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La télé pirate séduit aussi au Luxembourg
Luxembourg 4 min. 12.08.2019

La télé pirate séduit aussi au Luxembourg

Posséder un boîtier illégal permet de profiter de centaines de chaînes mais ce n'est pas sans risques.

La télé pirate séduit aussi au Luxembourg

Posséder un boîtier illégal permet de profiter de centaines de chaînes mais ce n'est pas sans risques.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 4 min. 12.08.2019

La télé pirate séduit aussi au Luxembourg

Didier HIEGEL
Didier HIEGEL
Près de 4.000 chaînes de télévision, une multitude d’événements sportifs, de films et de séries, le tout pour un modique abonnement annuel. Au Grand-Duché, l'offre illégale attire des adeptes mais reste marginale.

«Pour me faire plaisir, mon cousin m’a ramené un décodeur des Pays-Bas. Cela fait bien plus d'une dizaine d’années», confie Charles. «Pour moi, c’était un moyen d’avoir les bouquets de chaînes de sport à moindre coût, 80 euros environ. Il faut dire que l'offre légale n'était pas aussi fournie qu'aujourd'hui», ajoute le trentenaire affecté aux espaces verts d'une commune du nord du pays.

Charles est une sorte de précurseur avant l'an 2000. Depuis, les premiers pirates de la télévision par internet ont fait des émules dans le pays.  «Moi aussi, le sport est la raison principale de posséder une telle box», annonce Paul du haut de ses 28 ans, huit printemps de plus qu'Ana qui, elle, avance des «raisons financières» pour être passée du «côté obscur» de la télé pirate.

 J’ai ma box sur Amazon

«Je viens de m'installer avec mon copain...», s'excuse-t-elle avant de souligner la facilité de la mise en place de l'installation. Le boîtier adapté se branche sur un écran via une prise HDMI et sur internet grâce à un câble Ethernet ou en wifi. Installé sur la mémoire interne, un logiciel lit des flux qui agrègent plusieurs chaînes de télévision et les services de vidéo à la demande. 

Auparavant revendues à la sauvette, ou «tombées du camion», et installées sans facture, ces box sont aujourd’hui disponibles dans les magasins d’électro-ménagers ou sur les plate-forme de e-commerce à des prix variant de 35 à 500 euros. «J’ai acheté la mienne sur Amazon», avoue Paul. «J’en ai pris une chère avec deux entrées, internet et parabole. Ça me permet de regarder un film tout en en enregistrant un autre», avoue-t-il encore. 

Promotions sur les abonnements

Si l’achat d’un boîtier IPTV est accessible à tous, l’obtention d’un code l’est tout autant. «Il y a quelques années, c’était du bouche-à-oreille, aujourd’hui les sites sont facilement accessibles sur Internet», raconte Ana. Effectivement, c’est un jeu d’enfant. Certains sites offrent même des promotions: cinq euros la journée ou 99 euros au lieu de 149 euros pour un abonnement annuel.

«Moi, je suis contacté par e-mail, quelque temps avant l’expiration de mon abonnement pour savoir si je veux continuer», poursuit Marc. Le suivi du consommateur est assuré assidûment par des sociétés basées le plus souvent en Europe de l'Est et en Afrique.

Infographie: Hadopi

Posséder une kyrielle de chaînes, via un décodeur pirate, n'est toutefois pas la garantie de ne manquer aucun événement. «J’ai manqué certains gros matches faute d'une qualité d'image suffisante. Certains bouquets, comme Sky ou Canal+, étaient inaccessibles. Alors je me suis offert un contrat "légal" auprès d'un de nos opérateurs», souligne Charles.

Si la qualité technique est parfois défaillante, s’adonner sans vergogne au piratage télévisuel comporte des risques. Le premier consiste à payer son abonnement à des sociétés douteuses avec son numéro de carte bleue. Données bancaires qui peuvent être réutilisées ou revendues. 

Autre risque, l'utilisation par des hackers de logiciels malveillants installés dans la box pourraient collecter des informations personnelles ou prendre le contrôle du boîtier à distance.

Infographie: Hadopi

Le risque de se faire pirater existe bel et bien. Et la sanction juridique peut, elle aussi, tomber. «Les personnes qui visionnent des contenus piratés, au même titre que celles qui commercialisent les boîtiers illégaux, peuvent être accusées de contrefaçon», commente Luc Welter de Post Luxembourg. 

«Au pays, il est difficile d’évaluer le nombre de boîtiers en circulation car, bien entendu, personne ne se vante d’en posséder. Quant à nous, je ne pense pas que nous soyons beaucoup impactés. Nous avons environ 55.000 abonnés et leur nombre ne cesse d’augmenter.» «Utiliser de cette manière l’IPTV reste du vol qualifié puisque aucun droit d’auteur n’est acquitté», souligne encore le porte-parole. 


Contrefaçons au Luxembourg: le faux fait fureur
Les sacs à main sont au Luxembourg les produits contrefaits qui, en pourcentage, causent le plus de pertes à l'économie du pays devant les produits cosmétiques et les vêtements. Un rapport publié hier estime à 159 euros par habitant et par an la perte pour l'économie.

De son côté, la Cour de justice de l’Union européenne s’est déjà prononcée à ce sujet. Cette pratique est constitutive d’une atteinte au droit d’auteur et considérée comme de la contrefaçon. Et le délit de contrefaçon est passible de trois ans de prison et 300.000 euros d’amende. 

A la marge jusqu’il y a une dizaine d’années, le piratage à grande échelle est en pleine croissance. Au Royaume-Uni, 10% de la population est concernée, selon YouGov. Aux Etats-Unis, sept millions de personnes possèdent un décodeur pirate d’après le cabinet Sandvine. Le phénomène semble beaucoup plus confidentiel au Luxembourg. «C’est sans doute que les gens ont davantage le sens civique», conclut M. Welter.   

* Charles, Marc, Paul et Ana sont des prénoms d'emprunt.