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La situation des réfugiés au Luxembourg «laisse à désirer»
Luxembourg 6 min. 29.11.2018 Cet article est archivé

La situation des réfugiés au Luxembourg «laisse à désirer»

En octobre, 178 personnes ont fait une demande de protection internationale au Luxembourg.

La situation des réfugiés au Luxembourg «laisse à désirer»

En octobre, 178 personnes ont fait une demande de protection internationale au Luxembourg.
Photo: Pierre Matgé / Archives LW
Luxembourg 6 min. 29.11.2018 Cet article est archivé

La situation des réfugiés au Luxembourg «laisse à désirer»

Logement, santé, intégration… selon la Commission Consultative des Droits de l’Homme du Luxembourg, la situation des réfugiés dans le pays laisse «encore à désirer», malgré les efforts du gouvernement.

Par Jean Vayssières

La Commission Consultative des Droits de l’Homme (CCDH) du Luxembourg, qui se penche depuis 2008 sur la promotion et la protection des droits au sein du Grand-Duché, a publié en ce mois de novembre un rapport concernant la situation des réfugiés.

Elle salue les initiatives du gouvernement, comme le Plan d’Action National d’intégration - qui «fournit le cadre pour les programmes et outils en faveur de la cohésion sociale» - ou encore le Parcours d’Intégration Accompagné (PIA), qui introduit les demandeurs d’asile au fonctionnement de la vie luxembourgeoise et leur apprend les langues locales. 

Mais le bilan est mitigé: les questions du logement, de la santé, de l’intégration par le travail et de la protection des personnes vulnérables demeurent particulièrement fragiles.

Certains foyers sont surpeuplés et insalubres

La CCDH fait notamment mention du foyer Don Bosco de Luxembourg-Ville, connu pour son insalubrité, qui devait fermer ses portes en 2015 suite à la construction d’un nouveau centre voisin, le «Foyer Lily Unden», mais est toujours en service.    

En février 2018, le responsable du service Migrants et Réfugiés de la Croix-Rouge luxembourgeoise et gérant des deux centres, Christof Müller, déclarait au Quotidien «sûrement devoir fermer le foyer Don Bosco d’ici la fin de l’année». Un bilan qui ne plaît pas à la commission, qui déplore qu’il reste ouvert «malgré de maints appels demandant sa fermeture».

«Certains centres sont très bien équipés», résume Gilbert Pregno, président de la CCDH. «Mais d’autres sont en très mauvais état. Il faut faire en sorte que tous offrent de bonnes conditions d’accueil».

Les structures les plus anciennes possèdent par exemple des installations sanitaires particulièrement insalubres et parfois extérieures aux bâtiments. La surpopulation de certains centres, mettant à mal la vie privée et intime de leurs résidents, est également soulignée.

Nombre de personnes ayant demandé une protection internationale au Luxembourg depuis 5 ans.
Nombre de personnes ayant demandé une protection internationale au Luxembourg depuis 5 ans.
Crédit: Direction de l’immigration

«Beaucoup de choses sont faites. Le gouvernement investit beaucoup dans ce domaine, mais ce n’est pas suffisant», poursuit Gilbert Pregno. «Les DPI (Demandeur de Protection Internationale) et BPI (Bénéficiaire de Protection Internationale) ont des histoires de départ, de voyage, qui sont tristes à pleurer. Il y a notamment des efforts à faire en matière de santé mentale, car ils ont vécu des expériences traumatisantes»  

Le domaine de la santé est un autre point problématique soulevé par le rapport de la commission. Si chaque DPI est soumis à un examen médical dans les semaines suivant son arrivée, la CCDH rapporte l’absence de personnel formé à la détection de signes de persécution, comme la torture. La loi de 2015 relative à l’accueil des demandeurs de protection internationale précise pourtant, dans son article 4, la présence potentielle d’un tel examen.

Faciliter l’intégration et l’autonomie par le travail

Concernant les processus d’intégration des personnes réfugiées, la commission déplore la dépendance des réfugiés aux allocations qui, si elles leur permettent de survivre, ne leur accordent pas un niveau de vie assez décent pour prétendre à un vrai épanouissement.

«Ces dernières ne sont pas suffisantes pour couvrir tous les frais des DPI et les systèmes de bons et la fourniture de prestations en nature ne facilitent pas leur autonomie ni leur indépendance», précise le rapport. «On a tendance à oublier l’aspect de l’autonomie», rappelle Olivier Lang, vice-président de la CCDH. «Autrement dit, la possibilité de vivre sa vie, de faire ses achats, de travailler… Le travail permet de se familiariser avec le tissu social et de sortir d’une oisiveté néfaste».

Pour la commission, qui demande une simplification de l’accès au travail pour les réfugiés ainsi qu’un accompagnement des employeurs potentiels, la question professionnelle est essentielle. «Ce n’est pas parce qu’un demandeur de protection internationale est débouté et doit retourner chez lui que son expérience professionnelle aura été inutile» précise Olivier Lang. «Et il ne s’agit pas non plus d’une excuse pour eux pour ne pas repartir».

Une «pratique éthiquement inconcevable»

La CCDH porte également son regard sur la situation des personnes vulnérables. Ces dernières, telles que définies dans la loi de 2015, sont censées bénéficier d’une attention particulière liée à leurs besoins spécifiques. Le terme englobe une dizaine de situations, allant des mineurs aux personnes handicapées, en passant par les personnes atteintes par une maladie grave ou ayant subi de graves violences.

Dans ce contexte, la commission déplore particulièrement une «pratique éthiquement inconcevable et médicalement injustifiée», pratiquée au Luxembourg, consistant en l’examen et la prise de photographie des organes génitaux pour la détermination de l’âge des mineurs. Un examen interdit dans d’autres pays frontaliers comme la France, qui constitue «une atteinte à l’intégrité physique et morale et à la dignité humaine des personnes concernées, que la CCDH condamne avec véhémence».

La présence de ces tests médicaux s’additionne à d’autres situations allant à l’encontre des droits fondamentaux, comme l’existence d’une assignation à résidence des réfugiés de la Structure d’Hébergement d’Urgence au Kirchberg (SHUK).

Y résident les réfugiés susceptibles d’être transférés vers un autre État membre de l’Union Européenne, en vertu du règlement européen Dublin III. La commission fait état, au sein de ce centre, de fouilles corporelles systématiques ainsi que d’une obligation à respecter certains horaires.

Face à cette situation, doit-on s’inquiéter d’une infantilisation, voire d’une déshumanisation des demandeurs d’asile sur le territoire luxembourgeois? Pour Gilbert Pregno, si la situation n’est pas optimale, le terme demeure trop fort.

«De la déshumanisation, non», nuance-t-il. «Cependant, malgré les efforts déjà entrepris, il reste encore des choses à faire pour obtenir plus d’humanité».

Selon la Direction de l’immigration luxembourgeoise, à la fin du mois d’octobre, 1.698 personnes avaient déjà demandé une protection internationale au Grand-Duché au cours de l’année 2018. Sur les douze mois de l’année précédente, ils étaient 2.318.

Actuellement, «la plupart sont originaires de l’Érythrée», précise le président de la commission. «Mais cela change en fonction des crises dans différents pays. Au cours des années précédentes, la majorité des demandeurs d’asile étaient syriens». 

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