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«La vaccination ne relève pas de la vie privée»
Luxembourg 5 min. 27.08.2021
Covid-19

«La vaccination ne relève pas de la vie privée»

Pour convaincre les réticents, le gouvernement mise sur la vaccination de proximité qui repose notamment sur les médecins de famille.
Covid-19

«La vaccination ne relève pas de la vie privée»

Pour convaincre les réticents, le gouvernement mise sur la vaccination de proximité qui repose notamment sur les médecins de famille.
Photo: dpa
Luxembourg 5 min. 27.08.2021
Covid-19

«La vaccination ne relève pas de la vie privée»

Marie DEDEBAN
Marie DEDEBAN
Pour le Dr Oliver Kohns, chercheur à l'Uni, le choix du vaccin va au-delà d'une protection personnelle contre le virus, ce qui explique les divergences. Pour autant, il estime que ces tensions ne s'apparentent pas non plus à des fractures.

A l'approche de la fin des congés d'été, la campagne vaccinale entre dans une nouvelle phase, plus difficile: convaincre les retardataires, les hésitants, les réticents. Et si la ministre de la Santé s'est à nouveau opposée à rendre la vaccination obligatoire pour les soignants, convaincre le dernier quarteron de résidents risque d'être complexe. 

Le Dr Oliver Kohns, au centre, est chercheur au sein de l'IPSE
Le Dr Oliver Kohns, au centre, est chercheur au sein de l'IPSE
Photo: Guy Jallay

Au Luxembourg, comme dans le reste de l'Europe, des personnalités publiques, médecins ou avocats ont publiquement manifesté leur opposition au vaccin. Leur principale argumentation  s'appuyant sur le respect des libertés individuelles. Pas si simple selon le Dr Oliver Kohns, chercheur au sein du département Identités, politiques, sociétés et espaces de l'Uni.

Malgré les chiffres et les études démontrant l'efficacité de la vaccination sur la gravité de l'infection covid, certains continuent à s'y opposer catégoriquement. Comment l'expliquez-vous?

Dr Oliver Kohns: «L'une des raisons principales de ce refus est la peur. Certaines personnes craignent d'être exposées au covid et se font donc vacciner. D'autres ont peur des vaccins eux-mêmes, ce qui est compréhensible dans une certaine mesure. La vaccination reste une intrusion dans le corps. Et ces personnes sont effrayées d'entendre que les vaccins modernes fonctionnent sur des techniques génétiques.

Ils rejettent donc cette idée en bloc comme ils refusent par exemple de consommer des aliments OGM. Ces personnes ont peur car elles ne comprennent pas le fonctionnement même du vaccin. 

Mais c'est le cas de la majorité des gens...

«En effet, ce système n'est pas facile à comprendre à moins d'être un expert en biologie. Moi-même, je ne peux pas dire que j'ai tout compris. Mais il est possible de s'instruire en lisant des articles ou même en écoutant des podcasts. Les autorités scientifiques s'efforcent d'expliquer le processus. Mais encore faut-il les croire. Il faut croire dans l'autorité de la science pour accepter d'intégrer les explications données. Et ce n'est pas le cas de tout le monde. 

Si certains médecins s'y opposent encore, c'est notamment parce qu'ils ne sont pas experts en biologie. Ceux qui ont une telle expertise ne croient pas aux fake news que l'on peut voir sur les réseaux, et les véhiculent encore moins. Et puis on l'a vu depuis le début de la pandémie, il est facile d'attirer l'attention, de devenir une personnalité publique, en s'opposant aux mesures covid ou au gouvernement.

Parmi les arguments des anti-vax, certains évoquent les libertés individuelles. Se faire vacciner relève-t-il de l'intime?

«Non, la vaccination ne relève pas de la vie privée. Le but d'un vaccin n'est pas seulement de se protéger soi; il s'agit aussi de protéger les autres. Nous voulons tous retrouver une vie sociale comme avant le covid, des contacts avec d'autres personnes. Mais cela ne sera possible que si un nombre suffisamment élevé de personnes se font vacciner.

Par conséquent, se faire vacciner n'est pas une question purement personnelle, où chacun décide s'il se protège et en assume seul les conséquences. Il s'agit de protéger les autres, et donc ce n'est plus une affaire privée, surtout si vous travaillez au contact de personnes vulnérables. 

Certains voient dans les discours du gouvernement, les articles de presse et les campagnes de communication une pression à la vaccination. Ne craignez-vous pas que ces tensions engendrent une division dans la société?

«Bien sûr il y a une certaine pression à se faire vacciner, mais je ne suis pas entièrement convaincu par cette narration journalistique de la ''fracture''. De nos jours, on lit beaucoup de choses sur les clivages dans la société. Mais à quel moment dans notre histoire avons-nous vraiment été unis? Sur quel sujet y a-t-il déjà eu un consensus total?


FILE PHOTO: A man walks past anti-vaccine graffiti amid the outbreak of the coronavirus disease (COVID-19) in Belfast, Northern Ireland January 1, 2021. REUTERS/Phil Noble/File Photo
Qui se cache derrière les 13% opposés au vaccin?
Si huit résidents sur dix se sont déclarés favorables à l'injection du sérum anti-covid, selon une étude du Statec parue mardi, certains s'y opposent encore et toujours. Avec comme argument principal les incertitudes dans les effets à long terme. Explications.

De mon point de vue, le Luxembourg est une société très divisée à la base. Que ce soit en termes de langue ou de répartition des richesses. On y parle luxembourgeois, français, portugais, allemand... Et les riches du Grand-Duché sont certainement plus riches que dans d'autres pays, et pourtant il y a beaucoup de pauvres. Je ne vois pas comment le débat sur la vaccination, ou le covid en général, aurait pu la diviser davantage.

Au final, il n'y a pas de sujet sur lequel les gens sont d'accord. Et c'est très bien ainsi! L'opinion publique est définie par le débat, et ce débat est un élément constitutif de la démocratie comme le disait le philosophe Jacques Rancière. Le seul endroit où il y a un consensus est la Corée du Nord et nous ne voulons pas vivre dans une telle société.»

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