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«La solidarité a permis aux soignants de tenir bon»
Luxembourg 5 min. 17.02.2022 Cet article est archivé
#yeswecare

«La solidarité a permis aux soignants de tenir bon»

«Tout le soutien que nous avons reçu, c'était très émouvant», confie le Dr Marco Klop.
#yeswecare

«La solidarité a permis aux soignants de tenir bon»

«Tout le soutien que nous avons reçu, c'était très émouvant», confie le Dr Marco Klop.
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 5 min. 17.02.2022 Cet article est archivé
#yeswecare

«La solidarité a permis aux soignants de tenir bon»

Mélodie MOUZON
Mélodie MOUZON
Les blouses blanches se sont tues une dernière fois ce jeudi midi pendant une minute pour rappeler les dangers de l'épidémie. Le Dr Klop, à l'initiative du mouvement, dresse le bilan.

C'était la dernière fois ce jeudi midi que les blouses blanches du pays observaient une minute de silence. Soixante secondes durant lesquelles le personnel soignant crie silencieusement depuis 12 semaines consécutives sa détermination à lutter contre un virus qui a déjà causé la mort de 979 personnes et les nombreux bénéfices de la vaccination. Cette douzième minute de silence était la dernière, comme l'ont fait savoir les organisateurs dans un communiqué.


Comment prouver une maladie que l'on ne peut pas voir?
Le covid long est complexe à comprendre et à prendre en charge, notamment lorsqu'il s'agit de prolonger un congé de maladie. En cause : l’absence d’un code à la CNS. Deux personnes souffrant de covid long nous racontent leur parcours difficile, et la solution que le Luxembourg leur propose.

A l'initiative de cette mobilisation sans tapage, le Dr Marco Klop,  anesthésiste aux Hôpitaux Robert-Schuman. C'est suite à une publication sur les réseaux sociaux qu'il a décidé en novembre dernier de mobiliser l'ensemble du personnel soignant contre toutes les contrevérités et les mouvements «anti» qui sont descendus dans la rue pour exprimer avec force leurs revendications. Il dresse aujourd'hui le bilan d'un mouvement qui, bien que silencieux, a fait du bruit.

Pouvez-vous nous rappeler comment est née cette «minute de silence»?

«Le but n'était pas de faire du tapage ni perturber l'ordre public, contrairement aux mouvements initiés par les personnes opposées à la vaccination et aux mesures sanitaires. La grande majorité silencieuse de la population vaccinée n'avait pas son mot à dire, alors qu'il y avait de plus en plus de manifestants contre la vaccination. Je trouvais cela dommage. C'est comme cela qu'est né le mouvement «#yeswecare» . L'objectif étant d'attirer l'attention de l'opinion publique et de faire comprendre la gravité de la pandémie.

Certes, le nombre de personnes qui sont décédées du covid reste relativement faible mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une pathologie grave. Il y a deux ans, les hôpitaux se sont retrouvés surchargés et les activités hospitalières hors covid ont dû être mises à l'arrêt. La prise en charge de tous les patients a été impactée. On a assisté par la suite à une recrudescence de pathologies qui nécessitaient une prise en charge assez rapide mais qui ont été prises trop tard.

Le mouvement a débuté en novembre. Pourquoi l'arrêter aujourd'hui?

«Nous ne sommes plus dans la même configuration qu'auparavant. Aujourd'hui, même si le covid est toujours présent, les hôpitaux peuvent continuer à tourner. Les infections diminuent aussi de jour en jour, comme l'attestent les chiffres. Le nombre de patients en réanimation baisse également. Nous avons aussi atteint notre objectif, qui était de sensibiliser le public. A la vaccination mais aussi au port du masque, au respect des mesures sanitaires et à la distanciation sociale. Le virus provoque aussi moins de ravages, peut-être parce que le variant Omicron est moins agressif. Mais surtout parce qu'il arrive dans une population qui est vaccinée, et donc mieux protégée. 

C'était donc le bon moment non pas pour arrêter complètement le mouvement mais plutôt pour le mettre au repos. On le constate dans les chiffres, le virus va vers un sommeil printanier. Ce qui ne doit pas empêcher de continuer à rester vigilant, même si on va vers un retour à une vie plus normale.

Les blouses blanches ont profité de cette dernière action pour faire passer un message aux décideurs politiques...

«Le message, c'est qu'il ne faut pas attendre la prochaine épidémie ou la prochaine vague pour agir. C'est important que nos dirigeants politiques travaillent dès maintenant sur un texte de loi qui permette de mieux réagir à l'avenir et de mieux faire face aux prochaines menaces épidémiques. Il faut prévoir la vague.

L'action aura aussi permis de mettre une nouvelle fois sur la table les problèmes rencontrés par le secteur des soins de santé.

«La véritable question à se poser aujourd'hui est celle-ci: quel prix est-on prêt à payer pour le secteur des soins? Je ne parle pas uniquement de financement, mais aussi d'une reconnaissance du secteur, qui en manque cruellement. 

Les hôpitaux continuent encore aujourd'hui à ressentir les effets du covid. La distinction est toujours faite entre les patients covid et les patients présents pour d'autres pathologies mais qui ont un test PCR positif. Or, ces malades, qui sont placés dans des services spécifiques, demandent au personnel soignant de prendre autant de précautions que pour les personnes atteintes du covid. Cela entraîne donc un surplus de travail pour le personnel, qui est éreinté suite à ces deux ans de crise. Cela demande aussi plus de main-d'oeuvre. Mais si la charge de travail est plus grande, la capacité des lits, elle, diminue car le financement des hôpitaux se fait sur base des soins normaux. Il faudrait donc revoir le système.

Le mouvement a mobilisé bien plus que le seul personnel soignant. Comment expliquer qu'il ait pris une telle ampleur?

«Outre le personnel actif dans le secteur des soins de santé, du personnel administratif, des membres des services de secours et de la société civile nous ont rejoints. Se savoir soutenu dans notre action, voir toute cette solidarité nationale, cela nous a vraiment réchauffé le coeur. C'était très émouvant. 

Le fait que nous ayons toujours été apolitiques explique je pense qu'on ait réussi à mobiliser autant de monde. Nous ne voulions pas être récupérés par des syndicats ou par les politiques. J'en profite d'ailleurs pour remercier toutes les personnes qui ont pris les mesures au sérieux et qui se sont montrées responsables. C'est grâce à cette solidarité que le secteur, en sous-effectif chronique, a pu supporter les vagues successives.»

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