au Luxembourg depuis trois ans est un défi pour Thomas : «Je n’ai jamais eu d’appartement, ma propre chambre, ma cuisine. Et le Luxembourg m’a permis d’avoir tout ça. D’avoir ma collection de disques ici avec moi. De découvrir des restaurants végétaliens qui ont beaucoup augmenté et connaître mon quartier », dit-il. «Pour moi, être au Luxembourg signifie que je peux m’ancrer un moment, même si je ne compte pas rester ici pour toujours». Avec ou sans vélo, Thomas n’aime pas s’arrêter. En raison de son enfance, il sent que la moitié de lui-même a besoin de stabilité, l’autre moitié a besoin de mouvement. Il lui manque un nid, mais aussi de pouvoir voler, ou, dans ce cas, pédaler, à travers le monde. Et maintenant, il lui tarde de retourner à Lisbonne. Après, il verra bien.


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