Changer d'édition

La stratégie de dépistage du gouvernement à la loupe
Luxembourg 4 min. 07.05.2020

La stratégie de dépistage du gouvernement à la loupe

Les autorités sanitaires misent sur le dépistage des cas actifs pour briser la chaîne de la propagation du virus.

La stratégie de dépistage du gouvernement à la loupe

Les autorités sanitaires misent sur le dépistage des cas actifs pour briser la chaîne de la propagation du virus.
Photo : Gerry Huberty
Luxembourg 4 min. 07.05.2020

La stratégie de dépistage du gouvernement à la loupe

Anne-Sophie de Nanteuil
Anne-Sophie de Nanteuil
Le Luxembourg a débloqué un budget de 4,7 millions d'euros pour tester l'ensemble de sa population. Avec l'objectif d'éviter une seconde vague. Mais comment s'y prennent concrètement les autorités sanitaires ? Explications.

Dépister toute la population en un mois. Tel est l'ambitieux projet du gouvernement luxembourgeois pour briser la chaîne d’infection et réduire au maximum le risque d’une deuxième vague. Une stratégie de dépistage à large échelle proposée non seulement aux 625.000 résidents, mais aussi aux quelque 200.000 frontaliers du pays.  

Au total, un maximum de 20.000 tests quotidiens seront effectués, mais ce monitoring géant de la population sera réalisé par étapes. Autrement dit, tout le monde ne sera pas testé tout de suite. Le gouvernement a ainsi défini différents groupes en fonction de plusieurs critères, notamment la profession. Des groupes qui se situeront «entre 50.000 et 100.000 personnes», a précisé au Luxembourg Times le Pr Ulf Nehrbass, directeur du Luxembourg Institute of Health (LIH) et porte-parole d'un groupe de travail sur le virus avant d'ajouter que les concernés recevront «une lettre officielle». 


Le doute plane sur les 500.000 tests luxembourgeois
Pour mener à bien le programme de dépistage de la population en un mois, de nombreux dispositifs de dépistage ont été acquis par le gouvernement pour 4,7 millions d'euros. Mais la société luxembourgeoise qui les fournit ne s'est pas tenue à toutes les règles par le passé.

Un dépistage progressif déjà entamé depuis quelques jours avec les quelque 63.000 employés du secteur de la construction qui ont repris le travail le 20 avril dernier, mais également les 6.000 élèves des classes de terminale et 2.500 enseignants de retour sur les bancs de l'école depuis le début de la semaine.  

Et si ces tests restent volontaires, le gouvernement invite toutefois chaque résident à être dépisté. Car «la protection est d'autant plus importante que le nombre de personnes testées est élevé», expliquait ainsi fin avril Paulette Lenert (LSAP), ministre de la Santé. «Pour chaque patient symptomatique, nous suspectons entre cinq et dix personnes asymptomatiques», détaille quant à lui le Pr Nehrbass. Selon cet expert en maladies infectieuses, la gigantesque campagne de tests permettra de contenir la propagation du virus, alors que le pays s'apprête à lever le confinement général dès lundi

«Nous ne disons pas aux personnes qui ont été testées une fois qu'elles peuvent maintenant sortir et faire la fête en toute sécurité. Nous essayons d'éliminer les cas positifs», prévient toutefois Ulf Nehrbass. Dans l'idéal, chaque groupe sera retesté à intervalles réguliers. Si le virus réapparaît, l'ensemble des personnes de ce groupe pourrait alors être à nouveau testé. 


A man uses the Robert Koch Institute's coronavirus app 'Corona-Datenspende' (Corona Data Donation) on his smartphone in Dortmund, western Germany, on April 27, 2020 amid the novel coronavirus COVID-19 pandemic. - German Robert Koch Institute, responsible for disease control and prevention, developped an app to help to provide information and detect infections with the SARS-CoV-2 coronavirus which causes the Covid-19 disease. (Photo by Ina FASSBENDER / AFP)
Le traçage des malades suscite le débat
Face à l'absence de stratégie commune de déconfinement au sein de l'Union européenne, le recours à l'utilisation des smartphones apparaît en revanche comme une piste partagée. Mais elle soulève des craintes, notamment au Luxembourg.

Car s'il apparaît essentiel de diagnostiquer les cas aux yeux du gouvernement, il l'est tout autant de retracer les personnes avec lesquelles ils ont été en contact, explique le directeur du LIH. «Nos autorités peuvent retracer une centaine de cas par jour. C'est beaucoup». Une application de traçage - solution qui fait toutefois débat - pourrait alors offrir un soutien supplémentaire. 

«D'un point de vue purement épidémiologique - sans tenir compte des préoccupations relatives à la vie privée ou des arguments juridiques - elle serait très utile», affirme ainsi Ulf Nehrbass. Sans un traçage efficace, «vous n'êtes qu'à un pas d'un autre verrouillage», alerte-t-il, appelant à la «responsabilité collective». «Nous allons devoir vivre avec ce virus pendant des mois, voire un an... les tests et la recherche nous accompagneront pendant cette période.»     

Anticorps et immunité

Car ce projet vise seulement à trouver les cas actifs. En parallèle, une autre étude, permettant de tester les anticorps, a été lancée début avril sous l'égide de la Taskforce covid-19 de Research Luxembourg. Baptisée CON-VINCE, ce projet de recherche révèle que seuls 2% de la population auraient été en contact avec le virus, selon les premiers résultats révélés ce jeudi

Une présence d’anticorps dans le sang qui «ne signifie pas que les gens sont immunisés», spécifie d'ailleurs le professeur Rejko Krüger. «On ne sait pas encore combien de temps les anticorps restent dans le sang ni leur efficacité contre le virus. Un test sérologique positif n'est donc pas une garantie d'immunité.» 

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Dix fois plus de personnes contaminées au Luxembourg ?
La capacité de dépistage va passer progressivement de 1.500 à 20.000 tests quotidiens. La stratégie est de tester des secteurs d'activité pour «isoler les cas positifs et leurs contacts» et ne pas dépasser un seuil supportable par le système de santé, explique Paul Wilmes.
Wiedereröffnung Baumarkt  Batiself - COVID-19 - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
Le 11 mai, le confinement s'allège un peu plus
Inviter ses amis, fréquenter bibliothèques ou musées, pousser la porte d'un commerce : vous en rêviez? La seconde phase du déconfinement le permettra dès lundi prochain. Sans oublier la distribution de 50 masques par habitant de plus de 16 ans et pour chaque salarié frontalier.
STUART, FLORIDA - MAY 04: Michelle Davis helps a shopper, wearing a protective mask, at the Island Cotton Company store, as the state of Florida enters phase one of the plan to reopen the state on May 04, 2020 in Stuart, Florida. Restaurants, retailers, beaches and some state parks reopen today with caveats, as the state continues to ease restrictions put in place to contain COVID-19. The counties of Palm Beach, Broward and Miami Dade continue to have their restrictions in place.   Joe Raedle/Getty Images/AFP
== FOR NEWSPAPERS, INTERNET, TELCOS & TELEVISION USE ONLY ==
Le traçage des malades suscite le débat
Face à l'absence de stratégie commune de déconfinement au sein de l'Union européenne, le recours à l'utilisation des smartphones apparaît en revanche comme une piste partagée. Mais elle soulève des craintes, notamment au Luxembourg.
A man uses the Robert Koch Institute's coronavirus app 'Corona-Datenspende' (Corona Data Donation) on his smartphone in Dortmund, western Germany, on April 27, 2020 amid the novel coronavirus COVID-19 pandemic. - German Robert Koch Institute, responsible for disease control and prevention, developped an app to help to provide information and detect infections with the SARS-CoV-2 coronavirus which causes the Covid-19 disease. (Photo by Ina FASSBENDER / AFP)
Un mois pour tester l'ensemble du Luxembourg
Paulette Lenert, la ministre de la Santé a dévoilé ce mardi un ambitieux projet de vaste détection du covid-19 au Luxembourg. Grâce à un partenariat étroit avec le monde de la recherche, la ministre LSAP vise la réalisation de «20.000 tests par jour» à partir du 19 mai.
A medical worker tests a key worker for the novel coronavirus COVID-19 at a drive-in testing facility at the Chessington World of Adventures Resort in Greater London on April 28, 2020. - Britain's health ministry on April 27 said the total toll of those having died after testing positive for COVID-19 in hospital had risen to 21,092. (Photo by Ben STANSALL / AFP)
Tous les élèves pourront bientôt se faire tester
«Toute la population devrait pouvoir être testée», a déclaré le ministre de l'Education nationale Claude Meisch. A commencer par les lycéens et enseignants qui effectueront leur rentrée début mai. Le conseil de gouvernement a donné son feu vert à un «monitoring à large échelle».
La deuxième vague d'infections attendue de pied ferme
Opérationnels depuis fin mars, les quatre centres de soins avancés enregistrent une fréquentation en baisse ces derniers jours. Si la possibilité d'une activité plus réduite est envisagée, les responsables sanitaires se méfient d'un nouveau pic, lié à la réouverture des chantiers.
Die freiwilligen Helfer bei ihrer Einweisung durch Professionelle.